Battle Royale

En République de Grande Asie, pays imaginé à partir de notre Histoire, tout est contrôlé: le rock ‘n’ roll est interdit, l’information censurée et le gouvernement a un droit plus ou moins déguisé de vie et de mort sur chaque citoyen. Voilà la prémisse de Battle Royale de Koushun Takami.

Battle Royale Koushun Takami

Dans ce pays, créé en 1997 en lieu et place du Japon, chaque année, le gouvernement enlève 50 classes de 3e pour la réalisation d’un programme militaire. On emmène les élèves de la classe choisie par le hasard dans un lieu isolé, souvent une île. On leur fournit à tous un sac à dos contenant un crayon, une carte du site, deux pains, deux litres d’eau et une arme ayant été sélectionnée de façon aléatoire. On ordonne ensuite à tous de quitter les lieux à tour de rôle, en respectant l’appel des noms. Le jeu commence: ils ont trois jours pour s’entretuer. Il ne peut y avoir qu’un seul survivant, le gagnant. Toutes le six heures, via des haut-parleurs dispersés partout sur l’île, le “professeur” attitré à la classe fait le décompte des morts et annonce les zones qui seront désormais interdites. Si des élèves s’y trouvent encore aux heures mentionnées, le collier qu’on a bouclé autour de leur cou pour repérer leur position ou leur pouls explose. S’il n’y a aucun mort pendant 24 heures, tous les colliers explosent. Une tuerie assurée.

Pourquoi ce programme? Pour compiler des données sur le temps mis par le champion pour éliminer tous les autres élèves de la classe. C’est ce qu’on dit dans les manuels scolaires. Le nom du gagnant ainsi que le lieu où s’est déroulé le programme est révélé dans les médias lorsque ce dernier vient de s’achever. On révèle en même temps le nombre de morts par balle, par arme blanche, etc.

Battle Royale vous rappelle un peu Hunger Games? En effet, l’idée de base est la même, mais le traitement qu’on en fait est complètement différent. D’abord, l’histoire n’est pas la même. Ensuite, c’est définitivement mieux écrit: il y a présence de style, de jeux de mots, d’une touche d’humour, toujours grinçant… Bien que surtout focalisée sur le personnage de Shûya Nanahara, la narration externe présente des bribes du parcours de chacun des 42 élèves de la classe. Heureusement, on retrouve en début de roman une liste des élèves présentés en ordre alphabétique et numérotés, cela pour les filles (F-1 à F-21) ainsi que pour les garçons (G-1 à G-21).

830 pages en format poche. L’auteur, Koushun Takami – dont Battle Royale est à ce jour le seul roman – prend le temps de bien présenter et détailler les choses. Aucun personnage n’est accessoire, ils ont tous un minimum de psychologie, et ce, malgré le très bref passage de certains. Ironiquement, c’est un roman dans lequel on prend le temps de tout montrer et de tout expliquer au lecteur alors que les personnages vivent dans l’urgence. C’est appréciable.

Battle Royale au cinéma

Pourtant, dans le film réalisé en 2000 par Kinji Fukasaku à partir du roman (lui-même écrit en  1999), c’est tout le contraire. Le ton change du tout au tout. Le jeu très théâtral et les choix musicaux ne permettent pas la montée de la tension qu’on retrouve dans le roman. Ceci dit, j’ai trouvé celui-ci intéressant. Mais, pour moi, le livre et le film sont deux œuvres distinctes, excellentes si considérées séparément. Il faut dire, de plus, qu’on a fait un seul film à partir d’un livre très dense. C’est clair que le réalisateur a voulu s’en tenir à l’essentiel et en faire une course effrénée, une course très près d’une danse.

J’ai préféré le livre et le conseille.

Battle Royale en extraits

Comme le disait son oncle, une personne n’était pas forcément responsable de sa propre lâcheté.” (p. 533)

 “Il ne restait plus rien du bureau, hormis une moissonneuse-batteuse qui avait eu du mal à rentrer dans un tiroir du meuble de rangement.” (p. 549)

 “Ses yeux allaient successivement de l’un à l’autre des cadavres de ses cinq camarades, comme un enfant regarderait des œuvres d’art incompréhensibles dans un musée des horreurs.” (p. 671)

Mon oncle disait que le rire est un élément important pour maintenir l’harmonie des choses, et qu’il représente l’ultime échappatoire quand il n’en reste plus d’autre…” (p. 690)

TAKAMI, Koushun. Battle Royale, Le livre de poche, 2008, 864 p.

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