Le Garçon du dernier rang

Je lis peu ces derniers temps. Je m’étais bien lancée dans une relecture du Seigneur des anneaux, mais je me suis interrompue passé les 600 pages pour me plonger dans les lectures théoriques exigées par la maitrise. Et puis mon esprit est ailleurs… Mais! (Oui, point d’exclamation, tant pis pour la rupture syntaxique, j’ai la phrase qui se révolte [et je suis sans doute la seule personne en ce monde à me trouver drôle en ce moment].) Je dois rédiger une analyse filmique dans le cadre d’un séminaire portant sur le personnage de cinéma et j’ai découvert (ce n’était pas planifié) que le film que j’ai choisi, l’excellent Dans la maison de François Ozon (2012), est en fait une adaptation de la pièce de théâtre Le Garçon du dernier rang de Juan Mayorga, auteur espagnol prolifique dont je n’avais jamais entendu parler avant.

Le garçon du dernier rang Juan Mayorga Théâtre Dans la maison Ozon

 J’ai donc lu Le garçon du dernier rang (ai-je besoin de le mentionner?) et j’en ai conclu deux ou trois choses:

  1. Le théâtre, c’est bien sûr plus agréable à regarder qu’à lire.
  2. Cette pièce doit être géniale au théâtre.
  3. Le film a su en faire une excellente adaptation.

Passons au cinéma, ce sera du pareil au même.

 Le garçon du dernier rang au cinéma

Ou presque, car Ozon a changé la fin (que je ne vous raconterai pas). Malgré tout, m’étant déjà étendue en plus de quinze pages sur le sujet à l’extérieur de ce blogue, je serai ici assez brève. Le film (comme la pièce Le garçon du dernier rang) met en scène le personnage de Germain, enseignant blasé, déçu par le manque de passion et d’intérêt de ses élèves pour la littérature. Il verra sa vie transformée par un garçon de seize ans, Claude, dont les rédactions, particulières autant dans leur ton que dans leur sujet voyeur, éveilleront chez lui un intérêt irraisonné. C’est que Claude raconte avoir trouvé le moyen de se faire inviter dans la maison de Rapha, un autre élève de la classe, et fait des membres de sa famille les personnages de ses histoires…

 Dans la maison est un film magnifique portant sur la création et les limites entre réalité et fiction. À voir, donc.

MAYORGA, Juan. Le garçon du dernier rang, Besançon, Les Solitaires intempestifs, 2009, 94 p.

Le jour des corneilles

Je me rappelais avoir lu une critique de ce livre/film dans Le Devoir il y a un moment déjà. J’avais retenu le titre, Le jour des corneilles de Jean-François Beauchemin, considérant que c’était une œuvre à découvrir. Et c’est pendant le temps des fêtes que j’ai procédé à cette découverte.

Le jour des corneilles Jean-François Beauchemin

Le jour des corneilles raconte l’histoire du père et du fils Courge. C’est ce dernier qui occupe la place de narrateur, faisant le récit de sa vie de sa naissance jusqu’à ce jour où il s’adresse à un tribunal. Depuis sa venue au monde, il n’a eu pour seul compagnon que son père, un homme dur avec lequel il vit dans la forêt, loin de leurs semblables. Sa mère est morte en lui donnant naissance et son père ne s’en est jamais remis. Peu équilibré, victime de voix à intervalles réguliers, il torture son fils de différentes façons. Ce dernier ne souhaiterait pourtant savoir qu’une chose: son père, à sa manière plutôt brutale, éprouve-t-il de l’amour pour lui? Une quête de réponse qui mènera le narrateur très loin.

Écrit sous forme de conte, dans une langue toute particulière illustrant le jargon de deux hommes sans éducation vivant reclus loin du monde, Le jour des corneilles est un récit à la fois touchant et cruel.

Le jour des corneilles n’a pas été sans me rappeler La petite fille qui aimait trop les allumettes: conte sombre, touchant et violent écrit dans une langue là aussi en partie inventée par son narrateur. Cependant, contrairement au livre de Gaétan Soucy qui est ancré dans une réalité brutale, Le jour des corneilles se rapproche encore plus du conte en raison, par exemple, de la seconde dimension qu’apporte le don qu’a le narrateur de voir les trépassés. Puis on y retrouve une morale, ou du moins un message. C’est peut-être le seul élément qui m’a agacée, le sentiment qu’on voulait m’instruire de quelque chose, ou encore que le livre cherchait à faire beau (par le message).

Quoi qu’il en soit, je ne crois pas que Le jour des corneilles puisse laisser indifférent. Que son style singulier nous plaise ou non, qu’on le trouve brutal ou touchant, ce conte me semble avoir au moins le pouvoir de toucher l’imaginaire.

Le jour des corneilles en extraits

“Père était fort charnu. Par tous horizons, on n’avait jamais vu bourgeois aussi muscleux. Mais ce qui me laissait le plus étonné était surtout la puissance et le nerf séjournant en ses chairs. Pour exemple, je dépeindrai premièrement un ouvrage des plus curieux que père accomplit une fois. Par jour de grandes gelures, je le vis se fabriquer mitaines de cette manière: fourrant le bras en une tanière, il grippa coup sur coup une paire de marmottes ventrues et enroupillées. Les assommant par suite du marteau de son poing, il entreprit bientôt de les fendre, puis de les évider. Une fois ce videment accompli à l’aide de ses seuls doigts, père se para les mains des dépouilles, et poursuivit son cours, les paumes bien au chaud maintenant.” (p. 15)

Le jour des corneilles au cinéma

Jean-Christophe Dessaints en a fait en 2012 un film d’animation, que je n’ai pas vu, sinon la bande annonce. Je me demande vraiment à quoi peut bien ressembler le résultat final compte tenu de la lourdeur du propos, malgré l’étincelle d’espoir qui, dans le livre, veille toujours. Selon ce que j’ai pu voir, l’adaptation semble en avoir été plutôt libre (le personnage de Manon semble par exemple occuper plus de place et le père est appelé un ogre). Je serais curieuse de la découvrir.

BEAUCHEMIN, Jean-François. Le jour des corneilles, Québec Amérique, Montréal, 2013, 199 p.

Un chant de Noël

Il y avait un petit moment que je voulais lire Un chant de Noël de Charles Dickens. L’idée m’en est venue la première fois quand j’ai songé que le livre a été adapté au cinéma, et que le film pourrait être intéressant pour le cinéclub. Puis, le temps des fêtes approchant, je trouvais que ce serait une belle façon de me mettre dans l’ambiance. Je suis sortie de la maison dans l’intention de me procurer le livre (que j’ai finalement dû commander) et suis tombée sur deux de ses films éponymes, en solde considérant la joyeuse saison: l’adaptation de 1984 et celle de 1938. J’ai opté pour la plus récente (parce que je me suis rappelé que les élèves ne souffrent pas du même excès d’enthousiasme que moi). Voilà pour l’introduction; j’ai finalement lu Un chant de Noël et visionné le film.

Un chant de Noël Charles Dickens

Ebenezer Scrooge est un vieil homme d’affaires antipathique. Depuis le décès de son associé, Jacob Marley, sept ans plus tôt, Scrooge mène sa vie en solitaire. Il économise sur tout, y compris sur la joie de vivre. Son employé n’a pas assez de charbon pour se chauffer, mais Scrooge considère qu’il n’a qu’à s’habiller mieux. Quand un homme passe à sa boutique pour lui demander de faire un don pour les démunis, Scrooge répond qu’il y a des prisons pour ces gens (à l’époque, les gens trouvés coupables de dettes étaient emmenés, avec leur famille, dans les prisons de l’État). La veille de Noël, son neveu l’invite à manger chez lui, mais il lui réplique catégoriquement que les festivités ne sont que des sornettes. En rentrant chez lui ce soir-là, il reçoit l’étrange visite du fantôme de Marley, feu son associé. Ce dernier se présente avec toutes les chaines qui le retiennent à la terre, et lui annonce la venue prochaine de trois autres esprits…

Un chant de Noël (A Christmas Carol) est un texte court (114 pages dans mon édition), léger et, vous l’aurez deviné, très moralisateur. On y rappelle l’importance de la famille et, surtout, l’importance de faire le bien autour de soi. On y dépeint, par de longues accumulations, la beauté de la fête de Noël: la joie, les victuailles, les cadeaux, les jeux, les gens… Ce qui à mes yeux fait la beauté du livre, c’est la petite touche d’humour de Dickens:

“Le vieux Marley était aussi mort qu’un clou de porte.
Attention! Je ne veux pas insinuer par là que je sache, d’après ma propre expérience, ce qu’il y a de particulièrement mort dans un clou de porte. J’aurais été tenté, quant à moi, de considérer un clou de cercueil comme le morceau de ferraille le plus mort qui soit sur le marché. Mais la sagesse de nos ancêtres réside en cette image et mes mains profanes n’iront pas l’y troubler, ou c’en est fait de ce pays. Permettez-moi donc de répéter, avec emphase, que Marley était aussi mort qu’un clou de porte.” (p. 7)

“Elle leur raconta aussi que peu de jours auparavant, elle avait vu un lord et une comtesse, et que le lord « était à peu près de la taille de Peter »; sur quoi Peter tira sur sa chemise et se haussa tellement le col que, si vous aviez été là, vous auriez perdu sa tête de vue.” (p. 72)

Cette édition d’Un chant de Noël comprend un dossier s’étendant de la page 115 à la page 178. On y trouve une lecture de l’œuvre illustrant la couverture, soit La nuit de Noël de Gustave Doré, peintre français du XIXe siècle.

La nuit de Noël Gustave Doré
La nuit de Noël, de Gustave Doré

 

J’ai bien aimé cette courte analyse du dessin, que son auteur, Pierre-Olivier Douphis, replace dans le contexte de l’époque tout en présentant l’origine des figures associées à Noël: Jésus-Christ, saint Nicolas, le père Noël… J’en ai retenu le passage suivant:

“D’ailleurs, en restant au niveau symbolique, les cheminées sont des passages entre le monde terrestre, le monde des êtres humains, et le monde céleste, le monde des êtres divins. Depuis la nuit des temps, les hommes croient que la fumée qui s’échappe des foyers et monte vers le ciel permet de partager avec les divinités les bonnes odeurs des aliments qui y cuisent. Ils ont aussi remarqué que le vent qui s’engouffrait dans le conduit venait raviver le feu dans l’âtre. Ils ont donc imaginé que de très bonnes choses pouvaient aussi arriver en sens inverse, du Ciel vers la Terre. C’est ainsi que, dans certaines régions, des légendes racontaient que les cigognes déposaient les bébés dans la maison par le conduit de la cheminée. Et, à Noël, les cadeaux offerts aux enfants arrivaient aussi par cette voie, que ce soit grâce à un ange, Jésus-Christ, saint Nicolas ou le père Noël.
Notons d’ailleurs que l’idée de la cheminée comme passage entre la Terre des êtres humains et le Ciel des êtres divins est d’une certaine manière révélée dans le dessin de Gustave Doré. Si l’artiste dispose les immeubles de manière chaotique, c’est pour exprimer le désordre de la vie urbaine moderne, en opposition à la pureté du Ciel d’où est originaire l’ange bienfaiteur des enfants. Ce contraste est renforcé par l’éclairage, que nous avons reconnu comme étant celui de la pleine lune. Il laisse le bas des immeubles dans l’ombre alors que la partie supérieure est de plus en plus éclairée. Ainsi, plus le spectateur lève les yeux, plus il va vers la lumière. Et, dans son cheminement, ce regard passe le long de la haute et massive cheminée placée entre les deux mondes.” (p. 124-125)

Un chant de Noël au cinéma

J’ai visionné l’adaptation de 1984, un téléfilm réalisé par Clive Donner et qui reprend fidèlement le conte de Dickens. Pour pourrez le visionnez en entier et en version originale ci-dessous, car on le retrouve intégralement sur le Web. Par contre, si je décide de présenter cette œuvre aux élèves, je choisirai sans doute une version plus récente (il existe de nombreuses adaptations de ce conte). Il me faudra toutefois effectuer quelques visionnements avant de faire un choix.

Un chant de Noël en extraits

“Cette allusion aux funérailles de Marley me ramène à mon point de départ. Il n’est pas douteux que Marley était mort. Il faut bien le comprendre, sinon l’histoire que je vais conter ne contiendrait pas le moindre mystère. Si nous n’étions pas absolument convaincus que le père de Hamlet est mort avant le commencement de la pièce, il n’y aurait rien de plus remarquable à le voir faire un petit tour le soir, en plein vent d’est, sur le remparts de son propre château, qu’il n’y en aurait à voir tout autre monsieur d’âge mûr se promener la nuit, au milieu des courants de… mettons, du cimetière de St-Paul, à seule fin d’impressionner l’esprit débile de son fils.” (p. 8)

“Par une juste, noble et légitime répartition des choses de ce monde, si la maladie et la tristesse sont contagieuses, il n’est rien qui se communique aussi irrésistiblement que le rire et la bonne humeur.” (p. 77)

DICKENS, Charles. Un chant de Noël, Folio Plus Classiques, Gallimard, Paris, 2011, 178 p.

Tintin: Le secret de la Licorne & Tintin: Le trésor de Rackham le Rouge

Je ne suis définitivement pas une fan de Tintin. Depuis qu’on m’a rabattu les oreilles avec ce personnage de bande dessinée à chaque heure d’un cours de 45 heures, j’ai conservé un petit mal de cœur tintinesque. Si j’ai lu ces albums (Le secret de la Licorne et Le trésor de Rackham le Rouge) du très connu Tintin, c’est que j’ai fait le choix de présenter aux élèves le film qu’en a tiré Spielberg en 2011. Notons que le film est aussi adapté de l’album Le crabe aux pinces d’or, que je n’ai pas lu.

Tintin Le secret de la licorne Hergé

Tintin achète la maquette d’un bateau afin de l’offrir à son ami, le capitaine Haddock. Dès lors, il ne cesse d’être harcelé par des collectionneurs qui souhaitent le lui racheter à tout prix. Tintin refuse. Bientôt, il découvre que ce modèle réduit est identique en tout point à la Licorne, le navire gouverné par l’ancêtre du capitaine. Bien sûr, il y aura une histoire de trésor derrière tout ça… Ça m’a un peu réconciliée avec Tintin. Bien que je ne m’empresserai pas de lire les autres albums, je reconnais que les personnages de Le secret de la Licorne et Le trésor de Rackham le Rouge sont divertissants et originaux. Puis, j’ai eu du plaisir à présenter la bande dessinée et son auteur aux élèves.

Tintin: Le secret de la Licorne au cinéma

Le film Les aventures de Tintin: Le secret de la Licorne est une création faite à partir des trois albums que j’ai mentionnés en introduction, mais ayant pour fil conducteur la trame narrative de Le secret de la Licorne. C’est la première des trois adaptations des albums de Tintin prévues par Spielberg. Le film est très bien fait et les personnages bien représentés dans cette “reconstitution des évènements”. De plus, un clin d’œil à Hergé est fait au début, alors que Tintin s’arrête dans une foire et se fait caricaturer par un homme ressemblant drôlement au dessinateur… Le film n’est pas trop long (1 h 47) et empreint d’humour. Une bonne adaptation.

HERGÉ. Tintin: Le secret de la Licorne, Casterman, Paris, 64 p.

HERGÉ. Tintin: Le trésor de Rackham le Rouge, Casterman, Paris, 64 p.

Il faut prendre le taureau par les contes!

J’ai relancé le cinéclub littéraire à mon école pour une deuxième année. Parmi les œuvres au programme, Il faut prendre le taureau par les contes! de Fred Pellerin. Je connaissais le film qui en a été inspiré, Babine, mais je n’avais jamais lu le livre. C’est avec plaisir que je me suis attelée à la tâche.

Il faut prendre le taureau par les contes Fred Pellerin

Le conte, comme tout ce que raconte Fred Pellerin, se situe dans l’aujourd’hui mythique village de Saint-Élie-de-Caxton, petit coin tranquille de la Mauricie. Il met en scène Babine, fou du village et bouc émissaire, homme à tout faire qui se prend la claque et les peines de mort à répétition. Parce qu’on pourrait s’ennuyer facilement, à Saint-Élie, si on n’organisait pas une exécution chaque deux semaines. Et qui de mieux placé que Babine pour se faire volontariser à la tâche? Heureusement pour nous, rien ne vient à bout de ce fou naïf et attachant.

L’univers de Fred Pellerin est complètement déjanté, ses personnages originaux. On sourit ou on rit carrément. Lecture légère donc, mais riche de ses jeux sur la langue et de ses trésors d’imagination.

Le livre est accompagné d’un enregistrement audio du spectacle éponyme. Je l’ai écouté dans l’auto, dans un aller-retour vers l’université. J’ai conduit le sourire aux lèvres, m’amusant du ton et des blagues et constatant que la lecture du livre ne nuit en rien au plaisir de l’écoute: Fred Pellerin raconte les choses comme elles lui viennent, semble-t-il, usant de variantes dans un contexte ou dans l’autre. Pour les curieux, voici une vidéo de son spectacle.

Il faut prendre le taureau par les contes! au cinéma

J’avais déjà vu le film Babine et me souvenais m’être sentie émerveillée, transportée dans cet univers bien particulier. Vague souvenir de moi assise sur le plancher du salon, je ne sais pourquoi. Je l’ai donc redécouvert hier avec les élèves, et j’ai pu constater que la magie opère toujours. J’ai adoré, encore une fois, de même pour les trente-trois élèves présents, qui ne pouvaient retenir leurs rires, commentaires enjoués ou offusqués… Bref, le film fait vivre des émotions. Personne n’y est resté indifférent. Babine, narré par Fred Pellerin, reprend plusieurs tableaux de Il faut prendre le taureau par les contes! mais souvent dans le désordre et en y intégrant de nombreux autres éléments de façon à créer une trame narrative plus intéressante pour le cinéma. Une œuvre à découvrir.

Il faut prendre le taureau par les contes! en extraits

“Par chance que chez nous, ils eurent l’idée de la peine de mort. C’était capital. Ça nous prenait un divertissement pour passer à travers la lacune. Très tôt, dans notre histoire, se mit en place une cohorte à but non lucratif ayant pour mission de condamner souvent. Et pour éviter les dénombrements, il fut décidé d’un turc, à savoir qu’on exécuterait toujours la même tête-de-turc. Plutôt que de s’évertuer à chercher des persécutés en permanence et d’en venir à ce que tout le monde y passe, on préférait renouveler les modes d’extinction. Du coup, ça ajoutait un peu à la variété.” (p. 47-48)

“Ça lui effleura l’esprit. Il n’y avait pas pensé avant, mais ça lui revenait. Quand on lui avait expliqué sa mission avant de le laisser filer en l’air, on lui avait commandé de visser de toutes ses forces. Il en avait déduit que le coq risquait de s’envoler. Il serra donc la pine plus fort dans sa main. S’enlignant sur le trou, il fit pivoter la girouette sur son point d’équilibre. Un demi-tour seulement. Puis il hésita, mais ne tourna plus. Dans sa tête à lui, il se rassurait ainsi en pensant que si cet oiseau de fer s’envolait, il n’emporterait pas l’église avec lui. On avait mis tant de temps à crever pour ériger le temple. S’il fallait qu’un simple battement d’ailes du coq, parce que trop vissé, emporte tout l’ouvrage d’un coup. Non! Valait mieux prévoir. On a vu trop de cathédrales partir en catimini, trop de monuments disparaître sur la pointe des pieds. Notre église resterait. Le demi-tour était joué.” (p. 62)

“Le trac est la première trace de la proximité d’un rêve.” (p. 108)

PELLERIN, Fred. Il faut prendre le taureau par les contes!, Planète rebelle, Montréal, 2003, 136 p.

Le comte de Monte-Cristo

Le comte de Monte-Cristo compte près de 2000 pages… Je me demande comment on doit se sentir au moment où on met le point final à une histoire d’une telle longueur. Le sentiment d’accomplissement doit être assez puissant…

Ceci dit, Alexandre Dumas père est connu pour avoir été extrêmement prolifique (plus de 150 titres), exploit qu’il a pu réaliser uniquement grâce à l’emploi de nègres littéraires, dont Auguste Maquet. Qui précisément a mis le point final à ces 2000 pages? Mystère… mais qu’importe!

Le comte de Monte-Cristo ALexandre Dumas père

Edmond Dantès a 19 ans quand il revient à Marseille après des mois passés en mer sur le Pharaon, le navire marchand de son employeur. Ce dernier, Morel, est un homme juste et bon et compte le nommer bientôt capitaine. L’avenir d’Edmond semble donc assuré quand il rentre chez son père et retrouve Mercédès, sa fiancée. Ce qu’il ignore, c’est qu’il a deux dangereux compétiteurs: Danglars souhaite le poste de capitaine et ne tolèrera pas qu’un jeunot le lui prenne; Fernand, amoureux de Mercédès, même éconduit, refuse de renoncer à son amour. Ainsi, une lourde accusation de bonapartisme tombera sur le jeune homme juste avant son mariage et il se retrouvera emprisonné au château d’If, forteresse gardée par la mer, pendant quatorze longues années. Quand finalement il s’échappe, c’est pour accomplir sa vengeance et veiller secrètement sur ceux qu’il juge innocents.

Je connaissais en partie l’histoire du Comte de Monte-Cristo pour en avoir entendu parler ou pour l’avoir entrevue dans des films. Ceci dit, les images que j’en conservais n’étaient que vagues et je m’attendais à un récit de cape et d’épée (il me faudrait revoir les films…). Or, le seul duel mis en scène dans le livre doit être livré avec des pistolets et n’a finalement jamais lieu. La vengeance de Dantès, alias Monte-Cristo, est beaucoup plus sournoise et s’étend sur plusieurs niveaux. C’est, au final, un roman psychologique plus que d’aventures. Comme quoi, même un classique largement médiatisé peut nous surprendre!

Le comte de Monte-Cristo est un roman bon enfant. Ses 2000 pages se lisent aisément. Le style en est souple et empreint d’humour. L’auteur dépeint la société aristocratique de l’époque d’un ton plein d’ironie. Il en apprécie les travers (ou du moins leur intérêt littéraire) et ne se gêne pas pour les exposer.

“Ce rapprochement philosophique, pensa-t-il, fera grand effet à mon retour dans le salon de M. de Saint-Méran; et il arrangea d’avance dans son esprit, et pendant que Dantès attendait de nouvelles questions, les mots antithétiques à l’aide desquels les orateurs construisent ces phrases ambitieuses d’applaudissements qui parfois font croire à une véritable éloquence.” (Tome 1, p. 90-91)

“En effet, si les deux femmes y eussent été seules, on eût, certes, trouvé cela fort mauvais; tandis que Mlle Danglars allant à l’Opéra avec sa mère et l’amant de sa mère il n’y avait rien à dire: il faut bien prendre le monde comme il est fait.” (Tome 1, p. 920)

“Hélas! il n’en avait rien été: les charmantes comtesses génoises, florentines et napolitaines s’en étaient tenues, non pas à leurs maris, mais à leurs amants, et Albert avait acquis cette cruelle conviction, que les Italiennes ont du moins sur les Françaises l’avantage d’être fidèles à leur infidélité.” (Tome 1, p. 564)

Pendant toute la première partie du Comte de Monte-Cristo, du début de l’histoire jusqu’au moment où, évadé, Dantès découvre son trésor, la narration, bien qu’omnisciente, reste centrée sur lui la majeure partie du temps. Le monde tourne autour de lui. La deuxième partie de l’histoire se distingue par un changement d’angle. Dantès change de nom, mais ce fait n’est pas mentionné au lecteur. Dantès renommé est plutôt présenté comme un nouveau personnage, comme si la narration prenait ses distances vis-à-vis de lui. Surtout, ce changement d’angle marque une modification dans la personnalité du personnage qui, ayant toujours été un jeune homme au cœur simple, devient alors un homme désillusionné prêt à punir ceux qui lui ont causé du tort. Il a fermé son coeur. Comme Dieu, il veut froidement assouvir sa vengeance.

Enfin, il y a dans Le comte de Monte-Cristo quelques facilités qui ne passeraient pas si bien aujourd’hui: certains éléments, passés sous ellipses, mériteraient d’être expliqués davantage; d’autres sont basés sur les connaissances de l’époque et peuvent sembler un peu naïfs de nos jours. Mais le roman a été achevé en 1844, il doit être lu avec les yeux de son temps…

En bref, Le comte de Monte-Cristo est un roman parfaitement divertissant au style fluide et agréable. Sa longueur n’est pas signe de lourdeur. S’il était publié aujourd’hui, ce livre appartiendrait sans doute à la catégorie de la littérature dite populaire: amusante et efficace.

Le comte de Monte-Cristo en extraits

   “Danglars, seul, n’était ni tourmenté ni inquiet; Danglars était même joyeux, car il s’était vengé d’un ennemi et avait assuré, à bord du Pharaon, sa place qu’il craignait de perdre; Danglars était un de ces hommes de calcul qui naissent avec une plume derrière l’oreille et un encrier à la place du coeur; tout était pour lui dans ce monde soustraction ou multiplication, et un chiffre lui paraissait bien plus précieux qu’un homme, quand ce chiffre pouvait augmenter le total que cet homme pouvait diminuer.
Danglars s’était donc couché à son heure ordinaire et dormait tranquillement.” (Tome 1, p. 127)

   “Il avait alors trente-trois ans, comme nous l’avons dit, et ces quatorze années de prison avaient pour ainsi dire apporté un grand changement moral dans sa figure.
Dantès était entré au château d’If avec ce visage rond, riant et épanoui du jeune homme heureux, à qui les premiers pas dans la vie ont été faciles, et qui compte sur l’avenir comme sur une déduction naturelle du passé: tout cela était bien changé.
Sa figure ovale s’était allongée, sa bouche rieuse avait pris ces lignes fermes et arrêtées qui indiquent la résolution; ses sourcils s’étaient arqués sous une ride unique, pensive; ses yeux s’étaient empreints d’une profonde tristesse, du fond de laquelle jaillissaient de temps en temps de sombres éclairs, de la misanthropie et de la haine; son teint, éloigné si longtemps de la lumière du jour et des rayons du soleil, avait pris cette couleur mate qui fait, quand leur visage est encadré dans des cheveux noirs, la beauté aristocratique des hommes du Nord; cette science profonde qu’il avait acquise avait, en outre, reflété sur tout son visage une auréole d’intelligente sécurité; en outre, il avait, quoique naturellement d’une taille assez haute, acquis cette vigueur trapue d’un corps toujours concentrant ses forces en lui.
À l’élégance des formes nerveuses et grêles avait succédé la solidité des formes arrondies et musculeuses. Quant à sa voix, les prières, les sanglots et les imprécations l’avaient changée, tantôt en un timbre d’une douceur étrange, tantôt en une accentuation rude et presque rauque.
En outre, sans cesse dans un demi-jour, et dans l’obscurité, ses yeux avaient acquis cette singulière faculté de distinguer les objets pendant la nuit, comme font ceux de l’hyène et du loup.
Edmond sourit en se voyant: il était impossible que son meilleur ami, si toutefois il lui restait un ami, le reconnût; il ne se reconnaissait même pas lui-même.” (Tome 1, p. 323-324)

“Un capitaliste chagrin est comme les comètes, il présage toujours quelque grand malheur au monde.” (Tome 2, p. 150)

Le comte de Monte-Cristo au cinéma

Plusieurs adaptations ont été tirée du Comte de Monte-Cristo. Celle que j’ai présentée aux élèves (vif succès) a été réalisée par Kevin Reynolds en 2002. Elle met en scène Jim Caviezel. En voici la bande-annonce.

DUMAS (père), Alexandre. Le comte de Monte-Cristo, Archi poche, coll.: « La bibliothèque du collectionneur », Paris, 2012

Anna Karénine

Lire Anna Karénine de Tolstoï, c’est comme aller au musée. On y entre pour contempler des tableaux de l’époque, des moments du quotidien croqués sur le vif, et on en ressort avec un sentiment de grandeur qu’on ne saurait s’expliquer complètement.

Anna Karenine Anna Karenina Tolstoï

On dit le plus souvent qu’Anna Karénine est d’abord une histoire  d’adultère. Du moins est-ce ce qu’on en retient si on ne s’en tient qu’aux tableaux montrant Anna, son mari, son amant. Toutefois, Anna Karénine n’est pas qu’Anna, bien que le titre porte son nom,  c’est aussi Lévine et Kitty auxquels est consacrée une bonne moitié des 858 pages du roman.

Anna Karenine s’intéresse aux relations entre les hommes et les femmes, de l’adultère d’Anna qui quitte son mari pour son amant, au couple Lévine et Kitty qui, torturés par les circonstances et leurs sentiments, voient beaucoup de temps s’écouler avant de s’unir enfin et de former un mariage heureux, mais non sans petites tempêtes.

Mais plus encore, Anna Karénine semble vouloir lever le voile sur l’âme humaine; la personnalité, les sentiments, les pensées de chaque personnage sont exposés dans le détail, scrutés à la loupe, opposés à ceux des autres, comme si le but ultime du roman était de révéler l’âme de chaque personnage mis en scène. Comme si, avec Anna Karénine, Tolstoï cherchait à en explorer les rouages. Cette impression s’en trouve renforcée quand, après avoir clos en septième partie de huit le volet consacré à Anna, Tolstoï y revient à peine par la suite, comme si son étude sur Anna était terminée et qu’il n’était plus nécessaire de s’étendre sur le sujet.

Anna et Lévine sont deux personnages très torturés; Anna en raison de la situation de rejet social et de grande culpabilité dans laquelle la place son adultère, Lévine en raison des sentiments peu chaleureux qu’il éprouve à son propre égard et de son incapacité à trouver des réponses à toutes ses questions existentielles. Anna trouve l’amour auprès de Vronski, son amant, qui quitte tout pour elle; Lévine, auprès de Kitty dont l’amour solide est simple et doux. Malgré cela, ni Anna ni Lévine ne parviennent d’emblée à la paix intérieure. Le roman illustre cette quête et, après avoir longuement placé les personnages en parallèle, il fera prendre à leur âme des directions opposées. Ainsi ne connaitront-ils pas le même sort.

Il y aurait énormément de choses à analyser dans Anna Karenine – Le déni d’Anna et la quête de sens de Lévine, l’opposition des modes de vie de la ville et de la campagne, l’incrédulité et la foi, la philosophie agricole de Lévine, etc. – ces 858 pages sont extrêmement riches. Elles mettent en lumière l’humain – immuable, en un sens – tel qu’il vivait dans la haute société russe du 19e siècle.

Tolstoï, peu après l’écriture de ce long roman qu’est Anna Karenine, a traversé une très grande crise existentielle, à la recherche d’idéaux et de principes sur lesquels se reposer enfin. Ainsi devine-t-on en cours de lecture qu’il exprime à travers Lévine (nom créé à partir de son propre prénom, Lev) le fruit de ses difficiles réflexions. Il y développe sa pensée, une certaine philosophie. Le dossier présenté à la suite du roman dans cette édition confirme cette impression, montre les ponts qui relient l’auteur à son personnage, qu’il a modelé à même sa personne. J’ai été surprise de voir jusqu’où pouvait aller ce rapprochement.

Cela explique peut-être pourquoi je me suis tout particulièrement attachée à ce personnage tout en le désapprouvant par moments: y ayant mis beaucoup du sien, Tolstoï lui a donné vie d’une façon toute particulière. C’est un personnage complexe, tout en contradictions, torturé par ses idéaux, et empreint de bonté. Ce qui l’oppose le plus radicalement à Anna, c’est son besoin de comprendre ce qui se passe en lui alors qu’Anna tente par tous les moyens de faire taire ses voix intérieures. C’est, pour moi, ce qui explique la dissemblance de leurs destinées.

Anna Karenine au cinéma

L’adaptation qu’a tirée Joe Wright du roman en 2012 est absolument magnifique. La délicatesse s’agence à un rythme particulièrement intéressant, alliant gestes, sonorités, tableaux. Car le film est monté en tableaux et les transitions, présentées de façon théâtrale, rendent bien l’impression que m’a donnée le livre de fréquenter un musée.

Plus encore, ce Anna Karenine filmique est un véritable ballet russe (non que je m’y connaisse très bien en ballets russes): la musique, les images, les rythmes forment une danse, chorégraphiée avec justesse et élégance pour rendre fidèlement le roman.

Un film qui m’a immédiatement charmée!

Anna Karenine en extraits

“Qu’Anna sourit, il répondait à son sourire; semblait-elle réfléchir, il devenait soucieux. Une force presque surnaturelle attirait les regards de Kitty sur Anna. Et vraiment il émanait de cette femme un charme irrésistible: séduisante état sa robe en sa simplicité; séduisants, ses beaux bras chargés de bracelets; séduisant, son cou ferme entouré de perles; séduisantes, les boucles mutines de sa chevelure quelque peu en désordre; séduisants, les gestes de ses mains fines, les mouvements de ses jambes nerveuses; séduisant, son beau visage animé; mais il y avait dans cette séduction quelque chose de terrible et de cruel.” (p. 96)

“Elle se trouvait si coupable, si criminelle qu’il ne lui restait qu’à demander grâce; et n’ayant plus que lui au monde, c’était de lui qu’elle implorait son pardon. En le regardant, son abaissement lui paraissait si palpable qu’elle ne pouvait prononcer d’autre parole. Quant à lui, il se sentait pareil à un assassin devant le corps inanimé de sa victime: ce corps immolé pour lui, c’était leur amour, la première phase de leur amour. Il se mêlait je ne sais quoi d’odieux au souvenir de ce qu’ils avaient payé de prix effroyable de leur honte. Le sentiment de sa nudité morale écrasait Anna et se communiquait à Vronski. Mais quelle que soit l’horreur du meurtrier devant sa victime, il ne lui faut pas moins cacher le cadavre, le couper en morceaux, profiter du crime commis. Alors, avec une rage frénétique, il se jette sur ce cadavre et l’entraîne pour le mettre en pièces. C’est ainsi que Vronski couvrait de baisers le visage et les épaules d’Anna. Elle lui tenait la main et ne bougeait point. Oui, ces baisers, elle les avait achetés au prix de son honneur; oui, cette main qui lui appartenait pour toujours était celle de son complice. Elle souleva cette main et la baisa. Il tomba à ses genoux, cherchant à voir ces traits qu’elle lui dérobait sans dire un mot. Enfin, elle parut faire un effort sur elle-même, se leva et le repoussa. Son visage était d’autant plus pitoyable qu’il n’avait rien perdu de sa beauté.    — Tout est fini, dit-elle. Il ne me reste plus que toi, ne l’oublie pas.
   — Comment oublierais-je ce qui fait ma vie! Pour un instant de ce bonheur…
   — Quel bonheur? s’écria-t-elle avec un sentiment de dégoût et de terreur si profond qu’il le partagea aussitôt. Je t’en supplie, pas un mot, pas un mot de plus…” (p. 169)

“Cette conversation ne fut pas difficile. Comme la comtesse, comme tous ceux qui préconisaient les idées nouvelles, Alexis Alexandrovitch était dénué d’imagination profonde, c’est-à-dire de cette faculté de l’âme grâce à laquelle les mirages de l’imagination même exigent pour se faire accepter une certaine vraisemblance. Il ne voyait rien d’impossible à ce que la mort existât pour les incrédules et non pour lui; à ce que le péché fût exclu de son âme et son salut assuré dès ce monde, parce qu’il possédait une foi pleine et entière, dont seul il était juge.” (p.555)

TOLSTOÏ, Léon. Anna Karenine, Folio classique Gallimard, Paris, 1972, 909 p.

Le journal de Bridget Jones

Le journal de Bridget Jones de Helen Fielding est léger, relax, divertissant, plein de ridicule et de passages tordants. On n’en attend pas moins de ce livre quand on a vu le film. Un film franchement réjouissant, il faut le dire.

Le journal de Bridget Jones Helen Fielding

Le journal de Bridget Jones, d’abord publié dans les colonnes des quotidiens The Independent et The Daily Telegraph, raconte l’histoire d’une célibataire d’une trentaine d’années, désespérée de trouver l’homme de sa vie avant que l’âge emporte toutes ses chances. Complexée, gaffeuse, indisciplinée… elle se met constamment dans des situations qui nous prouvent à tous que le ridicule ne tue pas; il fait seulement honte. Helen Fielding s’est largement inspirée d’Orgueil et préjugés (1813)de l’auteure anglaise Jane Austen. Elle y a calqué le triangle amoureux qui unit Bridget à Daniel Cleaver et à Mark Darcy sur celui qui unit Élizabeth, Fitzwilliam Darcy et George Wickham dans Orgueil et préjugés. Elle va même jusqu’à donner à Mark Darcy le patronyme de Fitzwilliam Darcy ainsi que ses principaux traits de caractère. Tout comme Élizabeth dans Orgueil et préjugés, Bridget se méprend sur Darcy qu’elle trouve prétentieux et hautain; elle découvrira plus tard que ce n’était qu’un préjugé.

Le journal de Bridget Jones au cinéma

Sharon Maguire a tiré en 2001 une adaptation libre du Journal de Bridget Jones de Helen Fielding. Le film reprend les grandes lignes du livre et rend fidèlement l’essence des personnages, même si de grandes libertés ont été prises quant au scénario. Cela s’explique en partie au fait que le film tente de pasticher – plus encore que le roman de Jane Austen lui-même pastiché par Helen Fielding – la télésérie anglaise qui en a été inspirée (1995) dans laquelle Colin Firth interprète le rôle de Fitzwilliam Darcy. La réalisatrice du Journal de Bridget Jones pousse le pastiche jusqu’à choisir Colin Firth pour jouer le rôle de Mark Darcy. La scène du lac dans le film de Bridget Jones n’est ainsi pas tirée du roman éponyme mais de la télésérie Orgueil et préjugés à laquelle elle fait un clin d’œil… Dans le livre, le personnage de Bridget évoque les acteurs Colin Firth et Hugh Grant, ayant tous deux joué dans des adaptations des romans de Jane Austen. Sharon Maguire leur donne ici les deux rôles masculins principaux. La boucle est bouclée!

Le journal de Bridget Jones en extraits

“Autre sujet de tracas: comment fêter mon anniversaire? Vu taille appartement et compte en banque, hors de question organiser vraie soirée. Un dîner? Pour passer journée à m’escrimer et haïr tous les invités au moment où ils arrivent? Non. Proposer aux copains une sortie au resto? Pour me sentir coupable d’obliger tout le monde à payer une addition salée sous prétexte anniversaire ma petite personne? Pas question. Inviter tout le monde? Pas les moyens. Oh! là! là! Que faire? Si seulement j’étais pas née mais soudainement apparue à la face du monde, genre Jésus en un peu différent, n’aurais pas à me tracasser sujet anniversaire. Profonde compassion pour Jésus. Doit – en tout cas, devrait – être très gêné par cirque obligatoire autour anniversaire depuis deux mille ans, dans majeure partie du globe.” (p. 91-92)

“À onze heures et demie, je n’y tins plus. Sac sous le bras, je suis descendue aux toilettes deux étages plus bas. Si on entend un bruit suspect de papier déchiré, ce ne sera pas quelqu’un qui me connaît. pour je ne sais quelle raison, tout ça m’a mise dans une rage folle contre Daniel. Pourquoi devrais-je assumer seule ces responsabilités? Dépenser 8,95 livres, pour me cacher dans les chiottes et m’efforcer de pisser sur un bâton?” (p. 132)

   “Quand je suis sortie du bain, Daniel était allongé sur le lit, et rigolait.
— Je t’ai trouvé un nouveau régime, a-t-il dit.
— Donc, tu me trouves grosse.
— Je t’explique, c’est simple comme bonjour. Tout ce que tu as à faire, c’est de ne jamais manger quoi que ce soit que tu payes toi-même. Au début du régime, tu es grassouillette, personne ne t’invite à dîner. Donc, tu maigris, tu deviens une créature tout en jambes, décharnée, à l’air intéressant. On t’invite souvent au restaurant.Tu regrossis, les invitations se tarissent, et tu recommences à maigrir.
— Daniel! Je n’ai jamais rien entendu de plus grossier, de plus cynique, de plus sexiste!
— Allez, Bridge, je ne fais que suivre ta propre logique. Je me tue à te répéter que personne n’aime les sacs d’os. Les hommes aiment les derrières rebondis où l’on peut garer son vélo et poser son verre de bière!
J’étais déchirée entre une abominable image de moi avec un vélo garé dans le derrière et un verre de bière en équilibre dessus, et une colère noire contre Daniel et son sexisme provocateur et arrogant.” (p. 176-177)

FIELDING, Helen. Le journal de Bridget Jones, J’ai lu

Persepolis

Il y a quelques années, j’ai été fascinée par le film d’animation tiré de la bande dessinée Persepolis de Marjane Satrapi. En raison de son style, hors du commun, qui donne l’impression de regarder une bande dessinée à la télé et, encore plus, en raison de son propos: le parcours de l’auteure, de sa jeunesse iranienne pendant  la guerre Iran-Irak jusqu’à son premier exil européen.

J’avais hâte de lire la bande dessinée Persepolis, et je n’ai pas été déçue. J’y ai retrouvé les images qui ont servi le film, coréalisé par  l’auteure, Marjane Satrapi, et j’ai renoué avec son histoire singulière, Persepolis étant une œuvre autobiographique.

Persepolis Marjane Satrapi

J’ai aimé y découvrir l’Iran d’avant la guerre, ce pays ayant précédé la révolution islamique où vivait la femme libérée. Aujourd’hui, tout ce qu’on sait de ce pays est teinté par l’oppression et la religion. Il est intéressant de découvrir qu’il n’en a pas toujours été ainsi. Mais surtout, ça nous rappelle à quel point il s’en faut de peu pour qu’un pays tout entier se transforme et perde ses droits.

Les livres qui parlent de guerre le font souvent du même point de vue: celui de l’homme, auquel le sujet est automatiquement rattaché. Le plus souvent, ce sont les hommes qui font la guerre, qui sont fascinés par elle, qui s’imaginent puissants soldats guidés par la testostérone… Ici, Marjane Satrapi nous offre un point de vue complètement différent, celui de la femme qui lutte pour ses droits au quotidien. Une autobiographie féminine sur fond de guerre qui présente la femme autrement qu’en ménagère soumise attendant le retour de l’homme au combat. Persepolis présente une histoire puissante parce qu’elle met en lumière la force des êtres qui résistent au quotidien.

Persepolis  au cinéma

Le film Persepolis, réalisé en France où demeure aujourd’hui Marjane Satrapi, est superbe, fidèle à la bande dessinée. Il faut le voir absolument!

Quatre filles et un jean

Bof.

Quand on a cessé d’être une adolescente, Quatre filles et un jean d’Ann Brashares ne présente aucun intérêt. À moins d’avoir une envie folle de se farcir tous les clichés de l’adolescence en 200 pages (ou 1000 si vous avez l’intégrale de la série), il n’y a vraiment aucune raison d’ouvrir le livre. Personnellement, même si j’avais en main les quatre tomes, je m’en suis tenue à un seul. C’était assez.

Quatre filles et un jean Ann Brashares

Voilà. Quatre amies inséparables sont séparées longtemps pour la première fois l’été de leurs quinze ans. Avant de se quitter pour les vacances, elle découvre un jean qui, miraculeusement, leur sied à ravir à chacune alors qu’aucune n’est proportionnée de la même façon. C’est comme si le fameux jean avait quelque chose de magique. Pour garder un lien entre elles, elles le porteront à tour de rôle pendant les vacances. Ainsi le jean magique voyagera-t-il à travers les États-Unis, la Grèce et le Mexique, apportant force et courage à chacune pour vivre les aventures et les épreuves des vacances.

Pas de doute, Quatre filles et un jean se lit vite et bien. Mais ce n’est pas un must!

Quatre filles et un jean au cinéma

Un film a été tourné à partir du premier tome de Quatre filles et un jean (un autre film a été adapté à partir du tome 4). Il raconte cette exacte même histoire. Toutefois, des éléments ont été réécrits, surtout concernant la partie qui se déroule en Grèce. Rien pour adoucir les clichés, toutefois: ici, enlever les clichés serait dénaturer l’histoire. Enfin, c’est un petit film d’ado bien relax.

BRASHARES, Ann. Quatre filles et un jean, Gallimard jeunesse, Paris, 2009