Il pleuvait des oiseaux

Je suis ressortie de Il pleuvait des oiseaux de Jocelyne Saucier quelque peu ébranlée. Le stress accumulé au cours d’une semaine particulièrement intense en émotions peut y avoir été pour quelque chose, mais pas complètement, pas suffisamment pour expliquer le malaise qui a continué de me prendre le ventre au sortir de cette merveilleuse histoire. Comme un envoutement.

Parce que la magie opère.

Il pleuvait des oiseaux Jocelyne Saucier

Il pleuvait des oiseaux, un titre sublime, à la hauteur de l’histoire qu’il couronne. Un titre qui rappelle du même coup la nature et ses éléments ainsi que les êtres qui l’habitent. Et c’est ici toute l’histoire. Dans une forêt du Nord de l’Ontario, trois vieillards attendent la mort. Chacun possède une cabane rudimentaire, un chien et une boite de sels de strychnine au cas où le besoin de précipiter la mort se présenterait. On ne sait jamais, les hivers sont rudes dans le nord, et on s’y trouve loin de tout. Bientôt, une photographe vient perturber leur univers. Elle désire rencontrer, photographier tous les survivants des Grands Feux qui se sont succédé dans le nord de l’Ontario au début du vingtième siècle. Ted est l’un d’eux. Mais cette femme ne sera pas la seule à venir déranger leur oasis de paix, car Marie-Desneige entrera aussi en scène…

Il pleuvait des oiseaux est un court roman (179 pages), tout en poésie, mais une poésie bien ancrée dans la réalité et qui raconte la mort, l’amour, la nature. Des éléments sont laissés en suspens, illustrant les mystères de la vie… ou de la mort. L’histoire demeure lumineuse et douce malgré le sujet qu’elle exploite, et on reste à la fin partagé entre un sentiment d’émerveillement et un malaise logé dans les tripes.

Il n’est pas surprenant que ce roman de Jocelyne Saucier (le premier que j’aie lu d’elle) ait remporté le Prix des lecteurs Radio-Canada 2012, il est absolument envoutant!

Il pleuvait des oiseaux  au cinéma

Il pleuvait des oiseaux sera adapté au cinéma par la maison de production Outsiders. À suivre…

Il pleuvait des oiseaux en extraits

 

“Il y a eu aussi l’histoire d’un renardeau qui s’était pris la patte dans un collet à lièvres et pleurait comme un bébé, d’un loup qui l’avait suivi et épié tout le long de sa ligne de trappe, d’un ours du printemps contre lequel il avait buté. J’ai mis du temps à m’endormir dans toutes ces vies qui m’ont été racontées. J’avais l’impression d’entendre le loup, le renard et la mère castor soupirer de nostalgie à l’évocation de cette vie qui avait été la leur et qui me servait de literie. Leur odeur animale était forte et prégnante. Je me tournais et retournais en quête d’une bouffée d’air qui ne fût imprégnée de leur odeur. Et puis, il y avait les ronflements de Charlie qui par moments atteignaient des décibels d’enfer et trompetaient en fanfare avec les vrombissements du tonnerre.” (p.22)

“Le feu a ses caprices qu’on ne s’explique pas. Il va sur les plus hauts sommets, arrache le bleu du ciel, se répand en rougeoiement, en gonflement, en sifflement, dieu tout-puissant, il s’élance sur tout ce qui est vivant, saute d’une rive à l’autre, s’enfonce dans les ravins gorgés d’eau, dévore les tourbières, mais laisse une vache brouter son herbe dans son rond de verdure. Que peut-on y comprendre? Le feu, quand il a atteint cette puissance, n’obéit qu’à lui-même.” (p. 68-69)

“La petite vieille était une survivante du Grand Feu de Matheson. Elle lui avait parlé d’un ciel noir comme la nuit et des oiseaux qui tombaient comme des mouches.
Il pleuvait des oiseaux, lui avait-elle dit. Quand le vent s’est levé et qu’il a couvert le ciel d’un dôme de fumée noire, l’air s’est raréfié, c’était irrespirable de chaleur et de fumée, autant pour nous que pour les oiseaux et ils tombaient en pluie à nos pieds.” (p. 81)

SAUCIER, Jocelyne. Il pleuvait des oiseaux, Éditions XYZ, Montréal, 2011, 179 p.

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