La course au mouton sauvage

Vous ai-je déjà dit que les noms d’animaux dans les titres m’attirent irrésistiblement? J’ai pu le vérifier encore dernièrement alors que j’arpentais des bouquineries montréalaises. Presque tous les titres qui m’interpelaient contenaient des mots comme: poisson, tortue, papillon, etc. Les plantes me font habituellement le même effet. Quoi qu’il en soit, il n’est pas surprenant que parmi tous les Murakami pour lesquels j’aurais pu opter, ce soit La course au mouton sauvage qui soit sorti gagnant.

La course au mouton sauvage Haruki Murakami

Paru en 1982, La course au mouton sauvage est le 3e roman de l’auteur (et le premier traduit en français). On y trouve déjà la touche de l’auteur, quoiqu’elle se soit affinée par la suite. C’est un bon roman, juste bien étrange, dans lequel le narrateur est amené à partir en quête d’un mouton extrêmement rare, pratiquement impossible à trouver, autour duquel semble planer une aura de surnaturel. Ce n’est pas que le narrateur ait de l’intérêt pour ce mouton – il apprécie amplement sa vie ennuyeuse –, mais parce qu’il y est contraint par une organisation puissante. Ce qu’il a fait pour se retrouver dans une telle situation? Publier dans un magazine qu’il édite une photo de moutons envoyée par un ami de longue date.

Si j’ai apprécié La course au mouton sauvage, je ne peux pas compter cette lecture parmi mes coups de cœur. Je ne sais pas si c’est moi qui n’avais pas suffisamment envie de ce genre d’histoire (il y a de ça) mais, malgré l’intérêt que j’y portais, j’avais hâte de terminer le livre pour passer à autre chose. Comment dire… l’histoire est bonne, mais elle manque de finesse par moments sans compter qu’il y a quelques longueurs. Puis, il y a certains trucs qui m’ont agacée et qui n’ont sans doute rien à voir avec l’auteur mais plutôt avec la traduction française, tels que: comment un francophone peut-il avoir l’idée de traduire “girl friend” (on peut présumer que c’est en japonais dans la version originale) par… “girl friend”! Ça me dépasse. Complètement.

Enfin, comme toujours, les livres de Murakami regorgent de réflexions en plus de repères culturels sur la littérature, l’histoire et la musique, ce qui leur donne plein d’intérêt. En plus, il sait créer des personnages et leur donner vie. Particulièrement ses personnages masculins; j’ai un bémol pour les féminins.

Quand je le noterai sur Babelio, je lui donnerai 3/5.

La course au mouton sauvage en extraits

“C’est difficile de bien parler des choses dont on a vraiment envie de parler, tu ne trouves pas?” (p. 15)

“J’allais prendre la parole quand le maître d’hôtel approcha de notre table d’un pas qui emplissait la salle de sa belle assurance. Avec un léger sourire, comme s’il m’avait montré la photo de son fils unique, il me présenta l’étiquette de la bouteille, puis, sur mon acquiescement, il en ôta le bouchon qui partit avec un petit bruit agréable et remplit nos verres, gorgée par gorgée. Le vin avait un goût de dépense alimentaire condensée.” (p. 41)

“Ses mains fines ne portaient pas la moindre ride, et ses dix longs doigts effilés faisaient penser à un troupeau d’animaux dont chaque individu, dressé durant de longues années et parfaitement maîtrisé, gardait encore vivante en son cœur la mémoire primitive des origines. Les ongles manucurés à la perfection, laissaient deviner le temps et les patients efforts qui leur avaient été consacrés et dessinaient au bout des doigts dix superbes ellipses. C’étaient de très belles mains en vérité, même si elles avaient je ne sais quoi d’inquiétant. Elles évoquaient une spécialisation de haut niveau dans un domaine très précis, sans qu’on eût pu dire lequel.” (p. 65-66)

“Un écrivain russe disait que, si le caractère pouvait s’altérer quelque peu, la médiocrité demeurait identique pour l’éternité. Ils sont quelquefois très avisés, ces Russes. C’est sans doute qu’ils ont tout l’hiver pour gamberger.” (p. 117)

MURAKAMI, Haruki. La course au mouton sauvage, Points Seuil, 1990, 373 p.

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