Les Testaments

J’ai découvert La servante écarlate en 2018, peu après que la série télévisée ait connu un succès instantané. Je n’ai toujours pas regardé la série. Un je-ne-sais-quoi me retient. Toutefois, rien n’a retenu mon élan lorsque j’ai aperçu Les Testaments sur les rayons d’une librairie de la capitale canadienne cet automne. Il porte sur un sujet qui me préoccupe, car il est de plus en plus d’actualité (après le mouvement #metoo qui accompagnait la sortie de la série télévisée, c’est le débat sur l’avortement qui est largement relancé aux États-Unis, et même au Canada lors de la dernière campagne électorale). Ce qui rend ce roman et son prédécesseur si intéressants, c’est la règle d’écriture que Margaret Atwood s’est donnée: aucune invention pure, que des éléments basés sur des évènements qui se sont déjà produits à un moment de l’histoire quelque part dans le monde et pour lesquels les technologies existent. Lire ce livre n’est donc pas comme lire de la science-fiction au sens traditionnel. En effet, le respect de cette stricte règle d’écriture nous rappelle que tout n’est pas entièrement fiction dans cet ouvrage de « science-fiction ». C’est ce qui le rend effrayant.

Les Testaments Margaret Atwood Prix Booker Prize 2019

L’univers dystopique mis en scène est encore une fois celui de Galaad (nommé Gilead dans la traduction française du précédent ouvrage). On entre dans le livre à la manière dont le ferait un historien. C’est pourquoi les trois « testaments retrouvés » sont étiquetés ainsi: « Le Testament olographe d’Ardua Hall », « Transcription des déclarations du témoin 369A » et « Transcription des déclarations du témoin 369B ». C’est en mettant en relation ces droits documents que l’historien parvient à leur donner du sens et à reconstruire une partie de l’histoire de Galaad et de trois femmes qui y ont joué un rôle important. Pour le lecteur, la lecture de ces documents a été facilitée puisqu’un ordre de lecture, présentant une alternance d’un document à l’autre, a été établi par les historiens.

Ce choix narratif témoigne encore une fois de la grande rigueur de Margaret Atwood ainsi que du souci de réalisme qu’elle a insufflé dans ces deux ouvrages. Je crois que la question qui est au cœur de son écriture a été: « Et si c’était vrai? » Donc, si une dictature telle que décrite dans La servante écarlate et Les Testaments avait vraiment vu le jour, de quelle façon les informations privilégiées partagées dans les deux ouvrages auraient-elles pu parvenir jusqu’à nous?

Alors que La servante écarlate présentait le point de vue unique de la Servante, Les Testaments offre ici trois nouveaux points de vue sur l’univers de Galaad. D’abord, le point de vue de Lydia, l’une des Tantes fondatrices, nous fait entrer à Ardua Hall et sa sphère de pouvoir. Ensuite, le point de vue d’Agnès Jemima nous montre la vie d’une jeune fille qui a grandi dans un foyer traditionnel de Galaad et ouvre une large fenêtre sur la vie des Épouses et des Marthas. Enfin, le point de vue de Daisy est d’abord celui que porte une jeune canadienne sur Galaad. En amalgamant ces trois points de vue différents, il est possible de refaire l’histoire de Galaad et, surtout, de découvrir comment cette république puritaine menée par des hommes a pu voir le jour à une époque où les femmes étaient pourtant traitées en égales.

Les Testaments est donc, comme son prédécesseur, une exploration de ce que pourrait être le monde si notre société (ici celle des États-Unis) venait à mal tourner. Et il suffit de penser à l’Iran, transformé par la révolution islamique de 1979, pour se rappeler que de tels changements dans la vie des femmes et de la société sont toujours possibles. À Galaad, ce n’est bien sûr par l’islam qui sert le pouvoir, mais plutôt la religion catholique. Et encore une fois, on n’a pas besoin de reculer bien loin pour se rappeler comment cette religion a elle aussi servi à brimer les droits des femmes à une époque; le Québec d’avant la Révolution tranquille n’était déjà pas le même que celui d’aujourd’hui. Les États-Unis étant à ce jour encore très religieux et très conservateurs (il suffit de penser au débat sur le droit à l’avortement), on peut dire que, près de 35 ans après la parution de La servante écarlate, les traits de sociaux qui ont inspiré (ou motivé) la rédaction de ce premier récit sont encore très actuels – au point de faire débat de société. Dans ce contexte, la sortie de Les Testaments ne pouvait que faire écho aux préoccupations d’une grande tranche de la société.

Margaret Atwood, 79 ans, a d’ailleurs remporté, pour une deuxième fois dans sa vie, le prestigieux Booker Prize pour Les Testaments. Elle partage ce prix avec l’Anglo-Nigériane Bernardine Evaristo, pour un roman qui met aussi en scène la vie des femmes. Pour en savoir un peu plus, je vous invite à lire cet article du Devoir.

Les Testaments en extraits

« Plus alarmant, mes seins gonflaient et des poils avaient commencé à pousser sur certaines parties de mon corps sur lesquelles nous n’avions pas à nous appesantir: jambes, dessous de bras, ainsi que cette zone honteuse qu’on désignait par de multiples euphémismes. Quand une fille en était là, elle cessait d’être une fleur précieuse et se muait en une créature autrement plus dangereuse.
À l’école, on nous avait préparées à ce genre de changement – Tante Vidala nous avait présenté une série d’exposés illustrés gênants censés nous instruire sur le rôle et les devoirs de la femme par rapport à son corps, le rôle de la femme mariée -, mais ça n’avait été ni très instructif ni rassurant. Lorsque Tante Vidala avait voulu savoir s’il y avait des questions, il n’y en avait pas eu: par où aurait-on commencé? J’avais eu envie de demander pourquoi il fallait qu’il en soit ainsi, pourtant je connaissais déjà la réponse: c’était le plan de Dieu. Voilà comment les Tantes se dépêtraient de tout.
Très bientôt, je pouvais m’attendre à ce que du sang coule entre mes jambes: c’était déjà arrivé à beaucoup de mes camarades. Pourquoi Dieu n’avait-il pas pu arranger ça autrement? Mais Il avait un intérêt tout particulier pour le sang, nous le savions grâce aux versets des Écritures qu’on nous avait lus: sang, purification, davantage de sang, davantage de purification, sang versé pour purifier l’impur, même s’il ne fallait pas le recevoir sur les mains. Le sang souillait, surtout quand il venait des filles, alors qu’avant Dieu aimait qu’on le répande sur ses autels; il y avait néanmoins renoncé – d’après Tante Estée – et privilégiait désormais les fruits, les légumes, la souffrance muette et les bonnes actions.
Pour autant qu’il m’était possible d’en juger, le corps de la femme adulte était un sacré piège. S’il y avait un trou, on y fourrait forcément quelque chose et quelque chose d’autre en ressortait forcément, ce qui était vrai de n’importe quel type de trou: trou dans le mur, trou dans une montagne, trou dans le sol. Il y avait tant de choses qu’on pouvait lui infliger, à ce corps de femme adulte, ou qui pouvait dérailler, que j’ai fini par me dire que je serais mieux sans. »
(p. 109-110)

« Si tu n’as jamais eu la foi, tu ne comprendras pas ce que ça signifie. Tu as l’impression que ton meilleur ami est en train de mourir; que tout ce qui te définissait se consume; que tu vas rester tout seul. Tu te sens exilé, comme perdu au fond ‘un bois obscur. […] le monde se vidait de son sens. Tout était creux. Tout se flétrissait.
[…] Secrètement, je craignais d’être incapable de croire en l’un comme en l’autre. Pourtant, je voulais croire; je le désirais ardemment et, au bout du compte, dans quelle mesure croire ne découle-t-il pas du désir? »
(p. 395)

« L’histoire ne se répète pas, dit-on, il n’empêche qu’elle rime. » (p. 522)

ATWOOD, Margaret. Les Testaments, Robert Laffont, coll.: « Pavillons », 2019, 541 p.

Auprès de moi toujours

Il y avait un moment que je souhaitais lire Kazuo Ishiguro. En cherchant des œuvres pour le cinéclub littéraire, j’ai découvert que Auprès de moi toujours (Never Let Me Go) avait été adapté au cinéma en 2010. Je me suis empressée de le commander et j’ai bien fait. Le sixième roman du prix Nobel 2017 nous emporte comme dans un souffle. L’écriture, délicate, suit les vagues de la mémoire, la narratrice amorçant le récit particulier de ce qu’a été sa vie, de son enfance jusqu’à ce jour où elle raconte.

Bien que l’histoire se déroule dans les années 1980-90, c’est une oeuvre de science-fiction qu’offre ici Kazuo Ishiguro, une dystopie vécue par la narratrice, Kathy, avec tellement d’acceptation et de candeur/maturité (il peut être difficile de statuer duquel il est question) qu’on en oublie par moment l’aspect profondément dérangeant du sujet traité. Or, nous ne serons pas épargnés. Si Auprès de moi toujours nous transporte doucement à travers les souvenirs de la narratrice, nimbés de sa naïveté, souscrits par un point de vue à la première personne, le choc de réalité n’en est que plus grand pour nous, lecteur, qui lisons avec un regard non voilé.

Auprès de moi toujours Never Let Me Go Kazuo Ishiguro

Qui ne veut connaitre aucune clé de l’intrigue devrait cesser ici sa lecture du billet car, bien qu’elle se pressente jusqu’à son dévoilement (à mi-lecture), l’information que je vais livrer dans le prochain paragraphe pour faire le résumé de l’oeuvre peut constituer en soi un premier punch. Toutefois, je crois qu’on peut apprécier sa lecture même en connaissant cette information (aussi révélée dans la bande-annonce du film, je vous avertis).

Le récit débute au moment où Kath s’apprête à mettre fin à sa « carrière » d’accompagnante, un parcours plus long que la normale puisqu’il aura duré dix ans. À la demande d’un donneur qu’elle accompagne, elle amorce le récit de sa jeunesse à Hailsham, le pensionnat où elle a été élevée. Bien que tout soit organisé de façon à ce que les enfants aient une enfance des plus heureuses, une ambiance mystérieuse plane sur le pensionnat en raison des mœurs peu usuelles qui y ont cours. Les enfants sont, dès le plus jeune âge, encouragés à développer leur art, que ce soit par la peinture, le dessin ou la poésie. L’importance qui y est accordée est cruciale, sans qu’on sache pourquoi, et les meilleures œuvres, emportées pour garnir la galerie de Madame. Kath, Ruth et Tommy grandissent ensemble dans cet univers où on leur apprend tout sans rien leur dire clairement. Ils savent qu’ils ont été conçus afin de devenir des donneurs, sans savoir de quoi il en retourne vraiment. Ils savent qu’ils sont des clones, et en ce sens différents du reste des gens, auxquels ils ne se mêleront qu’à l’aube de leur vie adulte, mais se soucient peu de ces différences. Ils vivent dans un univers à part et pensent d’une façon qui les protège de la brutale réalité. Ainsi les a-t-on éduqués.

Auprès de moi toujours est un roman magnifique et déstabilisant qui offre à la fois une réflexion éthique sur la valeur des individus, mais aussi une réflexion sur la place de nos perceptions sur notre vision du monde – qui font que l’on regarde le monde selon un certain point de vue. C’est cette dernière réflexion qui me semble centrale puisqu’elle s’incarne dans le livre à même les propos de la narratrice. Son regard, parfaitement modelé sur l’éducation qu’elle a reçue, l’empêche de se révolter au même tire que le lecteur. Elle n’éprouve pas les mêmes sentiments ou, du moins, ne leur accorde pas la même place. C’est cet apparent clivage qui confère à l’oeuvre son aspect doucement dérangement, où flotte l’ombre de l’inquiétante étrangeté.

Une lecture que je recommande fortement.

Auprès de moi toujours au cinéma

Mark Romanek a adapté Auprès de moi toujours dans un film sorti en 2010. Le rythme, très lent, et les couleurs, sépia, confèrent à l’adaptation un aspect vieillot qui ne cadre pas avec la lecture que j’ai faite. Si le livre n’obéit pas à une logique de l’action, le déroulement des pensées de la narratrice nous emporte malgré tout dans les méandres de la mémoire et des petites intrigues de l’enfance – ou de celles, plus importantes, du début de l’âge adulte. Le film ne parvient pas à transposer cet effet. On se retrouve donc devant un film long et lent qui sème des indices sans apporter de réponses claires (contrairement au livre). Je l’avoue, j’ai découvert le film en même temps que les élèves. Et leur plus pertinent commentaire, à la fin du visionnement, en dit long sur les ratés de cette adaptation: « C’est parce qu’on ne comprend pas ce que le film voulait nous dire… »

 

ISHIGURO, Kazuo. Auprès de moi toujours, Folio Gallimard, 2015, 448 p.

La servante écarlate

Dès qu’est parue la télésérie du même nom, je me suis dit que je devais lire La servante écarlate (The Handmaid’s Tale, en anglais) de Margaret Atwood. Ce roman dystopique, écrit par la féministe visionnaire il y a plus de trente ans, fait aujourd’hui beaucoup parler. Il est certain que la sortie de la série (que je regarderai dans un futur plus ou moins rapproché) s’est inscrite dans un contexte social très bouillant, avec l’élection de Trump et la suite de dénonciations qui ont déferlé sur les réseaux sociaux, accolées à #moiaussi. Brulant d’actualité, donc, que ce roman. Même s’il met en scène un monde, pour aujourd’hui encore, en apparence fantaisiste, il nous rappelle la fragilité des droits acquis.

La servante écarlate The Handmaid's Tale Margaret Atwood

Defred ne s’est pas toujours nommée ainsi. Elle a été une autre. Une fille, une femme, une amie, une amante, une épouse, une mère… Or, les choses ont changé. Depuis les bombardements atomiques, le corps humain ne répond plus comme auparavant. La fertilité de la population a baissé drastiquement et les États-Unis, maintenant République de Gilead, sont maintenant dirigés par un groupe d’extrémistes religieux limitant la femme à des fonctions biologiques ou pratiques. Celles qui sont fertiles ont le choix: être envoyées aux colonies ou devenir servante écarlate. C’est ce qu’est devenue Defred, une servante vêtue de rouge, dont le corps est mis au service de couples haut placés à qui on accorde l’honneur de devenir parents. Defred est un utérus humain. Elle vit désormais pour être engrossée par un homme fort probablement infertile (mais en République de Gilead, seules les femmes le sont).

La narration à la première personne permet de découvrir le monde à l’ère de la nouvelle République du point de vue d’une servante écarlate. Defred relate son quotidien, mais aussi, par bribes, son passé. Si le récit nous fait sentir la langueur et la profondeur de l’ennui de la narratrice, l’intrigue tient le lecteur jusqu’à la fin. Comment Defred s’est-elle retrouvée là? Réussira-t-elle à changer son destin? Qui est le commandant? Que sont les colonies? Comment est structurée la République? Toutes ces questions ne trouvent pas de réponses ou certaines demeurent incomplètes. Cela n’est pas un problème. Le propos n’est pas là, pas entièrement. On lit La servante écarlate en se demandant si ça pourrait réellement arriver. Si, placées dans des conditions similaires, nos sociétés pourraient en venir à adopter de tels comportements. Immanquablement, on se met à penser aux pays où, après des années d’émancipation, les femmes se sont retrouvées prisonnières d’un régime religieux.  Alors, malheureusement, on est forcé de conclure que ce n’est pas impossible.

C’était d’ailleurs l’un des grands soucis de l’auteure au moment de la rédaction. Dans la postface que contient la présente édition, Atwood dit que, pour assurer le réalisme du récit, elle s’était fixé une règle: n’inclure « rien que l’humanité n’ait pas déjà fait ailleurs ou à une autre époque, ou pour lequel la technologie n’existerait pas déjà. » (p. 518) Et c’est bien ce qui rend le tout effrayant.

Les nations ne construisent jamais des formes de gouvernement radicales sur des fondations qui n’existent pas déjà. C’est ainsi que la Chine a remplacé une bureaucratie étatique par une bureaucratie étatique similaire, mais sous un nom différent, que l’URSS a remplacé la redoutable police secrète impériale par une police secrète encore plus redoutée, et ainsi de suite. La fondation profonde des États-Unis – c’est ainsi que j’ai raisonné – n’est pas l’ensemble de structures de l’âge des Lumières du XVIIIe siècle, relativement récentes, avec leurs discours sur l’égalité et la séparation de l’Église et de l’État, mais la brutale théocratie de la Nouvelle-Angleterre puritaine du XVIIe siècle, avec ses préjugés contre les femmes, et à qui une période de chaos social suffirait pour se réaffirmer. (p. 517)

Parmi les hypothèses qu’explore La servante écarlate et les questions auxquelles le livre tente de répondre, on retrouve ceci: « Si vous vouliez vous emparer du pouvoir aux États-Unis, abolir la démocratie libérale et instaurer une dictature, comment vous y prendriez-vous? » (p. 516-517) Plusieurs histoires différentes pourraient venir en réponse à une telle question. Il n’en demeure pas moins que le simple fait de pouvoir se livrer à l’exercice et d’obtenir un récit tel que celui-ci rappelle que l’on n’est bien souvent que le fruit d’un système. Et que les systèmes sont fragiles.

The Handmaid’s Tale, la série

La servante écarlate, série américaine créée par Bruce Miller, est parue en 2017. La deuxième saison sera diffusée en 2018. Je vous en reparlerai lorsque j’aurai visionné le tout. Notez qu’un film, réalisé par Volker Schlöndorff, a vu le jour en 1990. Il a cependant obtenu moins de succès que la série.

La servante écarlate en extraits

« Il y a plus d’une sorte de liberté, disait Tante Lydia. La liberté de, et la liberté par rapport à. Au temps de l’anarchie, c’était la liberté de. Maintenant, on vous donne la liberté par rapport à. Ne la sous-estimez pas. » (p. 49)

« Nous vivions, comme d’habitude, en ignorant. Ignorer n’est pas la même chose que l’ignorance, il faut se donner de la peine pour y arriver. » (p. 99)

« Vain espoir. Je sais où je suis, qui je suis, et le jour que nous sommes: tels sont les tests, et je suis saine d’esprit. La santé mentale est un bien précieux. Je l’économise comme les gens économisaient jadis de l’argent, pour en avoir suffisamment, le moment venu. » (p. 184)

« Ce qu’il me faut, c’est une perspective. L’illusion de profondeur, créée par un cadre, la disposition des formes sur une surface plane. La perspective est nécessaire. Autrement, il n’y a que deux dimensions. Autrement, l’on vit le visage écrasé contre un mur, tout n’est qu’un énorme premier plan, de détails, gros plans, poils, la texture du drap de lit, les molécules du visage, sa propre peau comme une carte, un diagramme de futilité, quadrillé de routes minuscules qui ne mènent nulle part. Autrement l’on vit dans l’instant. Et ce n’est pas là que j’ai envie d’être. » (p. 241)

« Je voudrais ne pas connaître la honte. Je voudrais être éhontée. Je voudrais être ignorante. Alors je ne saurais pas à quel point je suis ignorante. » (p. 436)

ATWOOD, Margaret. La servante écarlate, Robert Laffont, Paris, 2017, 521 p.

Divergence, la trilogie

Un peu déçue par la trilogie L’épreuve, qui ne m’a pas donné la relaxation que j’espérais, je suis passée au prochain titre prévu pour le cinéclub, Divergence. Un autre pas dans la littérature et le cinéma d’anticipation. J’y ai mieux trouvé mon compte. Peut-être simplement parce que l’univers est un peu plus féminin. Qui sait comment opère la littérature populaire sur mon cerveau bon public? J’ai lu les deux premiers volumes de la trilogie, et j’aurais poursuivi avec le troisième si je l’avais eu en main. Je n’en ressens pas l’urgence, mais peut-être le lirai-je un jour où j’aurai envie de quelque chose de léger…

Divergence Veronica Roth

L’univers de Divergence est divisé en castes. Beatrice Prior est issue de parents Altruistes. Bientôt, elle passera le test et devra choisir la faction qui deviendra sa famille pour le reste de sa vie. Restera-t-elle chez les Altruistes? Sera-t-elle plutôt une Érudite, une Sincère, une Audacieuse ou une Fraternelle? Quelle est sa vraie personnalité? Divergente.

Comment fera-t-elle son chemin dans cette société où le pire cauchemar qu’on puisse avoir est de devenir sans-faction?

ROTH, Veronica. Divergence, ADA, 2014

ROTH, Veronica. Insurgés, ADA, 2015

Divergence au Cinéma

J’ai découvert le film Divergente (eh oui, on passe du nom à l’adjectif pour le film) en même temps que les élèves et j’ai trouvé l’adaptation réussie. Elle suit bien les grandes lignes du livre et est efficace. Les élèves ont d’ailleurs beaucoup apprécié, s’exclamant en chœur à quelques occasions.

L’épreuve, la trilogie (Le labyrinthe, La terre brûlée et Le remède mortel)

En septembre, j’avais envie de plonger dans une série populaire. J’ai donc entrepris de lire la trilogie L’épreuve de James Dashner, que j’avais commandée pour le cinéclub du centre, sachant que le film avait connu un bon succès. J’ai lu rapidement le premier tome, Le labyrinthe, puis j’ai abandonné le deuxième volume à mi-chemin, n’ayant pas envie de baigner dans cet univers post-apocalyptique. Ceci dit, ce n’est pas mauvais.

L'épreuve Trilogie James Dashner Le labyrinthe livre

Thomas arrive au Bloc seul dans une boite métallique. Amnésique, il ne se rappelle que son nom. Sur place, une bande de garçons, tous aussi jeunes que lui, l’accueillent et lui font découvrir, un à un, les dangers de sa nouvelle vie. Personne ne sait pourquoi on les a envoyés là, la mémoire effacée. Le Bloc est entouré d’un immense labyrinthe aux murs de pierre qui se referment à la nuit tombée. Il est envahi par des griffeurs, une créature mi-bête mi-robot, féroce, qui tue ou rend malade. À la recherche d’une sortie, un groupe de blocards nommés coureurs sillonnent le labyrinthe jour après jour depuis deux ans… en vain.

Le labyrinthe au Cinéma

Le film Le labyrinthe est très efficace, et les élèves l’ont beaucoup apprécié. De mon côté, je l’ai trouvé correct. Il comporte de nombreuses différences avec le livre, ce qui fait que la lecture de celui-ci reste certainement intéressante après le visionnement du film. Un élève vient de tenter l’expérience et a bien apprécié la comparaison.

Extrait

   “Puis Minho lui avait raconté l’un des rares souvenirs qui lui restaient de sa vie d’avant, à propos d’une femme enfermée dans un labyrinthe. Elle s’en était échappée en posant sa main droite sur un mur et en marchant sans jamais la retirer. Ainsi elle s’était obligée à tourner à droite à chaque intersection. En suivant les lois de la physique et de la géométrie, elle avait pu trouver la sortie. C’était logique.
Mais pas ici. Ici, tous les chemins ramenaient au Bloc. Un détail avait forcément dû leur échapper.” (p. 215)

DASHNER, James, Le labyrinthe, Pocket Jeunesse, 2012, 416 p.

Battle Royale

En République de Grande Asie, pays imaginé à partir de notre Histoire, tout est contrôlé: le rock ‘n’ roll est interdit, l’information censurée et le gouvernement a un droit plus ou moins déguisé de vie et de mort sur chaque citoyen. Voilà la prémisse de Battle Royale de Koushun Takami.

Battle Royale Koushun Takami

Dans ce pays, créé en 1997 en lieu et place du Japon, chaque année, le gouvernement enlève 50 classes de 3e pour la réalisation d’un programme militaire. On emmène les élèves de la classe choisie par le hasard dans un lieu isolé, souvent une île. On leur fournit à tous un sac à dos contenant un crayon, une carte du site, deux pains, deux litres d’eau et une arme ayant été sélectionnée de façon aléatoire. On ordonne ensuite à tous de quitter les lieux à tour de rôle, en respectant l’appel des noms. Le jeu commence: ils ont trois jours pour s’entretuer. Il ne peut y avoir qu’un seul survivant, le gagnant. Toutes le six heures, via des haut-parleurs dispersés partout sur l’île, le “professeur” attitré à la classe fait le décompte des morts et annonce les zones qui seront désormais interdites. Si des élèves s’y trouvent encore aux heures mentionnées, le collier qu’on a bouclé autour de leur cou pour repérer leur position ou leur pouls explose. S’il n’y a aucun mort pendant 24 heures, tous les colliers explosent. Une tuerie assurée.

Pourquoi ce programme? Pour compiler des données sur le temps mis par le champion pour éliminer tous les autres élèves de la classe. C’est ce qu’on dit dans les manuels scolaires. Le nom du gagnant ainsi que le lieu où s’est déroulé le programme est révélé dans les médias lorsque ce dernier vient de s’achever. On révèle en même temps le nombre de morts par balle, par arme blanche, etc.

Battle Royale vous rappelle un peu Hunger Games? En effet, l’idée de base est la même, mais le traitement qu’on en fait est complètement différent. D’abord, l’histoire n’est pas la même. Ensuite, c’est définitivement mieux écrit: il y a présence de style, de jeux de mots, d’une touche d’humour, toujours grinçant… Bien que surtout focalisée sur le personnage de Shûya Nanahara, la narration externe présente des bribes du parcours de chacun des 42 élèves de la classe. Heureusement, on retrouve en début de roman une liste des élèves présentés en ordre alphabétique et numérotés, cela pour les filles (F-1 à F-21) ainsi que pour les garçons (G-1 à G-21).

830 pages en format poche. L’auteur, Koushun Takami – dont Battle Royale est à ce jour le seul roman – prend le temps de bien présenter et détailler les choses. Aucun personnage n’est accessoire, ils ont tous un minimum de psychologie, et ce, malgré le très bref passage de certains. Ironiquement, c’est un roman dans lequel on prend le temps de tout montrer et de tout expliquer au lecteur alors que les personnages vivent dans l’urgence. C’est appréciable.

Battle Royale au cinéma

Pourtant, dans le film réalisé en 2000 par Kinji Fukasaku à partir du roman (lui-même écrit en  1999), c’est tout le contraire. Le ton change du tout au tout. Le jeu très théâtral et les choix musicaux ne permettent pas la montée de la tension qu’on retrouve dans le roman. Ceci dit, j’ai trouvé celui-ci intéressant. Mais, pour moi, le livre et le film sont deux œuvres distinctes, excellentes si considérées séparément. Il faut dire, de plus, qu’on a fait un seul film à partir d’un livre très dense. C’est clair que le réalisateur a voulu s’en tenir à l’essentiel et en faire une course effrénée, une course très près d’une danse.

J’ai préféré le livre et le conseille.

Battle Royale en extraits

Comme le disait son oncle, une personne n’était pas forcément responsable de sa propre lâcheté.” (p. 533)

 “Il ne restait plus rien du bureau, hormis une moissonneuse-batteuse qui avait eu du mal à rentrer dans un tiroir du meuble de rangement.” (p. 549)

 “Ses yeux allaient successivement de l’un à l’autre des cadavres de ses cinq camarades, comme un enfant regarderait des œuvres d’art incompréhensibles dans un musée des horreurs.” (p. 671)

Mon oncle disait que le rire est un élément important pour maintenir l’harmonie des choses, et qu’il représente l’ultime échappatoire quand il n’en reste plus d’autre…” (p. 690)

TAKAMI, Koushun. Battle Royale, Le livre de poche, 2008, 864 p.

Hunger Games 2 et 3: L’embrasement et La révolte

Bien sûr, j’ai lu la suite de Hunger GamesL’embrasement et La révolte. J’ai déjeuné, dîner et soupé l’assiette plantée dans le milieu de mon livre pour le garder ouvert. C’est plutôt bon signe. La populaire série de Suzanne Collins a marché sur moi.

 Je dois dire que je ne savais vraiment pas à quoi m’attendre en ouvrant le 2e tome, mais j’ai aimé la direction qu’a prise l’histoire. Le second comme le troisième volume ont réussi à me surprendre, le récit est bien mené et on ne tourne pas en rond.

Hunger games 2 L'embrasement Hunger Games 3 La révolte Suzanne Collins

Comme je ne veux pas dévoiler l’intrigue, je ne développerai pas plus ce billet ni me mettrai d’extraits des livres. De toute façon, dans cette série, je l’ai dit précédemment, ce n’est pas le style mais bien l’histoire qui fait tout le travail.

 COLLINS, Suzanne. Hunger Games 2: L’embrasement, Pocket jeunesse

COLLINS, Suzanne. Hunger Games 3: La révolte, Pocket jeunesse

Hunger Games, tome 1

On m’avait parlé de la série Hunger Games de Suzanne Collins. J’avais vu les livres en librairie. Bof. Moi, dès qu’on s’excite à rééditer des livres pour que leur couverture ressemble aux images du film, on me perd un peu. Je trouve que le livre perd de son cachet, comme s’il n’était pas capable d’exister sans le film. Bref, ça m’énerve.

Mais je ne suis pas snob pour autant. J’ai donc tourné ma curiosité vers le film (après tout, c’est le film qu’on me vend en l’illustrant sur les livres…) et j’ai aimé. Je l’ai écouté une fois, puis deux. Est alors venu l’inévitable moment où j’ai voulu comparer l’histoire originale et son adaptation au cinéma. On m’a prêté le livre.

Hunger games Suzanne Collins

Pour ceux qui ne connaissent pas, l’histoire de Hunger Games se passe dans un futur alternatif, des années après que les treize districts de Panem (anciens États-Unis) se soient soulevés contre le Capitole. À ce moment, douze district ont été maîtrisés, le treizième a été détruit. Pour les punir de leur trahison mais surtout pour les dissuader de recommencer, le Capitole a organisé les Hunger Games, les jeux de la faim. Chaque année, les douze districts doivent fournir un garçon et une fille âgés entre douze et dix-huit ans. Ces vingt-quatre adolescents sont alors emmenés dans une immense arène naturelle où ils sont forcés de combattre à mort. Il n’y aura qu’un seul vainqueur. Toute la population est forcée d’écouter les Jeux.

Au cinéma, on offre une vision externe des choses. On voit Katniss se démener dans l’arène, on voit les réactions de la population qui suit les Jeux à la télévision, on voit comment les juges contrôlent tout ce qui se passe sur le terrain: le jour, la nuit, les incendies, les animaux… On ne sait pas ce que pensent les personnages au fond d’eux. On est observateur. Dans le livre toutefois, c’est tout le contraire. La narration étant à la première personne, on est plongé dans les pensées de l’héroïne, Katniss. On ne sait pas ce que font exactement les juges, on se questionne à ce sujet au même titre que Katniss. Et c’est là que réside tout l’intérêt: un film et un livre qui présentent une même histoire sous un angle différent.

C’est pour cette raison qu’on lit Hunger Games. Et aussi parce qu’il nous fournit plus d’explications que le film. Le nœud et le dénouement y sont plus développés. Les personnages y vivent des moments plus difficiles. Dans un livre, on a le temps.

Mais on ne lit pas Hunger Games pour son style: sujet, verbe, complément. Présent de l’indicatif. Parmi les rares figures de styles qui s’y cachent, la plupart sont de grossières comparaisons. Bref, c’est loin d’être riche. C’est donc l’histoire qui porte le livre. Ceci dit, j’ai bien hâte de lire la suite.

 Plagiat? Battle Royale

On m’a aujourd’hui parlé de Battle Royale, roman japonais de Kōshun Takami paru en 1999 dont on a tiré un film en 2001. Certains disent que Suzanne Collins, auteure de Hunger Games, aurait plagié ce roman. J’ai fouiné dans Internet pour en apprendre plus et force est d’admettre qu’il est difficile d’affirmer le contraire. Voici un bref résumé: “Dans un Japon futuriste, les adultes redoutent les adolescents japonais, enclins à la violence et à la désobéissance. D’où le vote de la loi Battle Royale. Le principe de ce « jeu » est très simple : une classe de troisième, tirée au sort, est envoyée chaque année lors du traditionnel voyage scolaire dans un lieu isolé (une île en l’occurrence), sur lequel les élèves doivent s’entretuer, et ce durant trois jours. Il ne doit rester qu’un survivant – faute de quoi les colliers dont sont munis les joueurs explosent -, qui pourra rentrer chez lui à l’issue du jeu.” (Wikipédia) Je ne mets pas les détails ici, mais une lecture rapide suffit pour voir à quel point c’est semblable… et Hunger Games n’est paru qu’en 2008. Enfin, ça n’enlève rien au livre, seulement au mérite de l’auteure.

Mise à jour: Je vous invite à lire le billet que j’ai ultérieurement écrit sur Battle Royale

COLLINS, Suzanne. Hunger Games, Pocket jeunesse