La Tapisserie de Fionavar

J’avais envie de me faire raconter une histoire, de me laisser porter par un récit et transporter dans un univers… J’ai donc opté pour La Tapisserie de Fionavar, trilogie de Guy Gavriel Kay. J’ai accroché dès le premier tome, ai poursuivi avec le deuxième et me suis un peu lassée arrivée au troisième. Cela ne m’a toutefois pas empêchée de traverser le dernier livre et d’y prendre plaisir. Simplement, j’étais prête à retourner dans mon propre univers…

La Tapisserie de Fionavar raconte l’histoire de cinq jeunes Torontois qu’un mage vient chercher pour les amener dans son univers, le tout premier des univers, Fionavar. Il requiert leur présence pour deux semaines, le temps des festivités entourant l’anniversaire du roi du Brennin. Les Torontois découvrent alors un univers où sont présents les dieux et la magie, et s’aperçoivent qu’ils sont sans doute prédestinés à y jouer un rôle plus grand qu’escompté.

La Tapisserie de Fionavar trilogie Guy Gavriel Kay

Guy Gavriel Kay, auteur canadien anglais, est traduit en plus de douze langues. Il a connu le succès dès la publication de ses premiers romans, les trois tomes de La Tapisserie de Fionavar (1984-1986). Dix ans plus tôt, il avait été engagé par le fils de Tolkien pour travailler à la publication de l’ouvrage postume de ce dernier, Le Silmarillion. Si j’en parle, c’est que plusieurs voient dans La Tapisserie de Fionavar des références au Seigneur des anneaux. Certes, on peut faire quelques liens: les lios alfars de Kay rappellent les elfes de Tolkien, le dieu Rakoth Maugrim tapis dans ses ténèbres peut faire penser à Sauron menaçant de dévaster le monde, etc. Des références, donc. Mais l’univers n’est pas le même, les trésors d’imagination qu’on y trouve sont différents, c’est une autre histoire, tout aussi complexe.

Parce que complexité il y a, et on devine le travail fait pour tisser ensemble les nombreux éléments qui constituent cette tapisserie. Plusieurs peuples, plusieurs dieux, avec chacun leur histoire, leur magie, leur rôle. Les morceaux s’emboitent naturellement au fil de l’histoire, et un grand souci du détail y est pour quelque chose. Malgré tout, à certains moments, j’aurai aimé en savoir plus, je suis restée avec quelques questions.

Mais ce qui rend l’histoire vraiment agréable à lire, c’est la beauté de l’écriture. Parce que c’est bien écrit. Je n’oublie pas que j’ai lu une traduction, mais je fais ici confiance à Élisabeth Vonarburg, elle-même auteure talentueuse, pour la fidélité de son travail. Enfin, lorsqu’on entreprend cette lecture, il faut d’abord apprendre à être patient, car Kay présente généralement les éléments avant l’explication. Cela peut être vrai à l’intérieur d’un même paragraphe, ou encore d’un chapitre à un autre. C’est comme une vague par laquelle il faut accepter de se laisser porter. Un chapitre peut se terminer sur une question à laquelle on ne répondra que plus tard. De plus, comme il y a plusieurs personnages et qu’il se passe différentes actions sur différents tableaux, on doit s’habituer au fait que le récit avance parfois plus lentement (sans pour autant perdre de temps) et qu’une même scène nous est parfois répétée selon le point de vue d’un autre personnage.

Souvent, quand on lit de la littérature populaire, la seule figure de style à laquelle on a droit, lorsqu’on en trouve, est la comparaison. Il y a dans La Tapisserie de Fionavar beaucoup plus que cela. Si je m’étais arrêtée à tout noter (parce que j’en note toujours quelques belles pour les élèves), je n’en serais sans doute pas bien loin encore dans ma lecture. L’écriture de Kay est très imagée, il fait dans le beau. Autrement dit, le style est très soigné et tend vers le romantisme.

Puis, Kay fait toujours de très belles descriptions qui permettent de bien imaginer les scènes, les personnages, les lieux, les batailles…

Finalement, j’ai apprécié ma lecture (l’histoire, le style…) sans pour autant parvenir à la qualifier d’extraordinaire. J’ai pensé construire ce billet sous la forme j’aime/j’aime pas, mais je n’arrive pas à nommer ce qui fait que je reste avec un bémol alors que je trouve sans problème et tout à fait spontanément plusieurs aspects positifs à l’ouvrage.

Je termine donc avec un seul extrait dans lequel est joliment décrit l’indescriptible.

La Tapisserie de Fionavar en extrait

“La créature n’avait aucune forme précise, aucune teinte. Elle ne cessait d’osciller sous ses yeux entre plusieurs formes indéfinies, pourvue de quatre bras, de trois, sans bras. Sa tête était celle d’un homme, puis se métamorphosait en une chose hideuse couverte de limaces et de vers, pour devenir ensuite un rocher entièrement lisse tandis que les vers retombaient dans l’herbe et le trou béant à ses pieds. C’était gris, puis tacheté de brun, puis noir. C’était énorme. À travers toutes les métamorphoses qui en brouillaient les contours, cela se tenait toujours sur deux jambes, et l’une d’elles était difforme. L’une des mains tenaient un marteau qui avait la couleur gris foncé de la glaise humide, et presque la même taille que Darien.” (p. 207)

KAY, Guy Gavriel. La Tapisserie de Fionavar 1: L’arbre de l’été, Alire, 2002, 423 p.

KAY, Guy Gavriel. La Tapisserie de Fionavar 2: Le feu vagabond, Alire, 2002, 357 p.

KAY, Guy Gavriel. La Tapisserie de Fionavar 3: La route obscure, Alire, 2002, 509 p.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *