Oubliez

On a récemment soumis à mon attention un recueil de poésie paru chez Prise de parole en 2017, Oubliez, de Sylvie Bérard. Ce court livre de 78 pages a remporté le Prix de poésie Trillium en 2018. Comme son titre le laisse présager, il aborde le thème de l’oubli. Les deux angles sous lesquels le thème est traité rendent le recueil plutôt intéressant. On y rencontre d’abord l’oubli volontaire, celui que l’on tente à la fin d’une relation amoureuse. Puis survient en deuxième partie l’oubli involontaire dû à la maladie.

Oubliez Sylvie Bérard Éditions Prise de parole Prix Trillium Poésie

Je ne suis pas une grande lectrice de poésie. J’en lis de temps à autre, le plus souvent parce que des éditeurs m’en proposent, et j’ai eu jusqu’ici plusieurs bonnes surprises. Oubliez de Sylvie Bérard en fait partie. Comme le titre l’annonce, le thème central du recueil est l’oubli. Il y est question de deux types d’oubli, autour desquels s’articule chacune des parties. La première concerne l’oubli volontaire, celui que l’on tâche d’obtenir à la suite d’une rupture amoureuse afin de calmer la douleur. Les poèmes sur ce thème sont majoritairement en vers, ce qui à mon avis renforce l’aspect énigmatique de ce type d’oubli. Je dis cela parce que les poèmes en vers, avec leurs images et leurs accolades de mots, demandent le plus souvent à être déchiffrés et il est possible que le sens de certaines strophes, à l’occasion, échappe au lecteur et donne l’impression d’un oubli ou du moins d’un creux dans la mémoire.

La deuxième partie présente des poèmes en prose qui s’apparentent de très près à de courtes nouvelles, ou plutôt à des tableaux, pour être plus exacte. La prose est légère et les images subtiles, alors que l’autrice relate de quelle façon se manifeste l’oubli involontaire né de la maladie d’Alzheimer. Malgré la cruelle réalité du sujet, surtout qu’il y est question de la mère de l’autrice, l’écriture est si douce qu’elle nous fait plutôt sourire, de tristesse parfois, mais sourire tout de même. Cette partie est à mon avis la plus réussie, mais il est fort probable que mon attachement à la prose oriente mon jugement.

Oubliez est donc un court recueil dont la lecture est fort agréable. La présence de poèmes en vers ainsi que de poèmes en prose offre une belle diversité au lecteur de poésie amateur tout comme au lecteur expérimenté. Le livre a été sélectionné pour la création de fiches pédagogiques pour les écoles, un choix heureux puisqu’il me semble constituer une belle porte d’entrée pour initier les jeunes au genre poétique.

Oubliez en extraits

« Les mots sont des poupées
Que vous travestissez de laine

Vous les plongez dans le soufre
Pour les accuser de brûler

Vous dites qu’ils sont des armes
Pointées sur vous
Vous leur demandez de rester dans les tiroirs
À clé

[…] » (p. 52)

« Dans le petit ou grand écart entre le temps racontant et le temps raconté se situe tout le jeu et tout l’enjeu des récits – ceux du réel ou ceux de la fiction. La poésie, elle qui ne nécessite pas la narration, permet de condenser les temps en une seule énonciation qui les contient tous. » (p. 76)

BÉRARD, Sylvie. Oubliez, Prise de parole, Sudbury, 2017, 78 p.