Les Testaments

J’ai découvert La servante écarlate en 2018, peu après que la série télévisée ait connu un succès instantané. Je n’ai toujours pas regardé la série. Un je-ne-sais-quoi me retient. Toutefois, rien n’a retenu mon élan lorsque j’ai aperçu Les Testaments sur les rayons d’une librairie de la capitale canadienne cet automne. Il porte sur un sujet qui me préoccupe, car il est de plus en plus d’actualité (après le mouvement #metoo qui accompagnait la sortie de la série télévisée, c’est le débat sur l’avortement qui est largement relancé aux États-Unis, et même au Canada lors de la dernière campagne électorale). Ce qui rend ce roman et son prédécesseur si intéressants, c’est la règle d’écriture que Margaret Atwood s’est donnée: aucune invention pure, que des éléments basés sur des évènements qui se sont déjà produits à un moment de l’histoire quelque part dans le monde et pour lesquels les technologies existent. Lire ce livre n’est donc pas comme lire de la science-fiction au sens traditionnel. En effet, le respect de cette stricte règle d’écriture nous rappelle que tout n’est pas entièrement fiction dans cet ouvrage de « science-fiction ». C’est ce qui le rend effrayant.

Les Testaments Margaret Atwood Prix Booker Prize 2019

L’univers dystopique mis en scène est encore une fois celui de Galaad (nommé Gilead dans la traduction française du précédent ouvrage). On entre dans le livre à la manière dont le ferait un historien. C’est pourquoi les trois « testaments retrouvés » sont étiquetés ainsi: « Le Testament olographe d’Ardua Hall », « Transcription des déclarations du témoin 369A » et « Transcription des déclarations du témoin 369B ». C’est en mettant en relation ces droits documents que l’historien parvient à leur donner du sens et à reconstruire une partie de l’histoire de Galaad et de trois femmes qui y ont joué un rôle important. Pour le lecteur, la lecture de ces documents a été facilitée puisqu’un ordre de lecture, présentant une alternance d’un document à l’autre, a été établi par les historiens.

Ce choix narratif témoigne encore une fois de la grande rigueur de Margaret Atwood ainsi que du souci de réalisme qu’elle a insufflé dans ces deux ouvrages. Je crois que la question qui est au cœur de son écriture a été: « Et si c’était vrai? » Donc, si une dictature telle que décrite dans La servante écarlate et Les Testaments avait vraiment vu le jour, de quelle façon les informations privilégiées partagées dans les deux ouvrages auraient-elles pu parvenir jusqu’à nous?

Alors que La servante écarlate présentait le point de vue unique de la Servante, Les Testaments offre ici trois nouveaux points de vue sur l’univers de Galaad. D’abord, le point de vue de Lydia, l’une des Tantes fondatrices, nous fait entrer à Ardua Hall et sa sphère de pouvoir. Ensuite, le point de vue d’Agnès Jemima nous montre la vie d’une jeune fille qui a grandi dans un foyer traditionnel de Galaad et ouvre une large fenêtre sur la vie des Épouses et des Marthas. Enfin, le point de vue de Daisy est d’abord celui que porte une jeune canadienne sur Galaad. En amalgamant ces trois points de vue différents, il est possible de refaire l’histoire de Galaad et, surtout, de découvrir comment cette république puritaine menée par des hommes a pu voir le jour à une époque où les femmes étaient pourtant traitées en égales.

Les Testaments est donc, comme son prédécesseur, une exploration de ce que pourrait être le monde si notre société (ici celle des États-Unis) venait à mal tourner. Et il suffit de penser à l’Iran, transformé par la révolution islamique de 1979, pour se rappeler que de tels changements dans la vie des femmes et de la société sont toujours possibles. À Galaad, ce n’est bien sûr par l’islam qui sert le pouvoir, mais plutôt la religion catholique. Et encore une fois, on n’a pas besoin de reculer bien loin pour se rappeler comment cette religion a elle aussi servi à brimer les droits des femmes à une époque; le Québec d’avant la Révolution tranquille n’était déjà pas le même que celui d’aujourd’hui. Les États-Unis étant à ce jour encore très religieux et très conservateurs (il suffit de penser au débat sur le droit à l’avortement), on peut dire que, près de 35 ans après la parution de La servante écarlate, les traits de sociaux qui ont inspiré (ou motivé) la rédaction de ce premier récit sont encore très actuels – au point de faire débat de société. Dans ce contexte, la sortie de Les Testaments ne pouvait que faire écho aux préoccupations d’une grande tranche de la société.

Margaret Atwood, 79 ans, a d’ailleurs remporté, pour une deuxième fois dans sa vie, le prestigieux Booker Prize pour Les Testaments. Elle partage ce prix avec l’Anglo-Nigériane Bernardine Evaristo, pour un roman qui met aussi en scène la vie des femmes. Pour en savoir un peu plus, je vous invite à lire cet article du Devoir.

Les Testaments en extraits

« Plus alarmant, mes seins gonflaient et des poils avaient commencé à pousser sur certaines parties de mon corps sur lesquelles nous n’avions pas à nous appesantir: jambes, dessous de bras, ainsi que cette zone honteuse qu’on désignait par de multiples euphémismes. Quand une fille en était là, elle cessait d’être une fleur précieuse et se muait en une créature autrement plus dangereuse.
À l’école, on nous avait préparées à ce genre de changement – Tante Vidala nous avait présenté une série d’exposés illustrés gênants censés nous instruire sur le rôle et les devoirs de la femme par rapport à son corps, le rôle de la femme mariée -, mais ça n’avait été ni très instructif ni rassurant. Lorsque Tante Vidala avait voulu savoir s’il y avait des questions, il n’y en avait pas eu: par où aurait-on commencé? J’avais eu envie de demander pourquoi il fallait qu’il en soit ainsi, pourtant je connaissais déjà la réponse: c’était le plan de Dieu. Voilà comment les Tantes se dépêtraient de tout.
Très bientôt, je pouvais m’attendre à ce que du sang coule entre mes jambes: c’était déjà arrivé à beaucoup de mes camarades. Pourquoi Dieu n’avait-il pas pu arranger ça autrement? Mais Il avait un intérêt tout particulier pour le sang, nous le savions grâce aux versets des Écritures qu’on nous avait lus: sang, purification, davantage de sang, davantage de purification, sang versé pour purifier l’impur, même s’il ne fallait pas le recevoir sur les mains. Le sang souillait, surtout quand il venait des filles, alors qu’avant Dieu aimait qu’on le répande sur ses autels; il y avait néanmoins renoncé – d’après Tante Estée – et privilégiait désormais les fruits, les légumes, la souffrance muette et les bonnes actions.
Pour autant qu’il m’était possible d’en juger, le corps de la femme adulte était un sacré piège. S’il y avait un trou, on y fourrait forcément quelque chose et quelque chose d’autre en ressortait forcément, ce qui était vrai de n’importe quel type de trou: trou dans le mur, trou dans une montagne, trou dans le sol. Il y avait tant de choses qu’on pouvait lui infliger, à ce corps de femme adulte, ou qui pouvait dérailler, que j’ai fini par me dire que je serais mieux sans. »
(p. 109-110)

« Si tu n’as jamais eu la foi, tu ne comprendras pas ce que ça signifie. Tu as l’impression que ton meilleur ami est en train de mourir; que tout ce qui te définissait se consume; que tu vas rester tout seul. Tu te sens exilé, comme perdu au fond ‘un bois obscur. […] le monde se vidait de son sens. Tout était creux. Tout se flétrissait.
[…] Secrètement, je craignais d’être incapable de croire en l’un comme en l’autre. Pourtant, je voulais croire; je le désirais ardemment et, au bout du compte, dans quelle mesure croire ne découle-t-il pas du désir? »
(p. 395)

« L’histoire ne se répète pas, dit-on, il n’empêche qu’elle rime. » (p. 522)

ATWOOD, Margaret. Les Testaments, Robert Laffont, coll.: « Pavillons », 2019, 541 p.

À une minute près

En 2013, André Marois publiait chez La Courte Échelle le roman de science-fiction pour adulte La fonction.  Cette année, il en a tiré une version pour adolescents intitulée À une minute près et publiée chez Leméac.

"À une minute près" André Marois La fonction jeunesse Leméac

À une minute près met en scène un univers identique au nôtre, à une exception près. Les gens y viennent au monde dotés d’une « fonction » qui s’active le jour de leur huitième anniversaire de naissance. Une seule fois dans leur vie, ils peuvent activer cette fonction en appuyant leur pouce entre leurs deux yeux. Instantanément, les soixante dernières secondes seront effacées. Seule la personne ayant utilisé sa Fonction se souviendra de la minute qu’elle vient de rayer ainsi. Il faut donc choisir judicieusement le moment où on utilise sa Fonction. Certains la gardent précieusement au cas où une fatalité surviendrait; d’autres la gaspillent pour réparer une gaffe ou une erreur de jeunesse. Dans cet univers, la question de savoir qui a utilisé sa Fonction ou non est très présente, mais aussi celle de savoir si des minutes de sa vie ont été effacées puis réécrites. À cause de la Fonction, ce questionnement reste omniprésent dans la tête des gens, particulièrement des adolescents puisqu’ils cherchent encore à construire leur identité.

Lucien, 16 ans, passe chaque été un mois chez sa cousine Kim en compagnie de sa tante et de son oncle. Cette année, il s’est laissé convaincre de jouer un rôle dans la pièce de théâtre qu’organise sa tante pour animer la vie du village. Noah, de qui Kim est très proche, n’apprécie cependant pas la présence du cousin de la grande ville qui, pour une raison inconnue, lui apparait comme un rival. La tension monte rapidement entre les deux garçons qui en viennent presque aux poings. La troupe tente d’adoucir l’ambiance en organisant une journée chez Kim. Rapidement, le sujet tourne autour des Fonctions de chacun. On se demande qui l’a déjà utilisée. Ou encore qui bluff lorsqu’il dit l’avoir utilisée. À ce sujet, on ne peut se fier qu’à la parole des autres. Si la journée se déroule correctement, la relation entre Lucien et Noah ne s’améliore pas pour autant, même qu’en soirée, les choses s’enveniment.

À une minute près offre une réflexion éthique sur les responsabilités qu’implique le fait, pour les personnages, de détenir un pouvoir aussi particulier que celui qu’offre la Fonction. Il pose une réflexion sur les choix qu’on fait dans la vie et sur les conséquences que ces choix peuvent avoir sur soi et les autres. En abordant ce thème universel à travers le regard de personnages adolescents (et parfois adultes), ce court roman saura surement plaire aux jeunes (et aux moins jeunes).

MAROIS, André. À une minute près, Leméac, Montréal, 2019, 133 p.

Réparer Philomène

Réparer Philomène est le septième roman de l’auteur Pierre Gagnon. Paru à l’automne chez Druide, cet ouvrage ne répond pas à la forme traditionnelle du roman. Le livre rappelle plutôt un recueil de poésie en prose, avec ses chapitres brossés comme des tableaux et sa structure narrative plutôt hachurée. Ses 249 pages se tournent ainsi à une vitesse surprenante.

Réparer Philomène Pierre Gagnon éditions Druide éditeur

Le livre s’ouvre sur un garçon de huit ans, le narrateur. Il se tient debout sur le bord de la rue dans ses habits du dimanche. Il attend. Il espère. Tout le monde au village en a déjà parlé: le président Kennedy, l’homme le plus puissant du monde, est déjà passé sur cette rue. Mais la voiture de son père, conduite par sa mère, s’arrête à sa hauteur.  Il est grand temps de rentrer à la maison. Le « bungalow de papier noir » est le royaume où dépérit sa mère. Autour, une cour à scrap. Le père répare et modifie des voitures qu’il ira courser ensuite. Le jour, il travaille pour un centre de récupération de pièces automobile.  Le soir, quand il est à la maison, il regarde sa femme s’enfoncer. Alors il va chercher Philomène.

Philomène est affligée d’un retard mental.
De deux ans ma cadette, elle parait plus jeune encore.
Mon père l’a choisie seul, sans personne pour le conseiller, et surtout sans ma mère à qui il a voulu faire la surprise…

Ma sœur parle peu.
Ma sœur écoute, intensément.

D’autres voix que les nôtres

À la longue, on s’habitue.
À la longue, on en vient à l’aimer davantage qu’on en aurait aimé une autre…

Une avec de l’avance plutôt que du retard.

Même si, au début, j’ai voulu la retourner…
Même si, au début, j’ai voulu l’échanger contre une pas défectueuse. (p. 61)

Réparer Philomène fait le récit de la pauvreté et de la dysfonction. La pauvreté monétaire, mais aussi la pauvreté de l’intelligence dans le cas de Philomène, de la beauté et la santé mentale dans le cas de la mère et de celle du bonheur pour le père, par exemple. Malgré le cœur en or du père, qui prend soin de ses enfants avant et après le départ de sa femme, le thème de la dysfonction familiale est bien senti.

Le roman ne présente ni de paragraphes continus (on change de ligne après chaque phrase comme en poésie) ni de récit continu. Les tableaux, tous titrés, dévoilent différents moments du quotidien familial alors que dix années se passent et que le garçon se dirige lentement vers sa majorité. Certains tableaux sont des retours dans le passé. Ils permettent de reconstituer la rencontre entre le père et la mère dans une petite ville du sud-est ontarien. Cela m’a bien fait sourire puisque c’est la ville où j’habite depuis maintenant un an. Mais l’ouvrage ne présente pas Trenton dans ce qu’elle a de champêtre et de convivial. Toute son action se déroule dans un motel-taverne qui n’existe plus aujourd’hui. Un endroit où les militaires moins populaires, selon l’histoire de Pierre Gagnon, faisaient la rencontre de femmes qui, à défaut de beauté ou de popularité, jouaient d’atouts pour dénicher un homme suffisamment enivré pour s’enticher. C’est là que le père aurait rencontré la mère avant de la ramener en Beauce dans le bungalow de la misère.

Tout au long du récit, j’ai trouvé que Philomène avait peu de place dans l’histoire. Je l’aurais souhaitée plus présente. Étant donné le titre, j’aurais aimé apprendre à mieux la connaitre. Or, le personnage de Philomène n’est qu’un outil servant le propos du livre. Campé dans un milieu pauvre, l’ouvrage développe principalement le thème de la pauvreté. La pureté de Philomène vient faire contraste dans cet univers de miséreux, tout comme la volonté du père de rendre ses enfants et sa femme heureux. Avec le spectre de la misère au-dessus de la tête, ce n’est pas gagné d’avance…

Le titre Réparer Philomène est très poétique. Il contient cette idée, d’abord, de vouloir « réparer » la déficience d’une enfant, une idée qui apparait à la fois comme naïve et jolie. Or, ce titre ne prend son sens plein qu’à la toute fin du roman. Une fin forte, magnifique et émouvante. Le rythme tranquille de ce roman doux-amer s’enflamme. Les petits tableaux cèdent la place à une plus vaste toile. S’y dessine une grande scène où, enfin et très paradoxalement (en raison du contexte, que je ne dévoilerai pas), Philomène prend toute la place. Une scène qui donne au titre toute son ampleur et qui nous fait comprendre la vraie place de Philomène dans l’histoire.

Voici la vidéo du roman, réalisée par Pierre Gagnon.

Réparer Philomène en extraits

Pas la moindre étoile sur les toiles qu’elle peint.
Que des nuages lourds dans des ciels bétonnés.

Ma mère et Philomène sont à des années-lumière d’une rencontre, s’observant à distance par une lunette obturée.

Pas la peine d’être astronome pour comprendre cela. (p. 129)

 

GAGNON, Pierre. Réparer Philomène, Druide, Montréal, 2019, 243 p.

Piège infernal

Je vous parlais dernièrement de la nouvelle collection Sphinx des éditions Héritage jeunesse, une collection  inspirée des livres dont vous êtes le héros (voir l’article). L’autre ouvrage à inaugurer le lancement de cette collection est Piège infernal de Paul Roux. Lui aussi est constitué de 31 chapitres et un épilogue dont l’ordre de lecture est dévoilé à travers la résolution d’énigmes.

Piège infernal Paul Roux Héritage jeunesse Livre dont vous êtes le héros Narration à la deuxième personne livre-jeu Collection Sphinx

Cette fois encore, tu es le personnage principal de cette histoire. Un après-midi, pendant que tu travailles à la bibliothèque de l’école en attendant ton autobus, tu es pris d’un malaise et cours aux toilettes pour vomir. À ton retour, toutes tes affaires sont restées telles quelles et tu te remets au travail. Peu de temps passe avant qu’un courriel ne t’interrompe. Il provient d’un inconnu qui te traite de dégoutant et dit connaitre ton secret. Ça te fait un gros choc. Personne à part ton frère Maxime et son ami ne connait ce secret. Et il n’est pas dans l’avantage des deux garçons de le dévoiler… Bientôt, c’est par texto que te contacte ton intimidateur. Tu as maintenant peur de regarder ton téléphone. Il t’interdit de parler de ses messages à qui que soit et, pour accompagner cet avertissement, il te donne un exemple de ce qui pourrait t’arriver. Un soir, tu rentres de l’école et découvres ton frère a failli se faire renverser par une voiture. Il est chanceux, il s’en sort avec une blessure au coude. Tu sais maintenant que tu es seul dans ta galère.

L’histoire de Piège infernal est beaucoup plus complexe que celle du titre paru en même temps que lui dans la collection Sphinx. Il est en ce sens plus riche à exploiter pour un enseignant. Le livre contient, à un premier niveau, la problématique amenée par l’intrigant intimidateur. Pourquoi s’en prend-il au personnage? Ce dernier pourra-t-il se sortir de son piège? À un deuxième niveau, il y a le fameux secret. Mais qu’est-ce que le personnage peut-il cacher de si honteux ou de si grave? Piège infernal contient par ailleurs beaucoup plus de vocabulaire complexe. C’est une belle occasion pour enseigner des mots nouveaux, mais cela peut aussi être une barrière pour des élèves moins à l’aise avec la langue (j’ai par exemple dans mes classes plusieurs jeunes dont le français n’est pas la langue première). J’ai toutefois remarqué que dans chaque chapitre semble se développer un champ lexical différent auquel appartiennent habituellement les « mots nouveaux », ce qui offre un bel angle d’enseignement. Le roman contient aussi des expressions et des comparaisons, ce qui ajoute de la couleur et peut aussi être enseigné.

Une autre chose que j’apprécie de Piège infernal, c’est qu’il offre une réflexion sur les choix qu’on fait dans la vie et sur l’usage des technologies. Il intègre par ailleurs à merveille celles-ci, ce qui lui confèrera surement de l’intérêt et du réalisme du point de vue des jeunes lecteurs. Les messages textes sont par exemple représentés sur la page. En plus de rendre concrète la présence des technologies, cette façon de faire allège la lecture.

Piège infernal Paul Roux Héritage jeunesse Livre dont vous êtes le héros Narration à la deuxième personne livre-jeu Collection Sphinx

Un petit détail m’a embêtée dans ma lecture. Aux pages, 104, 137 et 147, la personne narrative passe soudainement de la deuxième à la première personne. Ce ne sont que trois pronoms ou déterminants qui soudain suggèrent la valeur d’un « nous » alors que, depuis le début, la narration se fait avec le « tu ». C’est donc le « vous » qui devrait être privilégié pour une référence à une personne plurielle. Soit le livre devait au départ être écrit à la première personne et il est resté des coquilles dans le changement de narrateur, soit il y a quelque chose qui m’échappe complètement dans le message qu’on tente de me passer avec ce choix de personne grammaticale.

Quoi qu’il en soit, Piège infernal, tout comme l’autre titre, donne bien le ton de cette nouvelle collection. Je suis certaine que les jeunes de 11 à 14 ans adoreront résoudre les énigmes et se promener dans le livre pour retrouver l’ordre des chapitres. C’est une belle façon se s’approprier la forme du roman que de pouvoir ainsi naviguer à l’intérieur de l’objet papier.

ROUX, Paul. Piège infernal, Éditions Héritage jeunesse, Montréal, 2019, 297 p.

Énigme fatale

Cet automne, les éditions Héritage ont inauguré une nouvelle collection de livres jeunesse, la collection Sphinx. Cette collection reprend en partie le principe des livres dont vous êtes le héros. Contrairement aux traditionnels livres-jeux, dont le récit dépend des choix faits par le lecteur, les livres de cette collection intègrent l’interactivité par la résolution d’énigmes. Tous les chapitres (à l’exception du premier) ont été mélangés et ce n’est qu’en résolvant l’énigme trouvée à la fin de chacun d’eux que le lecteur peut découvrir où se situe le prochain chapitre de l’histoire. Pour lire le livre dans l’ordre, les jeunes doivent ainsi se prêter au jeu du détective. Pour l’instant, deux titres sont parus. Je vous présente aujourd’hui Énigme fatale, écrit par Mathieu Fortin.

Erreur fatale Mathieu Fortin Héritage jeunesse Livre dont vous êtes le héros Narration à la deuxième personne livre-jeu Collection Sphinx

Tu es le personnage principal de cette histoire. Un après-midi, alors que tu rentres de l’école avec Laurent, ton meilleur ami, vous remarquez une grosse berline noire qui vous suit. L’inquiétude vous gagne, ce qui met fin à tes complaintes au sujet de ton anniversaire. Le conducteur porte des verres fumés et il n’a pas l’air bien effrayant. Sauf que la voiture accélère et se met à foncer sur vous. Tu hurles à ton ami de courir vers ta maison, tout près, mais vous n’avez pas le temps de vous y réfugier, car quelque chose te pique alors que tu insères la clé dans la serrure. Quand tu reprends connaissance, tu te trouves dans une pièce que tu ne reconnais pas. Un salon contenant beaucoup d’éléments: canapé, téléviseur, bocaux en vitre contenant toutes sortes de choses… Il y a aussi un boudoir avec des fauteuils, une bibliothèque, des portraits peints, etc. Une lettre te souhaite la bienvenue dans ta prison, une prison dont seuls les plus méritants peuvent sortir. Bientôt, tu apprends que ton bourreau te donne deux heures pour relever une série d’épreuves te permettant de prouver ton mérite. Tu découvres aussi que tu n’es pas seul dans cette situation. Sur l’écran de ta télévision, tu aperçois d’autres jeunes dans des pièces qui ressemblent à la tienne.  Qui réussira à s’échapper? Alors que certains des jeunes se font éliminer devant tes yeux, une question te taraude: mais qui est cette personne qui vous a enlevés et que vous veut-elle? Vous ne semblez être que des pions dans son jeu morbide.

Des deux ouvrages qui sont parus, Énigme fatale est le plus facile à lire. Son vocabulaire est simple et le livre contient peu ou pas de figures de style ou expressions. Il s’avère ainsi un bon choix pour de jeunes lecteurs moins expérimentés. Son histoire est aussi très simple. Le personnage est enfermé et doit résoudre les énigmes pour prouver sa valeur. On suit donc les étapes une à une avec lui. L’adulte que je suis a trouvé cet aspect un peu redondant, mais je crois qu’il plaira aux jeunes, curieux de voir si, quand ou comment le personnage parviendra à s’en sortir. D’ailleurs, le rythme de l’histoire est enlevant et donne envie de connaitre la suite et de poursuivre la lecture. Les chapitres sont construits de façon à obtenir cet effet, chacun se terminant sur une montée dramatique ou un questionnement qui ne trouvera suite ou réponse que dans le chapitre suivant.

Énigme fatale, tout comme le deuxième ouvrage paru, ce sont 31 courts chapitres et un épilogue. Cette collection vise une construction efficace qui accrochera le lecteur. Mais ce qui plaira par dessus tout aux jeunes, ce sont les énigmes à résoudre pour s’orienter entre les chapitres. Elles sont en général assez simples, mais le jeune perdu pourra se référer au plan situé en fin d’ouvrage pour « retrouver son chemin ». Sinon, le fonctionnement est facile à comprendre, une fois la réponse de l’énigme trouvée (que ce soit un mot ou un chiffre), il faut se référer à la table des matières pour y dénicher cette réponse cachée dans l’un des titres de chapitres. Le chapitre dont le titre contient cette réponse est celui qui doit maintenant être lu.

Erreur fatale Mathieu Fortin Héritage jeunesse Livre dont vous êtes le héros Narration à la deuxième personne livre-jeu Collection Sphinx

Énigme fatale, tout comme le second ouvrage de la collection Sphinx (dont je vous parlerai bientôt), est donc un livre amusant qui saura plaire aux jeunes. Il me parait adéquat autant pour la lecture individuelle que pour la lecture en groupe. Un enseignant pourrait par exemple choisir de lire un chapitre par jour à voix haute et d’effectuer en groupe la résolution des énigmes permettant de passer aux chapitres suivants. J’y songe.

FORTIN, Mathieu. Énigme fatale, Héritage jeunesse, coll. « Sphinx », 2019, 299 p.

Champion et Ooneemeetoo

Une des choses que j’apprécie du contrat que je fais pour le Regroupement des éditeurs franco-canadiens, c’est qu’il me fait découvrir des ouvrages dont j’ignorais l’existence. Parmi ceux-ci, une traduction de Kiss of the Fur Queen, réalisée par Robert Dickson et publiée aux éditions Prise de parole sous le titre Champion et Ooneemeetoo. Ce livre de l’auteur cri Tomson Highway est un roman grandiose qu’on devrait, à mon avis, se faire un devoir de lire afin de connaitre un aspect souvent occulté de notre culture canadienne, celui de nos relations avec les Premières Nations et de leur apport culturel.

Champion et Ooneemeetoo Tomson Highway Prise de parole Traduction Robert Dickson Préface Louis Hamlin

Champion et son frère sont les derniers enfants d’Abraham et de Mariesis Okimakis. Ils naissent et grandissent dans le village cri d’Eemanapiteepitat dans le Nord du Manitoba, « dans une région si reculée qu’on disait que le Pôle nord se trouvait sur l’autre versant de la prochaine colline » (p. 42). Leur petite enfance suit le rythme de la pêche, des troupeaux de caribous et de l’accordéon dont Champion sait si bien jouer déjà. À six ans, le garçon est envoyé dans une école au sud afin de commencer sa scolarité, ordre du père Bouchard. Au débarquement de l’avion, il apprend qu’il lui est désormais interdit de parler cri et qu’il devra s’exprimer dans cette langue étrange qu’il ne comprend pas, l’anglais, puis il ne s’appellera plus Champion, mais Jeremiah, un nom bien catholique. Là-bas, il découvre un nouvel instrument, qu’il n’a jamais vu, et c’est cette passion pour le piano qui lui fait apprécier l’endroit, entre les étés qu’il retourne passer dans sa famille. Deux ans plus tard, son frère Gabriel le rejoint, et l’horreur des pensionnats se découvre peu à peu alors qu’elle est dépeinte avec la légèreté de l’enfance. Le livre suit alors le parcours des deux garçons du primaire au secondaire jusqu’à l’âge adulte et à la mort.

Champion et Ooneemeetoo est un livre magistral qui allie dans une narration dynamique des éléments des cultures canadienne et crie, de leurs croyances respectives et de leurs langues opposées, de la magie du conte et du réalisme, etc. Sa force réside dans sa capacité à imbriquer ces éléments, de prime abord opposés, pour en faire le tout pourtant bien réel qui constitue la culture amalgamée et la réalité de Champion et de son frère, comme, sans doute, des nombreux Cris qui ont eu un parcours similaire.

La réussite du livre, seul roman du dramaturge Tomson Highway, repose aussi sur la grande maitrise de l’auteur à amener le lecteur directement dans le regard de ses personnages, présentant le monde de leur point de vue sans avoir à rien ajouter pour expliquer. Il en résulte un effet à la fois touchant, réaliste et comique qui allège les passages qu’une narration différente aurait pu rendre insoutenables, tout en imprégnant beaucoup d’humanité au récit.

« Hell, poursuivit le prêtre avec insistance, tirant ainsi Champion-Jeremiah de sa morne rumination, l’enfer, c’est là où vous irez si vous êtes méchants.
L’enfer avait l’air plus engageant [que le paradis], car il était rempli de tunnels et Champion-Jeremiah avait une grande affection pour les tunnels. […]
Des créatures maigres, gluantes, à la peau brun-noir squameuse, à la queue longue et pointue, munies de cornes sur la tête, tiraient les gens de leur cercueil et les lançaient dans les profondeurs avec des fourches à foin, en riant aux éclats. Au bout des sept affluents se trouvaient des cavernes humides et froides, aux parois desquelles se dessinaient des flammes, et où étaient assis des gens à la peau foncée.
Aha! Voilà où se trouvent les Indiens, pensa Champion-Jeremiah, soulagé qu’ils aient une place sur cette grande carte. Ces gens s’adonnaient sans vergogne à de nombreuses activités qui avaient l’air amusantes. »
(p. 82)

« — Cintre mairie, mare de dune, pliez pour noos’sim pasteurs, main denant héa l’our de not nord, amène.
Gabriel débita à toute allure les syllabes dénuées de sens, en faisant semblant de les comprendre. Mais, alors qu’il avait mal aux genoux d’être agenouillé sur le linoléum froid et dur, il ne pouvait s’empêcher de se demander pourquoi il y avait dans la prière le mot cri 
« noos’sim ». Pourquoi cette mare de dune avait-elle besoin d’un filleul? » (p. 94)

Le livre est dur et pourtant il est doux. Il décroche des sourires et quelques rires alors que, la main sur le cœur, on lit une scène en se disant « ouch… » Par ailleurs, les comparaisons et métaphores, nombreuses et pertinentes permettent de cerner le regard différent que les personnages portent sur le monde, produit de leur culture crie: « Enfin, la musique l’éclaboussa comme de l’eau douce et tiède, dans un nuage de papillons jaune et noir à queue d’hirondelle. Il ne se rendit même pas compte qu’il avait quitté la file pour se planter à l’entrée d’une pièce. » (p. 78)

Champion et Ooneemeetoo est à mon avis un incontournable de la littérature canadienne. Riche d’un regard particulier, d’une extraordinaire histoire de résilience, tissée, sans être une autobiographie, à partir des connaissances et du vécu de l’auteur concernant les différents milieux qu’il dépeint. La narration a du souffle, elle nous emporte comme le vent (ou plutôt comme une musique) et nous entraine dans ses cascades. Il est facile de lire ce livre d’un trait, mais il est pertinent de le faire durer pour ne rien échapper des différents thèmes qu’il exploite et qui s’imbriquent les uns dans les autres en empruntant à l’occasion à la magie du conte, à la mythologie crie haute en couleur et fervente d’histoires.

Champion et Ooneemeetoo en extraits

« Jeremiah s’efforça, courageusement mais difficilement, d’effacer l’épisode, jusqu’à ce que, une semaine plus tard, il voit une photo sur une page arrière du Winnipeg Tribune et pense reconnaître la femme: on avait retrouvé le corps nu de Evelyn Rose McCrae, fille du lac Mistik perdue depuis longtemps, dans un fossé aux abords de la ville, une bouteille de bière fracassée gisant délicatement, telle une rose, dans son sexe ensanglanté. Jeremiah rappaorta l’image qu’il avait vue imprimée sur le piano à queue de monsieur Ashkenazy. Mais la police de Winnipeg s’intéressait peu aux observations de jeunes Indiens de quinze ans. » (p. 133)

« — Tu te rappelles l’histoire de tante Marguerite à l’œil noir […]. Celle du nouveau manteau de fourrure de la belette?
Évoquer ainsi la mythologie crie réussirait peut-être à conjurer ces phénomènes occultes.
— Tu veux dire celle où Weesageechak descend sur terre déguisé en belette? Gabriel se pencha vers des Stanfields à l’allure virile, examinant le devant en Y avec une telle rapacité que le commis à lunettes renfrogné, craignant du sabotage, fit une grimace. Et où la belette entre dans le trou de cul de Wendigo en rampant?
— Oui… Malgré lui, Jeremiah explosa d’un rire hilare: Pour tuer l’horrible monstre.
—  …et revient, sa fourrure blanche recouverte de merde? rit Gabriel, échappant les Stanfields sur une pile de shorts bleu ciel.
— Tu sais, dit Jeremiah, soudain philosophe, une histoire comme celle-là ne passerait jamais en anglais.
La voix de Gabriel prit un ton conspirateur.
— « Trou de cul » est un péché mortel en anglais. Le père Lafleur me l’a dit une fois à la confesse.
— Il a dit la même chose de « merde », dit Jeremiah. »
(p. 146)

HIGHWAY, Tomson. Champion et Ooneemeetoo, Prise de parole, Sudbury, 2019, 375 p.

Le grand détour pour traverser la rue

J’ai été à la fois charmée et agacée par Le grand détour pour traverser la rue, du primoromancier Alain Savary. Pourtant, l’agacement ressenti m’a semblé sain et est plutôt entré en dialogue avec la lecture que je faisais du livre. Celui-ci provoquait chez moi des réactions qui me laissaient parfois dubitative, comme si j’étais à la fois en accord et en désaccord avec le propos de l’ouvrage ou le ton employé par l’auteur. Soyons claire. Le grand détour pour traverser la rue est un bon roman. Le lecteur traversera ses 125 pages en y faisant toutes sortes de petites trouvailles et il réfléchira, sans doute, aux affirmations que fait le personnage sur différents sujets. Là réside pour moi le point fort du livre: il amène des idées. Qu’on y adhère ou non, celles-ci provoquent des réactions, stimulent la pensée et parfois, comme chez moi, des émotions contradictoires.

Le grand détour pour traverser la rue Alain Savary L'Interligne

Le grand détour pour traverser la rue raconte comment un jeune pauvre du quartier Vanier, à Ottawa, se sort peu à peu de la misère pour « traverser de l’autre côté de la rue » et s’installer à Parc Rockcliffe, le quartier riche de la ville. Le livre s’ouvre sur un narrateur-auteur de trente ans qui annonce le sujet du livre (il va être père et souhaite écrire son passé difficile pour le faire découvrir à son enfant plus tard), mais se construit sur un retour chronologique des évènements à partir du chapitre suivant, qui présente le narrateur à 13 ans. Celui-ci gagnera ainsi un an par chapitre jusqu’à son entrée dans l’âge adulte. La boucle sera bouclée lorsqu’à la fin, le lecteur retrouvera le narrateur trentenaire du début.

Premier sujet d’agacement, et pour des raisons littéraires plus qu’idéologiques: le premier chapitre. Le narrateur s’y présente de manière à la fois trop naïve, trop exubérante, trop moralisatrice… et il en dit trop comme s’il devait expliquer au lecteur son projet de fond en comble. Il se justifie d’une façon qui nous donne l’impression qu’il veut se donner de l’importance, ce qui nous éloigne de ce qui aurait pu montrer sa sensibilité et toucher l’empathie du lecteur (ce qui semble le but évident de son discours). Je vais avoir l’air vraiment pointilleuse, mais le point d’exclamation dès la deuxième phrase m’a donné envie de prendre du recul sur mon divan. Pourquoi on me crie en pleine face au bout de dix mots? Voilà ce que je me suis demandé. N’y avait-il pas plus adroite manière de communiquer l’émotion du narrateur? Quoi qu’il en soit, je m’en suis remise. Mais ce chapitre composé de cinq courtes pages, qui me semble beaucoup plus expliquer le projet de l’auteur (comme si l’auteur se l’expliquait encore à lui-même) que servir le roman, ne devrait peut-être pas figurer dans le livre.

À moins que ce soit précisément le but. Car là réside mon deuxième sujet d’agacement: le possible jeu identitaire entre auteur et narrateur. Dès la quatrième de couverture, on remarque la possible parenté entre l’auteur et le personnage.

Quatrième de couverture Le grand détour pour traverser la rue Alain Savary éditions l'Interligne Ottawa Vanier

Effet que le livre semble vouloir reprendre dans ce premier chapitre, p. 12.

Le grand détour pour traverser la rue Alain Savary p. 12 éditions L'Interligne Ottawa

Et, tout comme l’auteur, le personnage finit par étudier à Londres et travaille comme investisseur à Ottawa… Enfin, ce jeu, si c’en est un, me donne l’impression de retourner au siècle de Laclos où on fait croire qu’on a retrouvé la correspondance desdits personnages et qu’on en a fait un livre. Le livre en soi devient objet de fiction. Je ne sais pas pourquoi, dans ce cas-ci, ça m’agace. Je me sens injuste en écrivant cette opinion, c’est très personnel et ça n’enlève rien à la valeur du livre. Plusieurs pourraient au contraire apprécier cette zone grise. Si c’est bien un jeu, je trouve quand même amusant qu’on lance vers la fin un nom de famille permettant d’identifier pour la première fois le personnage (ou l’auteur?).

Dès les cinq premières pages, donc, Le grand détour pour traverser la rue ne m’a pas laissée indifférente. Curieuse, alors que je viens d’écrire toutes ces lignes, j’ai fait une petite recherche sur Internet pour voir si on sait qui est Alain Savary. Il semblerait que le journal Le Droit ait interviewé l’auteur, dont c’est le pseudonyme, que l’homme a un accent français, refuse de dire son vrai nom et ne semble pas originaire de Vanier, ni primoromancier. Donc le jeu va plus loin… Un peu comme avec Romain Gary et son projet de « roman total » (j’écrirai là-dessus un jour), l’auteur est aussi un personnage. Sauf que celui-ci accorde des entrevues en dévoilant le pot aux roses. À moins que ça ne fasse encore là  partie de la fiction. Pour voir l’article du Droit, cliquez ici.

Bref, il y a beaucoup à dire sur ce roman pseudo premier du pseudo Alain Savary. La vérité, c’est que passé le premier chapitre, j’ai bien apprécié. L’auteur présente un personnage issu d’un milieu défavorisé qui pose un regard intelligent et aiguisé sur le monde qui l’entoure. Un regard très critique aussi, qui frôle à l’occasion une certaine condescendance, mais un regard différent qui rend l’ouvrage très intéressant. Parfois, la lucidité du personnage mène à des propos tout à fait légitimes, mais semble en même temps montrer une certaine arrogance. Pour cela, autant je me suis intéressée aux idées énoncées par le narrateur dans ces moments, autant je me suis arrêtée pour me questionner sur leur véracité. Ne risquais-je pas de me laisser flouer par l’allure intelligente du discours? Je n’ai pas de réponse parfaite à cela, mais j’ai aimé que le livre porte au questionnement et à la réflexion tout en offrant un regard nouveau sur la société actuelle.

Le grand détour pour traverser la rue accorde aussi une grande place au corps et à la sexualité comme façon d’être et de s’épanouir. Se découvrir à travers le sexe, les relations interpersonnelles et l’amour véritable, voilà qui sont de bien plus grands sujets du livre que le fait de quitter la pauvreté pour devenir investisseur financier. Si le narrateur, posé en écrivain, affirme écrire ce livre pour que son enfant à naitre puisse un jour découvrir son passé pauvre et son cheminement vers sa situation actuelle, il offre surtout une critique de la façon dont les humains, en général, vivent leur vie avec les œillères du conformisme. Et on comprend que c’est en partie ces œillères qui sont responsables des écarts sociaux. Il présente en cela un point de vue très politisé.

Le grand détour pour traverser la rue en extraits

« Personne n’aime saisir qu’on vient tous de quasiment rien, d’un sperme minuscule qui séjourne dans des muqueuses. C’est visqueux. C’est douteux. Et qu’on est tous expulsés violemment. » (p. 12)

« Mais la plupart des journalistes ne se rendent pas compte qu’on passe son temps à écouter des balivernes. Ils en produisent à la tonne. Et on est souvent en accord avec ces balivernes. Ça s’appelle l’identité. Ça permet de cacher ce qui est important. Ce qui est partageable. Bien au-delà de la surface. Moi, ici, je me dévoile incognito, au fil des ans. C’est plus intéressant que Facebook. » (p. 13)

« « Rien de plus  culturel que la sexualité », m’a-t-il enseigné en m’observant de son regard intelligent. « La planète et l’Occident en particulier sont paniqués par cette culture. Elle subit le rejet. On enseigne tout à l’école, sauf l’art d’être bien à deux. Frustrations après frustrations: travail, travail. Et pour utiliser le fruit du travail: consommation, consommation. Et pour consommer: publicité, publicité, jouant sur le désir du corps que l’on interdit de connaître par un refus de la culture profonde de la sexualité. [­…] » » (p. 97)

SAVARY, Alain. Le grand détour pour traverser la rue, L’Interligne, Ottawa, 2019, 125 p.

Le porto d’un gars de l’Ontario

Avec Le porto d’un gars de l’Ontario, Patrice Gilbert signe son premier roman. Celui-ci met en scène le personnage de Gratien Beauséjour, né en 1940.  Issu d’une famille de classe moyenne de Saint-Michel-des-Saints, le jeune Gratien décide, dès l’âge de 15 ans, de briser la chaine des traditions familiales pour prendre en main son destin. D’abord campée dans l’époque de Maurice Duplessis, dans la maison familiale puis dans la réalité des camps de bucherons, l’histoire se déplace vers les mines de l’Abitibi et de l’Ontario à mesure que s’installent la Révolution tranquille et les aspirations de Gratien Beauséjour.

Le porto d'un gars de l'Ontario Patrice Gilbert Éditions L'Interligne Premier roman Abitibi mines

Le porto d’un gars de l’Ontario appartient au genre historique dans le sens où l’histoire est intimement campée dans l’époque qu’elle décrit. En effet, sans revendiquer une appartenance à ce genre, le livre présente de nombreux éléments qui permettent de l’y associer. Le contexte social et politique est par exemple toujours mis de l’avant pour justifier les actions ou les réflexions des personnages. Que la mère de Gratien songe à Maurice Duplessis pour renforcer sa propre vision traditionnelle de la famille ou qu’un Canadien anglais demande à Gratien la différence entre le français québécois et le français, l’époque, et ce en quoi elle traverse les personnages, est toujours bien présente et bien sentie. Par ailleurs, l’exploitation des mines d’or abitibiennes et ontariennes, ainsi que le débat quant à la sécurité et aux conditions des travailleurs, ouvre un autre pan de l’histoire. Y sont décrites tout autant les opinions des gens de l’extérieur et de l’intérieur sur ces exploitations minières que la montée des syndicats et certains stéréotypes concernant les patrons anglais et les travailleurs French Canadians.

Plus que roman historique, Le porto d’un gars de l’Ontario est d’abord et avant tout un roman d’initiation. Il décrit le parcours de Gratien Beauséjour à partir du jour de sa naissance et montre comment chaque épreuve que le personnage rencontre lui permet de grandir et de se réaliser. La force de l’ouvrage réside d’ailleurs dans la capacité de l’auteur à construire les mythes fondateurs de la vie de Gratien et à les exploiter tout au long de l’histoire pour lui donner du sens. À neuf ans, le jeune Gratien prend part à une course familiale afin d’impressionner son père et de lui prouver qu’il n’est pas « un grand flanc mou ». Le garçon mène sa course jusqu’au bout et reçoit enfin un peu de reconnaissance de ce père qui, quand il prend un verre de trop, fait plus de reproches que de compliments. « Cours, mon Gratien, cours », se répète-t-il encore des années plus tard, chaque fois qu’un évènement le force à se dépasser pour parvenir à ses fins. Car cette course représente le moment où, pour la première fois, Gratien a découvert qu’il avait assez de force en lui pour atteindre ses objectifs. Plus tard, un incident au camp de bucherons et un décès dans la famille viendront s’ajouter à la liste des évènements fondateurs qui forgeront l’identité et la pensée de Gratien.

La narration du Porto d’un gars de l’Ontario a de l’élan. Dynamique, elle emporte le lecteur sans ostentation ni longueurs. L’humour, toujours présent, est bien dosé. Bien qu’il chatouille le personnage d’une douce ironie, il ne s’en moque jamais complètement. Cette petite touche humoristique dans le ton contribue plutôt à renforcer l’humanité et la simplicité du personnage qui, on le devine, pourrait rire de soi de la même façon.

Gratien était effectivement très bien. Il ramassa d’une main le journal qui trônait sur la table déserte voisine et, de l’autre, il prit une gorgée de café. C’était un plaisir pour lui de montrer que, malgré ses airs de campagnard, il savait lire. Il sursauta toutefois quand il vit que le journal était rédigé en symboles et sans doute à l’envers. C’était du japonais pour lui. Vite, il le replaça et en agrippa un où il put lire le titre. La Presse. Personne n’avait noté son échange. Il feuilletait, fier et rêveur, ce journal, vacillant paisiblement de ses pensées à la lecture. (p. 130)

Cette touche humoristique se présente aussi à l’occasion dans le choix des mots, ce qui fait sourire le lecteur attentif.

Il trouva un gîte proportionnel à son budget. Une chambre propre avec un lavabo et une toilette, pour deux dollars par nuit. Il s’offrit une réservation d’une semaine non remboursable, qu’il négocia pour douze dollars et qu’il paya comptant et content. (p. 127)

Baylor l’avait d’ailleurs fait [présenter l’idée] avec force et conviction la veille lors du repas, mais il avait pu constater bien vite que Manchester n’aimait pas du tout l’idée. Lipton, lui, ne dit aucun mot, se contentant de siroter son bouillon de poulet. (p. 342, je souligne)

Le seul petit bémol que j’aimerais soulever concerne la préface et non le roman en tant que tel. Elle ne devrait pas, à mon avis, se trouver dans l’ouvrage. Elle se lit comme un syndrome de l’imposteur, comme si l’auteur s’excusait que sa passion de l’écriture ait mené à un livre. Peut-être qu’en postface, elle aurait mieux passé. À mon sens, toutefois, elle demeure inutile et teinte sans raison valable le jugement du lecteur avant même qu’il n’ait entamé sa lecture.

Quoi qu’il en soit, Le porto d’un gars de l’Ontario est un premier roman réussi. Patrice Gilbert a su faire de l’exploitation minière et de la vie somme toute simple de son personnage une grande aventure en mettant de l’avant la personnalité joviale de Gratien. On lit ce livre comme emporté dans une grande envolée d’enthousiasme.

GILBERT, Patrice. Le porto d’un gars de l’Ontario, Éditions L’Interligne, Ottawa, 2019, 359 p.

Gaucher.ère contrarié.e

Gaucher.ère contrarié.e est le premier roman de l’auteur.e torontois.e V.S. Goela. Paru aux éditions L’Interligne en ce début d’année 2019, ce livre de 155 pages a déjà fait beaucoup parler. D’abord, parce qu’une aura de mystère plane autour de l’auteur.e. Mais qui est V.S. Goela? Le choix des initiales cache son genre, et on peut croire que la personne ne s’identifie à aucun des deux sexes ou encore qu’elle s’amuse à ébranler nos repères. Quoi qu’il en soit, la lecture du livre démontre très vite que ce choix n’a rien de hasardeux. Une démarche idéologique sous-tend l’écriture et ouvre la porte à la réflexion.

V.S. Goela Gaucher.ère contrarié.e L'Interligne Non genré Littérature franco-ontarienne

Tout de suite, l’épigraphe donne le ton:

On dit que le sanscrit est une langue morte, non plus parlée. Comment peut-on désigner une langue « morte », non plus vivante, son sang coulant, sans respiration, absente, si elle est toujours présente dans nos chants, nos chansons, nos poèmes, nos images, notre grammaire?

Je n’aime pas les étiquettes. (p. 9)

Ni étiquettes ni formules toutes construites dans ce roman qui défie les normes traditionnelles à la fois par son contenu et par sa forme. Si vous me demandiez ce que raconte Gaucher.ère contrarié.e, j’aurais bien du mal à vous en faire un résumé. Parce que le résumé d’un roman exige qu’on trouve le fil conducteur du récit, alors que ce livre ne trouve pas son cœur dans l’histoire. Pas de logique de l’action qui ferait s’enclencher des évènements. Le livre de V.S. Goela s’inscrit plutôt dans une logique du sensible, faisant des états d’âme des personnages l’évènement au centre du récit (lire Frances Fortier et Andrée Mercier pour en apprendre plus sur cette logique narrative).

Et des personnages, il y en a toute une galerie dans Gaucher.ère contrarié.e. Ils sont décrits longuement de façon à mettre l’accent sur leur singularité. Celle-ci passe par l’intériorité des personnages. Elle n’a rien à voir avec ce qui pourrait les mettre dans les marges: appartenance aux Premières Nations, genre non identifié, synesthésie, etc. Ce n’est pas une relation différente aux couleurs qui rend un personnage spécial, par exemple, mais plutôt ce que cette particularité apporte à sa vision du monde.

Les personnages qui appartiennent à ce qu’on reconnait comme la norme sont décrits avec la même finesse. L’auteur.e, refusant les étiquettes, s’attarde dans sa façon de les mettre en scène à tout ce qui permet de les distinguer des autres: une qualité particulière, une façon de penser sensible ou originale, une habitude singulière… On lit donc Gaucher.ère contrarié.e pour cette sensibilité. On s’intéresse aux personnages non pas pour ce qu’ils font, mais pour ce qu’ils sont. On sourit à mesure qu’on découvre les traits de leurs caractères. C’est un peu comme de regarder un peintre peindre une toile en s’attardant aux détails. Et on prend un plaisir fou à découvrir certaines pensées qui nous emmènent ailleurs, mais aussi à l’intérieur de nous: « Dans mon dictionnaire de synonymes, le mot anxieux se trouve juste avant le mot anxiolytique, qui précède apaisant. » (p. 150). Un simple fait, présenté pour ce qu’il est, sans explication sur la dimension qu’ouvre l’antithèse accidentelle qu’a commise l’ordre alphabétique. L’esprit voyage.

Il n’y a pas que les personnages qui sont hors norme. La forme du livre enrichit l’expérience et contribue à emmener le lecteur dans la dimension du sensible. Bien que court, Gaucher.ère contrarié.e est divisé en 33 chapitres. La lecture de la table des matières donne l’impression d’avoir affaire à un guide alimentaire, car chaque chapitre est inspiré d’un aliment: « L’inutilité de la poire », Les carottes orange sont moins belles que les violettes », « L’asperge est une arme », etc. Chacun de ces chapitres débute par un clin d’œil ou une réflexion sur l’aliment, avant de céder la place aux personnages.

Chaque fois que j’achète des avocats, je les achète en sac de cinq. je vois les sacs à trois biologiques, mais je ne les veux pas.

cela prend du temps avant que ces avocats deviennent mûrs, mais pas trop de temps. pas assez de temps.

quand ils sont prêts à devenir un guacamole, je suis trop occupé(e). alors, je les laisse évoluer vers une verdure plus foncée, jusqu’à ce que la peau contracte des rides, et puis je les jette dans la poubelle, et j’en achète un autre sac, la semaine suivante. » (p. 35)

Cet extrait est immédiatement suivi d’un intertitre qui nous annonce qu’il sera question du personnage de Yajnadhara dans les prochains paragraphes. Puis à la page suivante un intertitre annonce Mylène et, à la page 40, Richel prend le pas… Ainsi s’organise le livre comme une série d’intrigues ou, plutôt, comme une suite intrigante. On cherche du sens aux titres des chapitres ou encore un lien entre les passages consacrés aux aliments et le reste du projet. On se demande de quelle façon les personnages pourraient être liés les uns aux autres. On obtient en fin de compte bien peu de réponses et, pourtant, on a fait plein de belles découvertes.

On termine Gaucher.ère contrarié.e avec le sentiment qu’il nous faudrait le relire pour mieux le saisir, et l’idée a quelque chose d’attrayant. D’une certaine façon, le livre pourrait se lire comme un recueil de poésie, sans l’obligation de suivre un fil conducteur. On pourrait piger chaque fois un chapitre au hasard et ainsi le découvrir sous de nouveaux angles.

Gaucher.ère contrarié.e en extraits

« L’étiquette de la bouteille montre sa date de naissance. Son ethnie est rouge. Son nom de famille est connu dans tous les pays qui l’importent; son prénom est moins connu. Il est rare. C’est pour cela que ce vin a été acheté à une vente aux enchères.
Le vin est maintenant adulte – il a été adopté à l’âge adulte – alors, je peux m’approcher de lui. On ne peut plus le façonner. Mais plus il vieillit, plus j’hésite à le déranger. Enlever le bouchon provoquera un traumatisme que je ne désire pas lui infliger. Peut-être devrais-je attendre un moment propice, une cérémonie, une teuf?
Le verre n’est pas transparent. Mais j’observe le teint marron prune sanguin et j’ai envie de l’éclabousser sur mes toiles. »
(p. 31)

L’homme qui venait de nulle part

Je ne connaissais pas Gilles Dubois avant de me voir proposer cette lecture. Paru à l’automne 2018, L’homme qui venait de nulle part est un roman qui appartient au genre fantastique/fantasy. Construit selon une formule de mise en abyme, il raconte en première couche l’histoire de Hidalgo Garcia. Ce dernier hérite de son cousin Jerry une maison antique et un carnet contenant un récit intrigant. Celui-ci a été relaté par Jerry à la suite d’une rencontre dans un parc. Un homme prénommé Al s’y trouvait sur un banc, confus, une histoire abracadabrante de voyage dans le temps à raconter. Ce récit forme la deuxième et plus épaisse couche du roman.

L'homme qui venait de nulle part Gilles Dubois L'Interligne Science-fiction Voyage dans le temps Voyages dans le temps

Le désigné Al est mélangé au point de ne pas être certain de son vrai nom. Dans le récit qu’il raconte à la première personne à travers la plume de Jerry, il prend le nom de Gérald Crizenet. Après avoir passé dix ans à travailler à Québec pour un employeur aux pratiques moyenâgeuses, il démissionne et prend un train. Il en descend après une halte et, poussé par une sorte d’impulsion, s’enfonce dans le bois pour se retrouver dans un village de France… en plein Moyen Âge. Il loue une chambre à la seule auberge qu’on y trouve afin d’y prendre quelques vacances. Alors qu’il est habituellement la proie de visions dues à des voyages temporels hors de son contrôle et de différents problèmes de mémoire, il trouve, à Aubervilliers, une étrange stabilité. Au fil des jours, il tisse des liens avec ses intrigants habitants et fait d’étranges découvertes.

La prémisse est bonne et le contexte pique la curiosité. La façon dont est racontée l’histoire noie cependant le scénario. Il y a dans L’homme qui venait de nulle part beaucoup de paroles superflues. Le narrateur étourdit le lecteur sous un flot verbomoteur sans fin. Cette logorrhée, si elle permet de comprendre l’état anxieux et pensif du personnage, devient vite lourde. À mon avis, le tiers des mots sont en trop dans ce roman de 309 pages, et cela est dû à des descriptions qui parfois n’apportent rien ou à des commentaires pas toujours utiles. Par exemple:

Les maisonnettes étaient serrées les unes contre les autres afin, j’imagine, d’être plus faciles à défendre en cas d’attaques de brigands ou de maraudeurs. Cet agencement, bien que judicieux, recelait dans le même temps un désavantage indéniable. En cas d’incendie dans l’une d’elles, le feu se propagerait irrésistiblement aux autres logis. (p. 97, je souligne)

Ce passage n’apporte absolument rien à l’histoire. Le feu ne se propagera pas d’une maison à l’autre cent pages plus loin. Ces sept lignes (dans le roman) n’apportent aucune information pertinente. Ce genre de description serait approprié s’il servait, par-ci par-là, à camper le décor de l’histoire. Le problème est que L’homme qui venait de nulle part est constitué en grande partie de ces éléments superflus. Le lecteur peut se lasser de se voir ainsi tout dire. Il lui reste peu d’espace pour penser par lui-même.

Par ailleurs, un élément nuit à la crédibilité de ce long discours: le temps verbal. Si Jerry a choisi de noter dans son carnet le récit que lui a fait Al/Gérald le plus fidèlement possible, pourquoi est-il au passé simple? Ce temps appartient au registre du récit et non du discours. Personne ne s’exprime plus à l’oral en employant ce temps de verbe. Peut-être l’auteur a-t-il voulu nous faire sentir le Moyen Âge jusque dans le temps de verbe employé? Quoiqu’il en soit, l’effet n’est pas au rendez-vous. Si le texte était rédigé au passé composé ou même au présent, peut-être qu’il serait plus facile pour le lecteur de se laisser assaillir par le flot de pensées du narrateur. Cela semblerait à coup sûr plus naturel. Toutefois, si l’intention de l’auteur était de forcer une impression de déphasage, c’est réussi. On sent que ça cloche, et pas seulement la situation dans laquelle le protagoniste se trouve.

Enfin, cette lecture pourra peut-être plaire à d’autres plus qu’à moi. Elle foisonne d’étrangetés qui intrigueront les amateurs de mythologie religieuse. Vous l’avez lu? Prenez une minute pour m’écrire ce que vous en avez pensé dans les commentaires.

DUBOIS, Gilles. L’homme qui venait de nulle part, Ottawa, L’Interligne, 309 p.