Petit parcours littéraire strasbourgeois

En juin, pendant trois jours, j’ai arpenté les rues et les paysages strasbourgeois en me barrant les pieds dans la littérature. J’ai d’abord visité la librairie internationale Kléber, qu’une connaissance m’avait recommandée quelques jours plus tôt. Facile à localiser, ladite librairie se trouve sur un coin de la place Kléber, au 1, rue des Francs-Bourgeois.

Librairie internationale Kleber

Assez vaste, la libraie Kléber est divisée selon des sections qui classent géographiquement les livres. J’ai été charmée par la multitude des nationalités représentées. Toutefois, l’absence de catégorie « littérature canadienne » ou « littérature québécoise » m’a, dans le contexte, un peu déçue. Enfin, j’imagine qu’il est impossible de faire une place à toutes les cultures. La librairie est grande, mais l’espace a ses limites.

Librairie Kléber Littérature turque

Librairie Kleber Escalier

Je ne pouvais repartir de cette librairie sans l’exemplaire de Une langue venue d’ailleurs d’Akira Mizubayashi, déniché sur une table parmi une foule d’autres titres qu’on ne voit pas dans toutes les librairies. Pas de doute, le défi du libraire est de connaitre, choisir et proposer. Un bon librairie est pour moi celui qui propose ce que l’on ne retrouve pas à tous les coins de rue, c’est celui qui permet de faire des trouvailles. Chapeau aux libraires de Kléber!

C’est au parc de l’Orangerie que j’ai apporté l’ouvrage, mais je n’en ai lu que quelques pages. Dans l’étang devant moi nageaient des tortues et j’avais parfaitement conscience qu’il y avait une famille de cygnes non lien derrière. J’ai donc décidé d’explorer le parc. Je pourrais toujours lire pendant le vol du retour.

Parc de l'orangeraie Strasbourg Une langue venue d'ailleurs

Même si je n’y ai pas poussé bien loin ma lecture, le parc de l’Orangerie est un lieu qui se prête bien à ce genre d’activité. Tout près des entrées sud-est a été aménagée une bibliothèque en plein air. Le kiosque Livres en Liberté, en libre service, permet à ceux qui le désirent d’emporter un livre dans leurs escapades.

Bibliothèque Parc de l'Orangerie

 Avouez que ça donne envie d’y effectuer un passage…

Le mardi, sur la place Kléber et dans les environs, a (ou avait) lieu le marché du livre. Heureuse d’être dans le coin cette journée-là, je suis passée y faire un tour. Je suis repartie les mains vides, mais vraiment envieuse, pensant aux Strasbourgeois qui peuvent chaque semaine magasiner leurs livres au soleil.

Marché du livre Place Kléber Strasbourg

Marché du livre Place Kléber Strasbourg

Au détour d’une ruelle, j’ai aussi déniché une boutique de livres anciens, la librairie de l’Amateur. Je ne l’ai pas visitée, mais je n’ai pu m’empêcher d’en photographier l’entrée, toute de verdure vêtue.

Livres anciens Strasbourg

Enfin, la librairie Quai des brumes, située au 120,Grand’Rue, m’a aussi beaucoup plu. J’y ai fait un passage le dernier soir de mon séjour pour assister à une lecture d’extraits choisis du livre Le silence même n’est plus à toi de Asli Erdogan. Quatre dames ont prêté leur voix à l’exercice. C’était très intéressant, mais je n’ai assisté qu’à la première partie, pressée que j’étais de profiter d’un bon dernier repas (il me fallait découvrir les spaetzle de La corde à linge) et de boucler mes valises avant la course du lendemain…

Quai des brumes Strasbourg Étalage

Quai des brumes Strasbourg Entrée

Aussi, j’ai été bien heureuse de découvrir, parmi les recommandations de lecture des libraires du Quai des brumes, Il pleuvait des oiseaux de Jocelyne Saucier.

Quai des brumes Strasbourg Il pleuvait des oiseaux Jocelyne Saucier

En plus d’être une ville très littéraire, Strasbourg a vu la naissance de l’imprimerie de Gutenberg. C’est aussi là qu’ont eu lieu les fameux « Serments de Strasbourg », considérés comme les premières traces du français écrit: ici nait la langue française.

Correspondances d’Eastman, jour 4 (9 aout)

Dimanche. Dernière journée des Correspondances sous un soleil magnifique. Pas de lecture sur l’heure du diner; cette fois, je mangerai bien tranquillement, sur un banc du parc du temps qui passe. Aujourd’hui, une conférence de Dany Laferrière m’attend.

Parc du temps qui passe Easman Correspondances d'Eastman

Café littéraire: l’enfance au risque de la mémoire

L’animatrice Marie-Andrée Lamontagne recevait pour le premier café littéraire de la journée les auteurs Herménégilde Chiasson et Michael Delisle, les deux ayant eu une enfance particulière ou difficile.

Herménégilde Chiasson, auteur acadien, est issu de parents complètement analphabètes. Malgré un milieu dysfonctionnel, encouragé par sa mère, il complète vingt-quatre années de scolarité. Son doctorat en poche, il constate toutefois que son niveau de connaissance a fini par créer un écart entre lui et les siens, leur réalité n’étant plus la même. Il a ce que sa mère considérait comme l’autre vie: l’éducation.

“Qu’est-ce qui nous permet de statuer qu’une enfance a été heureuse ou non?” questionne-t-il. Puis il cite Aragon: “Le temps d’apprendre à vivre, il est déjà trop tard.”

Pour lui, la forme est une fusée porteuse. Il sait de quoi il parle, sa série Autoportrait ayant été écrite à partir d’un jeu de contraintes: douze courts volumes, chacun ayant pour prémisse un titre, un thème commençant par l’une des douze lettres de son prénom: Histoires, Espaces, Refrains, Mots, Énigmes, Nostalgies, Émotions, Gestes, Identités, Lectures, Découpages et Excuses, parus chez Prise de parole, à raison d’un par mois.

Il considère que la contrainte permet d’apprécier la performance. De là, pour lui, l’importance de la forme. Les gens qui entrent dans une galerie d’art ne savent plus sur quoi se baser pour évaluer ou aborder l’œuvre, car la modernité et ses libertés a en partie fait disparaitre le repère que peut être la contrainte. Dans un même ordre d’idée, et peut-être parce qu’il est aussi artiste, il considère la littérature comme un “bricolage savant”.

Michael Delisle a connu un père violent qui s’est plus tard accroché à la religion. Dans son livre Le feu de mon père, il relate son histoire familiale, dans un récit qui, sans être parfaitement exact, est construit à partir des versions offertes par son père et par sa mère. Ce récit, pour lui, demeure réel, car il l’a intégré comme tel au fil de son enfance. C’est cette mythologie familiale qui l’a construit.

Par souci de réalisme, il modifie parfois un peu les évènements: la réalité aime les coïncidences, le réalisme, non.

“J’écris pour savoir à quoi ressemble la vie une fois écrite”, dit-il. Il ajoute plus tard: “À force de travailler sur l’enfance, l’enfance évolue.”

Café littéraire: mon enfance est la tienne

Pendant ce café littéraire littéraire animé par Catherine Voyer-Léger, j’ai pris bien peu de notes. Tellement que je me demande comment je vais en parler. S’y trouvaient Denise Desautels (Sans toi, je n’aurais pas regardé si haut), Laure Morali (Orange sanguine) et Simon Roy (Ma vie rouge Kubrick).

J’ai été touchée par Simon Roy et bien intriguée par son livre, mi-récit, mi-essai. Mais je ne paraphraserai ici qu’une parole de Laure Morali: de notre enfance, on garde bien ce que l’on veut; et ce qu’on garde, on le reconstruit.

Café littéraire: Dany Laferrière

C’est une heure qui a passé extrêmement rapidement. Dany Laferrière est de ces hommes qu’on se plait à écouter, parce qu’il parle intelligemment, mais aussi parce qu’il se livre, dans la colère passagère ou dans l’humour. Ne l’ayant jamais lu, j’ai découvert son œuvre par bribes, à travers la voix de la merveilleuse Marie-Thérèse Fortin, que j’admire pour son apparente grande authenticité.

Je n’ai pas apprécié l’animation du pourtant sympathique Dominic Tardif, qui m’a semblé préférer la légèreté à la rigueur. Il a eu l’idée (bonne, quand même) de suggérer à l’auteur de manger une mangue de la façon dont il l’explique dans un de ses livres. Joli écho à son œuvre, certes, mais j’avais l’impression que ce temps aurait pu être mieux investi. Peut-être simplement parce que j’avais conscience qu’une heure, c’est vite passé.

Heureusement, Dany Laferrière aime philosopher et il lui en faut peu pour se laisser aller à discourir longuement. Très peu sur la littérature en tant que telle (et je m’aperçois que c’est ce que je reproche à M. Tardif dans son animation), mais le tout était très intéressant, sinon divertissant.

Il a parlé de cette génération d’enfants qui est élevée dans l’univers de Disney, les enfants Disney. Tous vont partager les mêmes souvenirs, les mêmes références. Ils deviendront en quelque sorte une meute. D’ailleurs, pour connaitre l’âge de quelqu’un, il suffit de chanter une chanson ancienne (Disney ou non); à preuve que les meutes ne datent pas d’aujourd’hui. Laferrière regrette qu’il n’y ait pas plus de voix discordantes. Pourquoi devrions-nous tous partager la même enfance?

Il croit que nous commençons à structurer les enfants trop tôt. Ils sont sous surveillance, dit-il. Mais si l’enfant perd toute sa fantaisie, on est mort, c’est comme avec les abeilles, dit-il. Notre vie est en danger si ce conditionnement continue.

C’est donc normal que nous soyons mal dirigés. Nous avons fait de nos politiciens des hommes médiocres.

Quand Dominic Tardif lui demande lequel de ses livres il considère comme le plus abouti (ou un truc comme ça), Laferrière s’emporte: “Ne m’emmerdez pas avec mes livres!” À son avis, c’est notre travail à nous, lecteurs, de juger de la qualité de ses œuvres. Son travail à lui, c’est de les écrire. Qu’on n’aille pas lui demander dans quel objectif il a écrit telle partie, qu’on se débrouille! Puis, demander à un auteur lequel de ses livres est son préféré serait aussi déplacé que de demander à un parent lequel de ses enfants il préfère. On peut avoir un préféré, mais qu’on n’aille pas le dire à l’auteur ou au parent.

Il affirme qu’à ses eux, un prix Nobel est une personne qui a dépassé la technique et peut désormais l’appliquer dans la vie. Il fait un parallèle avec la technologie: un peu abrutit, beaucoup libère (selon un certain philosophe québécois dont le nom lui échappe sur le moment).

Enfin, il définit ainsi la paresse: faculté de se reposer avant la fatigue.

Cérémonie de clôture

On se déplace au Cabaret d’Eastman pour la cérémonie de clôture. Lecture et dévoilement des lettres gagnantes. L’après-midi est avancé. Je reprends vite la route.

Correspondances d’Eastman, jour 3 (8 aout)

Troisième journée des correspondances, programme encore chargé pour moi. Soleil dehors, le beau temps officiellement arrivé pour deux jours. J’ai bien hâte d’entendre Kim Thuy.

Café littéraire: ailleurs l’enfance

Ce café littéraire animé par Nicolas Lévesque réunissait trois femmes aux univers bien différents: Kim Thuy (Ru; Man; À toi), Hélène Dorion (Recommencements) et Sarah Rocheville (Go West, Gloria). Très intéressante conversation.

Je ne sais plus exactement quelles questions ont été posées, mais Kim Thuy a parlé de son Vietnam natal, de ce que c’est que de grandir dans une grande ville asiatique où tout l’espace est optimisé. Elle racontait, par exemple, que les poteaux d’une rue qu’elle a nommée Pasteur peuvent servir à tenir un filet de badminton en dehors des heures de trafic. Que chaque lieu de la ville peut être réinvesti comme ça pour permettre aux gens de vivre malgré l’exigüité. Il y a donc peu d’espace pour le paysage. Kim Thuy affirme que, dans un tel contexte, elle n’a pas appris comment regarder la nature, que c’est quelque chose qui lui échappe toujours.

Elle dit que, pour les Asiatiques, le temps n’est pas un point de repère. Ils ne fêtent pas les anniversaires de naissance, ceux de décès seulement. Pour eux, le temps est circulaire.

Selon elle, les Vietnamiennes n’écrivent pas de recettes pour éviter que la voisine les vole, et vole donc le mari en même temps. Toutefois, ce serait aussi parce qu’elles cuisinent toujours avec ce qui est disponible, au gré des saisons, puis parce que la guerre leur a appris à se débrouiller avec ce qu’il y a, donc à ne pas prévoir. Thuy affirme en riant rater toutes les recettes, mais cuisiner très bien lorsqu’elle improvise.

Elle dit qu’au Vietnam, jamais on ne dit non, que c’est comme si le mot ne faisait pas partie du vocabulaire. À cause de cela, on ne sait jamais ce que les gens pensent vraiment, ce qui peut compliquer certaines choses. On ne dit ni bonjour ni merci, tout est dans le geste. Même “je t’aime” ne se dit pas au Vietnam. Thuy affirme avoir appris des Québécois le concept d’affirmation de soi: s’affirmer, nommer, dire. Pour elle, le geste ne suffit pas. Elle dit qu’au Vietnam, ironiquement, le non se manifeste dans certains comportements, par exemple personne ne respecte les feux de circulation. Mais, là-bas, le concept de responsabilité personnelle est très fort. Les gens savent que chaque geste a un impact à plus grande échelle.

Kim Thuy dit ne pas savoir rêver, que pour rêver, il faut d’abord avoir une base de connaissances qui permettent d’imaginer. Je comprends qu’elle puisse le dire en parlant de son enfance, par exemple, où elle aurait pu être privée de ces connaissances, mais elle gravite aujourd’hui dans différentes sphères dans lesquelles elle n’est pas privée d’information. Pourquoi ne pas parvenir à rêver aujourd’hui encore?

De son côté, Hélène Dorion, a opposé le rêve à la création pour ne pas risquer de s’écraser. Pour elle, l’écriture est un processus de travail sur soi. Écrire permet de devenir un meilleur être humain.

Elle affirme que nous sommes à l’époque où nous avons le plus d’outils, le plus d’instruments pour aiguiser la conscience. Pour elle, le gris, la fameuse zone grise, est le lieu de tous les possibles.

Pour Sarah Rocheville, se déplacer de soi-même permet de se réaffirmer. Elle dit avoir découvert très jeune que le monde existe sans elle. Elle a passé son enfance enfermée à la maison en famille ou au piano. Pendant ce temps, le monde se déroulait à l’extérieur. La nature ainsi que l’emploi qu’elle a occupé dans un salon funéraire lui ont appris la compassion. Au salon funéraire, elle a appris à s’ouvrir à l’autre. Pour elle, travailler dans un tel endroit, c’est comme être écrivain: il faut s’intéresser passionnément à l’autre.

Plus jeune, elle avoue avoir été très suicidaire, car voulant mettre fin à la farce. Aujourd’hui, elle aime vieillir, car ça lui permet de voir la faille du monde. Elle écrit donc pour s’intéresser aux autres, pour mieux voir. Concernant la question de l’enfance, elle croit que l’enfance se crée une fois adulte, qu’elle se vit après. Enfant, elle ne se souvient pas s’être projetée.

Nicolas Lévesque a mis de l’avant le lien entre développement de soi et développement littéraire. Il affirme qu’il y a construction de soi dans les deux.

Lecture d’Hélène Dorion

Hélène Dorion a lu des extraits de son livre Recommencements dans un cadre enchanteur: les sentiers du portage des mots, des sentiers aménagés pour mettre de l’avant la littérature.

Sentiers littéraires Correspondances Eastman Mouton

Sentier littéraire Correspondances Eastman

Une très belle écriture, mais touchant un sujet qui, pour l’instant, ne m’accroche pas, celui de la mort de la mère et du cycle de la vie. Peut-être que je lirai un jour son livre en y trouvant en moi des échos. Cette fois, j’ai simplement reconnu la qualité de l’écriture.

Sentier littéraire Correspondances d'Eastman Hélène Dorion Eastman

Sentier littéraire Correspondances d'Eastman Cercle de lecture

Grande entrevue: Serge Bouchard

Cette entrevue a été animée par Catherine Voyer-Léger, collègue de Serge Bouchard à la radio (il anime l’émission C’est fou). On pouvait voir leur belle complicité, et l’admiration que porte Mme Voyer-Léger à l’auteur (C’était au temps des mammouths laineux; Les corneilles ne sont pas les épouses des corbeaux).

Serge Bouchard est très loquace. Une seule question de l’animatrice suffit à le lancer pour presque toute l’entrevue. Elle le ramène de temps à autre, mais elle n’est pas inquiète: M. Bouchard nous amène dans son univers, toujours drôle, toujours intéressant.

Il a décrit son époque, celle d’avant la télévision, ou presque, comme étant un univers très précis parce que l’offre était limitée. “Quelle belle enfance!” lance-t-il, soulignant que, dans le temps, les enfants n’étaient pas harcelés par nombre d’offres ou d’obligations les poussant vers toutes sortes d’activités, de cours, de camps de vacances qui remplissent l’horaire et l’esprit de ceux d’aujourd’hui.

Pour lui, “la nostalgie est un regard sur la temporalité”. Il dit que notre société refuse qu’on vieillisse. Qu’on est impoli face au temps. Avec les progrès de la science, on apprend à être vieux plus longtemps, mais est-ce mieux? On se désarme face à la perte, face au deuil, parce qu’on n’accepte pas de vieillir. Il dit aussi que médias et science jouent sur nos peurs en nous disant, par exemple, qu’il faut muscler son cerveau. “Nos peurs nous ont suivi de la campagne à la ville parce qu’elles n’ont jamais existé que dans nos têtes. Et nous tiendrons pour évident qu’on traine nos têtes avec nous”, lance-t-il, suscitant de grands éclats de rire dans la salle bondée.

Il affirme, dans son style coloré, que les enfants ne sont pas des créatures normales puisqu’après tout, ils font des choses qui nous amèneraient à l’asile aujourd’hui.

Pour lui, le courage est une suspension du jugement, mais il admet qu’il existe un courage différent, celui de l’engagement, qui s’inscrit dans la durée.

“Devenir, c’est long”, dit-il.

L’anthropologue affirme: “ce que nous vivons aujourd’hui sera mesuré plus tard.” Il y a une révolution en cours, celle du numérique, du divertissement. Nous saurons dans trente ou quarante ans ce que ça va donner.

Café littéraire: encore le roman familial

Animé par Pier-Luc Brisson, ce café littéraire avait pour invités les auteurs Patrick Nicol (La nageuse au milieu du lac), Nicolas Lévesque (Le deuil impossible et nécessaire; L’opium et le peuple) et Perrine Leblanc (L’homme blanc; Malabourg).

Perrine Leblanc, pour se donner une liberté d’écriture, a cadré le récit de son dernier livre dans le village imaginé de Malabourg, même si elle a inscrit celui-ci dans une Gaspésie bien réelle. Elle dit se sentir plus libre en tant que romancière quand elle développe une histoire dans des lieux fictifs.

Au sujet de l’enfance, elle cite Nancy Huston: “La catastrophe a lieu dans l’enfance. Le reste, c’est du gâteau.”

Pour Patrick Nicol, l’adulte est un être étrange et le travail de l’écrivain est de relever cette étrangeté. Concernant les lieux d’où l’on vient, il fait la réflexion suivante: certains lieux, Sherbrooke, prend-il en exemple, n’ont pas d’existence imaginaire. Ils sont même absents de toutes les publicités. Quand on nait dans ces lieux, part-on en négatif dans la vie, en ce sens qu’on doit tout écrire en plus de son propre récit?

Il considère que les gens ne s’intéressent pas aux choses dans leur globalité, mais bien à celles qui sont prises une à la fois. C’est pourquoi il s’attarde à plein de petits récits lorsqu’il enseigne. Personnellement, je me dis que ça peut expliquer pourquoi les gens sont plus attirés par l’anecdotique que par la grande histoire.

Nicolas Lévesque, psychanalyste, affirme qu’il faut créer à partir de nos chairs. On peut toujours tourner autour des mêmes points, mais on peut aussi avancer en tournant en rond.

Selon lui, l’être humain est l’animal le plus mauvais pour faire des deuils. Il trafique simplement les choses pour faire croire qu’il est rendu ailleurs.

Il appelle “aire de jeu” l’espace pour jouer avec ses problèmes.

Pour lui, Victor Lévy-Beaulieu est le Québécois qui est à la fois le plus et le moins québécois, car il transite par beaucoup d’autres, par exemple Nietzsche.

Café littéraire: écrire pour les enfants: pourquoi?

Dominic Tardif recevait les auteurs jeunesse Simon Boulerice, Marie-Louise Gay et Hervé Bouchard.

Simon Boulerice affirme d’emblée: “J’ai l’enfance à fleur de peau!”

Pour lui, comme pour Hervé Bouchard, il n’y a rien de plus honnête que quelqu’un qui tombe, car en tombant, on ne peux plus rien cacher, pas même rentrer le ventre. Tous deux, ils ont déjà récupéré des passages écrits pour des adultes afin de les intégrer dans un livre pour enfants. Souvent, affirment-ils, ce sont les passages que les enfants préfèrent. Comme quoi, il ne faut pas les sous-estimer. Hervé Bouchard dit adorer que les enfants ne soient pas encore coincés dans le langage, ils acceptent ainsi aisément des mots inventés, par exemple. Marie-Louise Gay considère que les enfants ont une vie autonome, des émotions autonomes, et en tient compte dans son écriture. Du point de vue des enfants, une histoire peut très bien être cohérente s’il ne s’y trouve pas d’adulte, car ils ont l’habitude de créer des univers entre eux.

Une chose que Hervé Bouchard a dite et que j’ai bien aimée: “J’ai passé la cinquantaine, alors tous mes souvenirs sont faux.”

À méditer.

Correspondances d’Eastman, jour 2 (7 aout)

Grosse journée. J’ai été occupée de 10 heures à 17 heures, courant un peu dans les brefs intervalles. La tête pleine.

Je blogue pour la vider.

Moyenne d’âge du jour… pas mal la même chose qu’hier, un peu plus de cinquantenaires, peut-être. Je me demande pourquoi il n’y a pas plus de jeunes, c’est bien, ce festival. C’est peut-être le prix d’entrée… Quoi qu’il en soit, en ce 7 aout, j’ai assisté à trois cafés littéraires, une grande entrevue et une lecture d’auteur.

Correspondances d'Eastman Terrasse Québécor

Café littéraire: père et fils

Probablement le café qui m’a le plus interpelée alors qu’au départ, le sujet ne me disait pas grand chose… Catherine Voyer-Léger, animatrice, accueillait François Turcot et Éric Godin. Le premier est un jeune poète publié à La Peuplade (une affaire de famille) et enseigne au collégial. Il venait pour parler plus particulièrement de Mon dinosaure, livre dans lequel il raconte son père. Le deuxième, illustrateur, peintre, sculpteur, a pris le chemin des mots à la suite du suicide de son fils, dont il est question dans son livre Lettres à Vincent. Deux points de vue différents dans les rapports père-fils, celui du fils, celui du père. Voici ce que j’ai pris en note.

François Turcot est fasciné par l’architecture des livres, par le trajet que prend l’auteur pour raconter. Il dit avoir construit ses deux derniers livres en spirale. De plus, il porte un intérêt tout aussi grand à la posture du lecteur, qu’il garde en tête, comme un jeu, lorsqu’il “construit” ses livres. Ce n’est pas qu’il se censure, mais plutôt qu’il aime amener ses lecteurs dans les chemins qu’il leur a choisis. À cela, Éric Godin réagit en disant qu’en effet, il a lu Mon dinosaure en ayant l’impression qu’on se jouait de lui; le début du livre n’étant pas linéaire, en tant que lecteur, il a senti qu’il n’avait pas d’autre choix que de laisser l’auteur jouer avec ses repères et de le suivre. François Turcot confirme et ajoute qu’une personne lui a déjà dit au sujet de ce livre que, pour y entrer, on doit passer par un “nuage fragmentaire”. Il aime l’image.

Mon dinosaure est construit sur une métaphore filée autour du thème du dinosaure pour désigner le père, avec un jeu d’échelles (dinosaures, baleines…). Turcot en a lu un extrait, magnifique. Je ne lis à peu près jamais de poésie, mais je suis maintenant tentée par ce livre.

De son côté, Éric Godin a perdu son fils cadet alors qu’il avait tout juste 16 ans, un suicide. Il dit avoir écrit Lettres à Vincent comme s’il descendait en apnée, si loin que les poumons lui en auraient éclaté, mais, en remontant… quelle bouffée d’air! Je crois qu’on lui avait demandé s’il avait écrit ce livre pour se libérer. Je ne suis plus certaine de la réponse, je crois que c’était à la fois oui et non.

Dans son travail, car il écrit aussi des livres pour enfants, il dit accorder une importance toute particulière à la typographie (après tout, c’est un artiste), partant d’ailleurs parfois de la beauté d’une lettre en lettrine pour imaginer une histoire. Il travaille en suivant son instinct, accepte de ne pas trouver de réponse à tout, considère qu’on doit laisser vivre le mystère.

Au moment de conclure la rencontre, probablement à la suite de la période de questions, François Turcot a ajouté faire la distinction entre travail de libération et travail d’occupation de l’écrivain. Le premier servirait, comme le mot le dit, à se libérer, par l’écriture, d’émotions liées à un ou des évènements vécus. Le deuxième est plus vaste, il s’agirait, si j’ai bien compris, d’occuper l’espace de création, de créer à partir de ses observations…

Lecture d’Étienne Beaulieu

Ce devait être un autre auteur, qui s’est désisté pour x raison, mais le changement a été heureux. Étienne Beaulieu, directeur de la programmation des Correspondances d’Eastman pour la première année, l’a remplacé. Je ne le connaissais pas du tout. Il a fait la lecture d’extraits de son récit Trop de lumière pour Samuel Gaska.  J’ai beaucoup aimé.

Le personnage de Samuel Gaska étant immigré polonais, s’est ensuivie une discussion sur notre situation en tant qu’habitants de l’Amérique, sur notre sentiment, encore aujourd’hui, faisait remarquer une dame, de ne pas encore habiter pleinement cette terre ou, plutôt, de ne pas la laisser nous habiter pleinement. Étienne Beaulieu a fait remarquer qu’à son avis, il n’y a rien de plus américain que le lieu dans lequel nous nous trouvions (pavillon de style japonais), car l’Amérique est constituée d’un ramassis de culture.

Chapiteau Eastman Lecture Étienne Beaulieu
(Très mauvaise photo du lieu où s’est déroulée la lecture)

Il a ajouté que la génération des trente ans et moins sera la première  à vivre en deçà du niveau de vie de ses parents, et il se demande si ça ne va pas ramener le territoire à s’exprimer. J’aime l’idée. Il y a vraiment quelque chose à méditer là-dedans.

Il a été question du rapport à la nature, du besoin d’y retourner qu’a son personnage. Étienne Beaulieu dit qu’en ville, nous sommes constamment confrontés à notre reflet: dans les vitres, les miroirs, à la limite dans les publicités, et que ça explique probablement pourquoi la campagne est si apaisante.

Il préfère le mot silhouette au mot personnage parce qu’il lui semble moins défini, donc moins contraignant. Il préfère aussi récit à roman (pour définir ce qu’il fait) pour d’autres raisons qu’il a plus ou moins explicitées, il fallait conclure. Personnellement, je comprends moins ce besoin de jouer sur les mots, mais il est clair que c’est en lien avec la façon qu’il a d’envisager son travail et avec le regard qu’il y pose.

Grande entrevue: Robert Lalonde

Je n’ai jamais lu Robert Lalonde. Je sais c’est qui, c’est pas mal tout. Dans cette entrevue animée par Jacques Allard, il a parlé de son enfance à Oka, de sa demi-appartenance à la communauté Mohawk grâce à laquelle il a beaucoup appris par l’action, en vivant les choses. Pour lui, il existe deux façons d’apprendre, très antagonistes: initiatique et intellectuelle.

Il affirme que c’est le théâtre qui lui a permis d’accepter l’idée qu’une grande partie du travail du créateur (80% pour le théâtre, selon lui) ne sert à rien, c’est-à-dire qu’elle ne sera pas présentée au public, car elle compte parmi les essais et erreurs. Il croit que c’est ce qui lui a permis d’accepter rapidement, une fois passé à l’écriture, qu’une bonne partie de ce qu’il écrit en vue d’un roman ne s’y retrouvera finalement pas.

Quand on lui a demandé quelle est la part d’autobiographie dans son travail (ou quelque chose comme ça), il a répondu que l’émotion est autobiographique, que la mémoire des faits est tellement variable…

Au sujet de l’inspiration, il dit que c’est trouver une forme qui nous permette de continuer à travailler, donnant l’exemple de Riopelle qui, ne pouvant plus tenir un pinceau, a finalement retrouvé l’inspiration dans des canettes de peinture chez le mécanicien.

Il affirme qu’on doit lutter contre la notion de confort, car c’est pour lui une idée absolument aberrante. Il est faux de croire qu’on devient à l’aise quand on est à notre place (le trac d’un acteur ne disparait par exemple jamais). Il faut simplement apprendre à vivre avec l’anxiété.

Pendant qu’on vit, on revit, on projette, on récapitule. Les choses n’ont pas de perspective dans l’esprit humain, elles sont toutes au premier plan. L’écrivain peut jouer avec ces plans. Et, souvent, l’écrivain travaille contre une vision commune qui s’installe.

Chose essentielle quand on lit: le mystère. Il faut arrêter de chercher à tout expliquer.

Lalonde dit s’ennuyer du langage direct, qui peut sembler proche de l’engueulade tellement les vérités sont énoncées sans façon, mais qui n’a rien d’une chicane. Simplement, il est loin de la langue de bois.

Quelques citations sur lesquelles il s’est appuyé:

De Samuel Beckett: “Il faut bien croire que l’humanité, c’est nous, maintenant.”

De Willie Lamothe: “J’aime mieux mourir incompris que de passer ma vie à m’expliquer.”

De Philippe Sollers: “Le principal ennemi de l’écrivain, c’est la famille.”

De Christian Bobin: “Ce qu’on cite, quelqu’un nous empêche de le connaitre.”

Café littéraire: l’enfance par elle-même

Elsa Pépin, animatrice, recevait Andrée A. Michaud, auteure de Bondrée, et Marie-Josée Martin, auteure de Un jour, ils entendront mes silences. Les deux ont en commun d’avoir eu recours à une narratrice enfant dans leur dernier livre, et c’est en grande partie ce qui se retrouvait au coeur de la discussion, qui est demeurée plutôt sur le plan thématique. J’ai pris peu de notes.

Pour Marie-Josée Martin, la vision idyllique de l’enfance est une utopie, car il n’y a aucune enfance parfaite. Les enfants ne sont peut-être pas aussi insouciants qu’on le pense. Toutefois, l’enfance peut être dénuée de carcans sociaux.

Pour Andrée A. Michaud, l’enfance est plus naïve qu’insouciante. Si l’enfant ne craint pas la mort, c’est qu’il ne la connait pas, car elle demeure un concept abstrait.

Café littéraire: la parole conteuse

J’ai beaucoup aimé cette rencontre, animée par Sarah Rocheville, or j’ai pris très peu de notes. Je crois donc que j’ai aimé l’énergie de la conversation entendue plus que les propos tenus. Les auteurs invités étaient Catherine Leroux (Le mur mitoyen, La marche en forêt), Audrée Wilhelmy (Oss, Les sangs) et Simon Boulerice (Javotte).

Sarah Rocheville a questionné les auteurs sur leur intérêt pour le conte, leurs œuvres s’en rapprochant toutes d’une certaine façon. Audrée Wilhelmy a répondu que le conte est un univers rassurant dans lequel il est plus facile de faire ses armes en écriture, car, non seulement il offre un cadre, mais il permet aussi beaucoup de liberté. Pour l’anecdote, il y a un personnage de curé au début de son livre Oss (son projet de maitrise), mais, n’arrivant pas à le faire parler, elle a choisi de le tuer pour le sortir de l’histoire, sur conseil de son directeur de maitrise.

Simon Boulerice a fait rire tout le monde en avouant mettre ses initiales dans la marge des livres qu’il lit chaque fois qu’il y découvre une phrase qu’il aurait aimé écrire lui-même.

*

Je suis ressortie de cette deuxième journée pleine d’énergie, le cerveau en ébullition, tellement que, plutôt que d’aller au spa comme je l’avais prévu, j’ai choisi de faire l’ermite pour écrire, bloguer, réfléchir. Petite promenade le long du lac Memphrémagog. Hôtel.

Lac Memphrémagog Correspondances d'Eastman

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Le 12 aout, j’achète un roman québécois, 2e édition

J’ai assisté à un café littéraire auquel Simon Roy participait, cette fin de semaine, à Eastman. Je l’ai trouvé bien sympathique mais, surtout, j’ai été intriguée par la construction de son livre autour du film The Shining de Stanley Kubrick.

C’est ainsi qu’en cette 2e édition du 12 aout, j’achète un roman québécois, j’ai opté pour Ma vie rouge Kubrick de Simon Roy.

Le 12 aout j'achète un roman québécois Ma vie rouge Kubrick Simon Roy

Je sais que je ne lirai pas tout de suite, par manque de temps, mais j’ai bien hâte. Le billet suivra donc éventuellement…

Correspondances d’Eastman, jour 1 (6 aout)

Je me crinque facilement. Même toute seule. Même quand il faut que je loue un hôtel pour quatre jours et que je paie 200$ pour avoir accès à toutes les activités littéraires des Correspondances d’Eastman. C’est comme ça, des fois, je déborde de moi-même.

Ce jeudi, donc, je quitte tôt la maison direction les Cantons pour une fin de semaine de festival en solo (la plupart de mes amis parviennent à se contenir mieux que moi) sur le thème de l’enfance. Je débarque à l’hôtel, un peu passé Magog, en me disant t’es folle mais grouille-toi, t’es pas encore à Eastman, la première activité commence à 14 heures et t’as pas encore pris tes repères et faut que t’ailles chercher tes billets, ceux qui ont couté cher.

Camion Correspondances d'Eastman

Eastman. Endroit sympathique rempli de bénévoles enthousiastes (y’en a partout), de verdure et de cours d’eau. Je découvre qu’il y a suffisamment de stationnements pour que je n’aie pas à emprunter la navette, j’arrive, on m’offre un coussin commandité à interposer entre la chaise et mes fesses, m’installe.

À un certain moment, je me retourne pour constater avec ahurissement la chose suivante… tout le monde (genre à 95 pour cent), autour de moi, a la tête blanche. La moyenne d’âge des participants sous le chapiteau est d’au moins plus de 60 ans. Pas de doute, mes vingt-neuf ans pas encore tout à fait trente ne cadrent trop pas dans le décor. Si je me fais des amis, ils n’auront certainement pas Facebook…

Les Correspondances d’Eastman 2015 débutent.

Café littéraire: apprivoiser l’effroi de vivre

Je me dis wow, tout un sujet pour ouvrir un festival! Je ne suis pas seule, Tristan Malavoy, l’animateur, amorce la rencontre en disant à peu près la même chose. Quoi qu’il en soit, la discussion n’est pas lourde, les auteures invitées (Claire Legendre, Geneviève Pettersen et Caroline Allard) usant souvent d’humour pour parler de leurs effrois… petits effrois, car je ne crois pas qu’on soit à ce point entré dans le sujet. Mais ce n’est pas grave, la discussion a mené à d’autres choses intéressantes.

Je n’ai encore lu aucune de ces auteures, assez jeunes, qui font en partie dans l’autofiction. Caroline Allard est assez connue en tant que Mère indigne, et Geneviève Pettersen, en tant que Madame Chose, mais je ne connaissais pas du tout Claire Legendre, et c’est elle qui a le plus capté mon attention par ses propos. Voici quelques notes éparses.

Pour Claire Legendre, se raconter des histoires permet d’accepter sa mortalité, de prendre sa vie en mains. Elle a vaincu son hypocondrie (dont elle parle dans Le nénuphar et l’araignée) en ayant finalement une vraie raison d’avoir peur, médicalement, comme quoi les peurs ne sont toujours que des constructions que nous créons à partir d’inconnu.

Pour elle, la dérision, et surtout l’autodérision, est une forme de politesse qui nous permet d’éviter d’être lourd pour les autres, surtout lorsqu’on parle de choses pénibles.

Elle dit qu’il n’y a que dans les livres que les choses lui semblent en ordre, que la vie est toujours un chantier. Dans les films d’Hitchcock, par exemple, quand on aperçoit une arme à l’écran, on sait qu’elle va servir plus tard. Dans la vie, on n’a pas ça. Mais Claire Legendre cherche toujours à saisir ce genre d’indices dans son quotidien.

Elle a aussi parlé du mot tchèque litost, qu’elle a découvert par le biais de Milan Kundera et qu’elle aime bien employer, car il n’en existe pas de semblable en français. La litost, c’est le fait d’assister à sa propre misère, par exemple, disait-elle, comme quand tu rentres à la maison en repensant à une discussion et que tu te dis “ah j’aurais pas dû dire ça…”

Je note des trucs, mais la plupart des choses que j’en ai retirées ne sont pas encore exprimables par des mots. Ce sont des feelings et une envie d’écrire, des idées pas tout à fait germées.

Caroline Allard nous a bien fait rire lors de la période de questions après qu’une dame lui a demandé si toutes les idées qu’on trouve dans son livre Pour en finir avec le sexe venaient uniquement d’elle ou si elle avait recueilli les propos d’autres femmes. Tout vient de sa tête, avoue-t-elle avant de se lancer dans une mise en contexte: “En fait, un moment donné, je me suis retrouvée dans un 69 et…” L’anecdote est croustillante, pleine de vérité, mais est-elle en soi vraie? C’est que Mme Allard a avoué être une excellente menteuse et s’amuser à publier de faux statuts Facebook juste parce qu’ils punchent plus…

Parc du temps qui passe Estrie Correspondances d'Eastman
Au parc du temps qui passe avait lieu la cérémonie d’ouverture.

 

Je suis heureuse d’être aux Correspondances d’Eastman!

Une pensée, pour le quai de Kamouraska

Il y a de ces idées géniales. Le pittoresque village de Kamouraska l’a compris. Ainsi, pour financer la réfection de son quai a-t-il songé à échanger les dons de deux dollars contre… des pensées! Pour cela, plusieurs machines ont été disséminées dans le village. Voici la numéro 8.

Une pensée pour le quai de Kamouraska

De passage dans ce magnifique coin du Bas-du-Fleuve, je n’ai pu m’empêcher de glisser une pièce de deux dollars dans la fente d’une de ces machines et d’en abaisser le levier pour récolter ma pensée. Campagne de financement ou non, ce retour en pensées donne au visiteur donateur l’impression d’entrer en contact avec le village, d’en faire partie.

Voici ce que Kamouraska m’a dit le 3 aout dernier.

Une pensée pour le quai de Kamouraska

Je suis certes une personne facile à amuser (j’ai eu une envie folle de me payer d’autres pensées…), mais il me semble que cette idée doit bien profiter.

Et le fleuve est toujours magnifique face à Kamouraska, même dénudé de ses quelques seize pieds de marée…

Fleuve Saint-Laurent Kamouraska marée basse

Le 12 aout, j’achète un livre québécois

Voici les livres que je me suis procurés hier dans le cadre de l’évènement Le 12 aout, j’achète un livre québécois.

D’abord, Les sangs d’Audrée Wilhelmy. À une époque, nous nous sommes retrouvées dans le même atelier de création littéraire à l’UQAM. Nous n’avons pas fraternisé, mais je me souviens d’elle, un peu à cause de son nom. Et je me rappelle qu’elle écrivait très bien (et dessinait aussi). J’ai donc eu envie de tenter ma chance de son côté.

Le 12 aout j'achète un livre québécois Audrée Wilhelmy Revues littéraires

Et des revues de création littéraire, toutes québécoises sauf une, franco-ontarienne, mais ça mérite encouragement aussi, non?

Je vous en redonne des nouvelles bientôt, je l’espère. Avec l’horaire chargé qui m’attend cet automne, je me demande bien quand je trouverai le temps de lire tous les livres que j’ai achetés dans les derniers mois.

Et vous, quel a été votre choix québécois?

Liber, librairie générale

Je suis en vacances. Je reviens d’une magnifique semaine de création littéraire à l’École internationale d’été de Percé. J’en profite pour compléter mon tour de la région en passant par la Baie-des-Chaleurs. Je m’arrête cent fois en chemin pour admirer ceci ou cela, même si j’ai des heures de route à prévoir. Et voilà que j’aperçois l’affiche d’une librairie. Je tente de me raisonner “Christine, tu as déjà vu ça, une librairie… Ça fait seulement deux minutes depuis ton dernier arrêt (un café)” Rien à faire, je fais demi-tour et entre à l’intérieur de la librairie Liber.

J’ai bien fait.

Je voudrais habiter ce coin de pays pour faire de Liber ma librairie. Petite et sympathique, elle regorge de trouvailles. Petite perle dans son coin de la Gaspésie, elle a le charme coquet qu’on devine à ses propriétaires.

Liber semble faite sur mesure pour moi. Je le répète, c’est tout petit, le/la libraire doit donc faire des choix… et choisit exactement le genre de truc qui me plait.

Liber Romain Gary

OK, on fête le centenaire suicidé de Romain Gary cette année, mais tout de même: j’adore…

Bien aimé aussi qu’on retrouve une petite sélection de magazines littéraires, car ce ne sont pas toutes les librairies qui en tiennent, malheureusement, et Liber a su leur faire une place malgré sa superficie modeste.

Liber Revues littéraires

Il y a plein de petits trucs chouettes chez Liber. Par exemple, ces sacs à surprises, pour les lecteurs intrépides. Compte tenu de la belle sélection que j’ai pu voir en rayons, je ne serais pas inquiète de partir avec ce genre de paquet-cadeau.

Liber Livres surprises

Puis, un peu partout se trouvent des livres ornés d’un post-it “coup de coeur”, expliquant en quoi le livre a plu au/à la libraire et pourquoi il ou elle le recommande.

Liber Sophie Létourneau Chanson française

En plus d’être sympathique, le personnel sur le plancher se rend disponible pour le client. On a ainsi un peu l’impression d’entrer à la maison.

Chouette librairie que Liber!

Librarie_Liber

Liber, librairie générale: 166, boulevard Perron Ouest, New Richmond, Gaspésie

Incursions littéraires… à Montréal et à Joliette: la bibliothèque Rina-Lasnier

Deux filles, un dodo à Montréal. L’art d’errer dans la ville tout en maximisant son temps. Des bouquineries montréalaises jusqu’à la bibliothèque Rina-Lasnier de Joliette. Un aperçu.

Montréal: bouquineries et exposition

On ne peut aller à Montréal sans envahir les bouquineries, ou se laisser envahir par elles… à en juger par le contenu de mon sac. Sac que j’ai ensuite dû transporter avec moi pendant toute la journée. Notez qu’on a marché un minimum de six heures. Comme quoi, la lecture peut être une activité physique intense.

Achats bouquineries Rina-Lasnier

Parmi les bouquineries visitées, L’Échange, La bouquinerie du plateau, Le marché du livre (Mise à jour [23 septembre 2017]: a fermé ses portes en 2017) et, une belle découverte, la librairie Le port de tête, sur l’avenue Mont-Royal.

Bien qu’on n’en avait plus le temps, on n’a pu résister à l’envie d’aller visiter l’exposition sur le manga au sous-sol de la BAnQ. Toute petite expo tout en lumière, charmante et intéressante. Elle révélait entre autres les procédés utilisés par les auteurs de mangas pour faire connaître les émotions des personnages: codes, mouvements… La syntaxe du manga, quoi. On a rentabilisé les quinze minutes qu’on s’était accordées du mieux qu’on a pu et on a essayé le coin lecture (tatamis et sièges au sol, le confort!).

Manga BAnQ Rina-Lasnier

Joliette: la bibliothèque Rina-Lasnier

À la suite de bien d’autres péripéties non littéraires est venu le temps de quitter l’ile et d’affronter les bouchons de circulation (il y a de ces fatalités auxquelles on n’échappe pas toujours…). Un petit détour par Saint-Alphonse-Rodriguez pour récupérer deux bonsaïs et nous voilà stationnées à Joliette devant la superbe bibliothèque Rina-Lasnier. On prend juste une photo. On entre juste un petit moment. On pose juste quelques questions. On s’éternise juste un petit peu. On essaie juste un peu tout ce qu’on voit. Bref, on s’est juste mises en retard d’une heure. Mais ça valait le coup, c’était superbe!

Façade biblio Joliette Rina-Lasnier

Biblio vers le choeur Rina-Lasnier

Oui, la bibliothèque Rina-Lasnier de Joliette s’est installée dans une église. Les lieux, formidablement aménagés, répondent aux besoins de tout type de clientèle. Ce n’est pas pour rien que cette bibliothèque publique, ouverte même le vendredi soir, soit autant fréquentée. On s’y sent chez soi partout, peu importe l’âge que l’on a: coin des jeunes enfants, coin des enfants, coin des ados, postes Internet…

Disons-le, on s’est émerveillées partout, mais le coin des 0-3 ans est franchement un coup de cœur. Des livres cartonnés sur des rayons à hauteur de petit bonhomme dans une pièce colorée et lumineuse…

Biblio Coin 0-3 ans Rina-Lasnier

Et ils ont même un gorille en cage!

Biblio Coin 0-3 ans un gorille en cage Rina-Lasnier

Le coin des enfants (4 à 11 ans) est situé en plein chœur de l’église. Beaucoup d’espace pour respirer et des coussins à même les escaliers.

Biblio le choeur coin enfants Rina-Lasnier

À l’étage, beaucoup de livres encore, en plus du coin ado et de tables disponibles pour les adeptes de casse-tête. On s’est d’ailleurs prêtées au jeu avec beaucoup de plaisir.

Biblio casse-tête 1 Rina-Lasnier

Biblio casse-tête 2 Rina-Lasnier

Vers l’avant…

Biblio étage vers l'entrée Rina-Lasnier

Vers le chœur…

Biblio étage vers le choeur Rina-Lasnier

Un peu partout dans la bibliothèque Rina-Lasnier, d’énormes oiseaux en papier mâché assurent la décoration. Aussi, on n’a pas posé la question, mais on a déduit que l’ornementation qui surplombe les lieux avait sans doute été faite à partir des tuyaux de l’orgue…

Biblio arrangement tuyaux d'orgue Rina-Lasnier

Lana, bibliothécaire aguerrie, a posé beaucoup de questions et pris beaucoup de notes mentales. On connait maintenant jusqu’aux détails de l’éclairage et du revêtement du comptoir du prêt. On a presque eu droit à un tour guidé complet. Bref, on a été chaleureusement accueillies et on a trouvé notre visite bien intéressante. Ça vaut le détour!

Bibliothèque Rina-Lasnier
57, rue Saint-Pierre Sud, Joliette
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