Correspondances d’Eastman, jour 1 (6 aout)

Je me crinque facilement. Même toute seule. Même quand il faut que je loue un hôtel pour quatre jours et que je paie 200$ pour avoir accès à toutes les activités littéraires des Correspondances d’Eastman. C’est comme ça, des fois, je déborde de moi-même.

Ce jeudi, donc, je quitte tôt la maison direction les Cantons pour une fin de semaine de festival en solo (la plupart de mes amis parviennent à se contenir mieux que moi) sur le thème de l’enfance. Je débarque à l’hôtel, un peu passé Magog, en me disant t’es folle mais grouille-toi, t’es pas encore à Eastman, la première activité commence à 14 heures et t’as pas encore pris tes repères et faut que t’ailles chercher tes billets, ceux qui ont couté cher.

Camion Correspondances d'Eastman

Eastman. Endroit sympathique rempli de bénévoles enthousiastes (y’en a partout), de verdure et de cours d’eau. Je découvre qu’il y a suffisamment de stationnements pour que je n’aie pas à emprunter la navette, j’arrive, on m’offre un coussin commandité à interposer entre la chaise et mes fesses, m’installe.

À un certain moment, je me retourne pour constater avec ahurissement la chose suivante… tout le monde (genre à 95 pour cent), autour de moi, a la tête blanche. La moyenne d’âge des participants sous le chapiteau est d’au moins plus de 60 ans. Pas de doute, mes vingt-neuf ans pas encore tout à fait trente ne cadrent trop pas dans le décor. Si je me fais des amis, ils n’auront certainement pas Facebook…

Les Correspondances d’Eastman 2015 débutent.

Café littéraire: apprivoiser l’effroi de vivre

Je me dis wow, tout un sujet pour ouvrir un festival! Je ne suis pas seule, Tristan Malavoy, l’animateur, amorce la rencontre en disant à peu près la même chose. Quoi qu’il en soit, la discussion n’est pas lourde, les auteures invitées (Claire Legendre, Geneviève Pettersen et Caroline Allard) usant souvent d’humour pour parler de leurs effrois… petits effrois, car je ne crois pas qu’on soit à ce point entré dans le sujet. Mais ce n’est pas grave, la discussion a mené à d’autres choses intéressantes.

Je n’ai encore lu aucune de ces auteures, assez jeunes, qui font en partie dans l’autofiction. Caroline Allard est assez connue en tant que Mère indigne, et Geneviève Pettersen, en tant que Madame Chose, mais je ne connaissais pas du tout Claire Legendre, et c’est elle qui a le plus capté mon attention par ses propos. Voici quelques notes éparses.

Pour Claire Legendre, se raconter des histoires permet d’accepter sa mortalité, de prendre sa vie en mains. Elle a vaincu son hypocondrie (dont elle parle dans Le nénuphar et l’araignée) en ayant finalement une vraie raison d’avoir peur, médicalement, comme quoi les peurs ne sont toujours que des constructions que nous créons à partir d’inconnu.

Pour elle, la dérision, et surtout l’autodérision, est une forme de politesse qui nous permet d’éviter d’être lourd pour les autres, surtout lorsqu’on parle de choses pénibles.

Elle dit qu’il n’y a que dans les livres que les choses lui semblent en ordre, que la vie est toujours un chantier. Dans les films d’Hitchcock, par exemple, quand on aperçoit une arme à l’écran, on sait qu’elle va servir plus tard. Dans la vie, on n’a pas ça. Mais Claire Legendre cherche toujours à saisir ce genre d’indices dans son quotidien.

Elle a aussi parlé du mot tchèque litost, qu’elle a découvert par le biais de Milan Kundera et qu’elle aime bien employer, car il n’en existe pas de semblable en français. La litost, c’est le fait d’assister à sa propre misère, par exemple, disait-elle, comme quand tu rentres à la maison en repensant à une discussion et que tu te dis “ah j’aurais pas dû dire ça…”

Je note des trucs, mais la plupart des choses que j’en ai retirées ne sont pas encore exprimables par des mots. Ce sont des feelings et une envie d’écrire, des idées pas tout à fait germées.

Caroline Allard nous a bien fait rire lors de la période de questions après qu’une dame lui a demandé si toutes les idées qu’on trouve dans son livre Pour en finir avec le sexe venaient uniquement d’elle ou si elle avait recueilli les propos d’autres femmes. Tout vient de sa tête, avoue-t-elle avant de se lancer dans une mise en contexte: “En fait, un moment donné, je me suis retrouvée dans un 69 et…” L’anecdote est croustillante, pleine de vérité, mais est-elle en soi vraie? C’est que Mme Allard a avoué être une excellente menteuse et s’amuser à publier de faux statuts Facebook juste parce qu’ils punchent plus…

Parc du temps qui passe Estrie Correspondances d'Eastman
Au parc du temps qui passe avait lieu la cérémonie d’ouverture.

 

Je suis heureuse d’être aux Correspondances d’Eastman!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *