Sur les traces de Champlain

Le 23 octobre 2015, après environ deux mois de documentation sur Samuel de Champlain, 24 auteurs de la francophonie sont montés à bord d’un train en partance d’Halifax et ont entamé un voyage d’écriture d’une durée de 24 heures. À leur arrivée à Toronto, le lendemain, chacun avait écrit la partie de l’histoire qui lui avait été attribuée afin de constituer cet ouvrage en 24 chapitres, Sur les traces de Champlain: un voyage extraordinaire en 24 tableaux, relatant les aventures du cartographe de la Nouvelle-France en les années 1600.

Le projet est né dans la tête d’Anne Forrest-Wilson. Celle-ci a réuni des auteurs de l’Acadie, de la France, de l’Ontario, des Premières Nations et du Québec pour participer à cette aventure à la fois historique et littéraire. Des plumes de différents horizons, pour assurer la diversité des points de vue humains. Des horizons multipliés en vingt-quatre voix qui offrent à leur tour autant de points de vue littéraires. Les auteurs ont participé à des discussions afin d’orchestrer les grandes lignes du projet, ils ont tous lu le livre Le rêve de Champlain, mais tous n’ont connu la réelle contrainte d’écriture qu’au moment de monter à bord du train (ou presque).

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Sur les traces de Champlain fait le récit de la Nouvelle-France et de ses habitants (Européens, Autochtones, Animaux et même personnages légendaires) en prenant pour prétexte ou du moins pour point d’origine l’explorateur Samuel de Champlain. Le livre s’ouvre sur Samuel enfant et se termine par delà sa mort. Il donne voix narrative à Champlain mais aussi à son épouse, à des hommes ayant pu l’entourer ou même à la mer qu’il a tant traversée. D’autres narrateurs nous font voyager dans les pensées d’un herboriste ou d’un cartographe – qu’on imagine avoir pu travailler directement ou indirectement pour Champlain – ou encore nous font découvrir les mœurs desdits « sauvages ». Vingt-quatre chapitres, 24 points de vue, différents horizons qui, à travers une galerie de personnages particulièrement variée, font faire au lecteur un tour de piste très large de ce qui a pu constituer l’époque au cours de laquelle Champlain a laissé sa trace.

Le livre se lit à la fois comme un roman et un recueil de nouvelles. Le mot « tableaux », qui apparait en sous-titre, est en ce sens tout à fait approprié. Il y a un fil conducteur à l’ouvrage, qui prend appui sur la vie de Champlain, mais chaque chapitre ouvre plutôt une fenêtre sur la vie des habitants de cette époque, pour nous la faire traverser, en parallèle avec celle de l’explorateur. Vingt-quatre voix narratives, mais encore plus de voix fictionnelles. Sur les traces de Champlain est un ouvrage pluriel, à de nombreux niveaux.

En ouvrant le livre, le lecteur doit s’attendre à vivre une expérience littéraire inégale, mais enrichissante. Les niveaux de difficulté varient d’un chapitre à l’autre. Certains se lisent avec l’aisance d’une intrigue bien maitrisée; d’autres, plus poétiques ou intellectuels, exigent du lecteur un effort accru pour accompagner l’auteur dans la direction qu’il a choisie. Sur les traces de Champlain, après avoir été laboratoire d’écriture à contrainte, devient laboratoire de lecture puisqu’il sollicite des habiletés diverses et propose des expériences variées. Découvrirez-vous le monde du point de vue de l’orignal ou de celui de l’homme? De l’homme blanc ou de l’Autochtone? De l’explorateur Champlain ou d’un de ses hommes de main? Par le biais d’une narration interne ou omnisciente? Par le truchement du monde moderne ou entièrement campé dans le dix-septième siècle?

Il y a certes des textes plus forts que d’autres. De mon côté, j’ai été particulièrement charmée par celui de Jean Sioui, auteur des Premières Nations. La sensibilité qu’il présente dans le développement d’une fine pensée sur la relation au monde différente qu’entretiennent les Wendats et les Blancs est soutenue par une plume solide. Ce point de vue apporte un équilibre à l’ouvrage, car certains textes présentent des personnages autochtones sans parvenir à nous les faire sentir comme vrais. J’ai aussi beaucoup aimé le texte de Marie-Josée Martin qui raconte les heures précédant la mariage d’une Autochtone à un Blanc. À travers le thème internations ressort un féminisme très doux, qui est à mon avis le réel sujet de ce texte.

Avis aux enseignants

J’ai la chance de créer des fiches pédagogiques pour cet ouvrage en partenariat avec les éditions Prise de parole et le Regroupement des éditeurs franco-canadiens. Il existe cependant déjà un site Web éducatif exclusivement inspiré par Sur les traces de Champlain. Ce très beau site, initié par les éditions Prise de parole, présente le livre un chapitre à la fois et offre, pour chacun, diverses activités à réaliser en classe. À découvrir absolument!

Sur les traces de Champlain en extraits

« On raconte que la croix qu’il portait à son cou était toujours inclinée du côté de son cœur, comme s’il donnait le nord. » (Ailleurs que dans les yeux, Daniel Grenier, p. 46)

« Ce beau témoignage rappelle que pour les Wendats, il n’existe qu’une seule façon de voir la vie sur Terre: il s’agit d’un cercle sacré de relations entre les êtres de toutes formes et de toutes espèces. » (Dernier voyage en Ontario, Jean Sioui, p. 230)

« À l’instar de Champlain, les « sociétés humaines qui ont oublié que la vie est un grand cercle sacré de relations croient que la vie fonctionne selon un mode linéaire. Suivant cette pensée linéaire, la vie est corollaire d’un progrès, et tout progrès va dans une direction précise. Il n’y a ici plus rien de sacré: tout doit engendrer le « progrès ». […] Cette attitude linéaire face à la vie ne peut que détruire la vie. Les sociétés à pensée linéaire sont celles qui détruisent l’existence et la pensée circulaires autour et à l’intérieur d’elles. […] » – Adapté de Georges E. Sioui, Les Wendats – Une civilisation méconnue. » (Dernier voyage en Ontario, Jean Sioui, p. 236-237)

Sur les traces de Champlain,  collectif d’auteurs (Michèle AUDIN, Herménégilde CHIASSON, Gracia COUTURIER, Yara EL-GHADBAN, Jean M. FAHMY, Frédéric FORTE, Paul FOURNEL, Vittorio FRIGERIO, Daniel GRENIER, Hélène KOSCIELNIAK, Jean-Claude LAROCQUE, Bertrand LAVERDURE, Hervé, LE TELLIER, Daniel MARCHILDON, Marie-Josée MARTIN, Mireille MESSIER, Ian MONK, Virginia PÉSÉMAPÉO BORDELEAU, Rodney SAINT-ÉLOI, Olivier SALON, Denis SAUVÉ, Jean SIOUI, Daniel SOHA et Danièle VALLÉE), dir. par Anne FORREST-WILSON, Prise de Parole, Sudbury, 2015, 297 p.

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