Coraline

Tout à fait génial! J’ai vu le film tiré du livre il y a quelques années et, déjà, j’avais adoré l’univers glauque et surréaliste de Coraline, un conte d’horreur fantastique pour enfants superbement original. (L’abus de superlatifs me semble tout à fait approprié ici…)

Ce court roman de 152 pages raconte l’histoire de Coraline, une fillette qui vient d’emménager dans une maison à appartements qui, pour se désennuyer, sort explorer le monde qui l’entoure. Elle fera la connaissance de ses nouveaux voisins, sympathiquement étranges et incapables de dire son prénom correctement, ainsi que d’un chat sans nom tout particulier. Un jour de pluie, alors que ses parents travaillent encore et n’ont pas de temps pour elle, elle décide de se rendre dans le grand salon et de franchir la porte mystérieuse qui ouvre sur un mur de brique une fois sur deux. De l’autre côté, elle découvre un appartement identique au sien où l’attendent son autre mère et son autre père, identiques à ceux qu’elle connait à l’exception qu’ils sont beaucoup plus divertissants et… qu’ils ont des boutons à la place des yeux.

Coraline Neil Gaiman

Coraline est joli, simple, rondement mené et bien écrit. À mes yeux, un petit bijou. Le style, les personnages, les idées me plaisent. En deux mots: original et charmant.

Coraline au cinéma

Autant vous le dire d’emblée, je trouve le film Coraline magnifique. Toutefois, pour ce que j’en ai compris aux commentaires d’autres personnes, on aime ou on n’aime pas. Quoi qu’il en soit, pour moi, le film est superbe et rend bien l’univers du livre même si divers éléments y ont été introduits, comme un personnage de petit garçon qui, je présume, a pour rôle de rendre l’histoire plus dynamique à l’écran en ajoutant de l’interaction. Il est rare que je dise cela, mais je crois que les personnages du films sont mieux développés que ceux du livre grâce aux judicieux ajouts de Henry Selick (réalisateur et scénariste). Pour dire les choses autrement, le film rend honneur au livre de Neil Gaiman.

Voici la bande annonce de Coraline.

Coraline en extraits

“Coraline alla à la fenêtre et regarda tomber la pluie. Quand il pleuvait un peu, on pouvait encore sortir mais quand il pleuvait comme ça, pas question de mettre le nez dehors. Ça se précipitait depuis le ciel en projetant des éclaboussures là où ça tombait. C’était du sérieux, comme si la pluie avait une mission à remplir et que cette mission consistait à transformer le jardin en une vaste soupe boueuse.” (p. 12)

   “«S’il te plaît… Comment t’appelles-tu? Moi, c’est Coraline.»
Le chat bâilla sans se presser, voire avec application, en dévoilant une bouche et une langue extraordinairement roses. «Un chat n’a pas de nom répondit-il enfin.
— Ah bon?
   — Non. C’est bon pour vous autres, les noms. Parce que vous ne savez pas qui vous êtes. Mais nous, nous le savons; alors nous n’en avons pas besoin.»
Coraline trouvait ce chat d’un égocentrisme énervant. À l’entendre, il était le seul être au monde qui ait de l’importance.” (p. 39)

   “«Ah, c’est toi, dit-elle au chat noir.
   — Tu vois? fit-il en retour. Tu n’as pas eu tant de mal que ça à me reconnaître, même si je ne porte pas de nom.
   — D’accord, mais comment ferais-je si je voulais t’appeler?»
Il fronça le nez et se débrouilla pour avoir l’air peu impressionné. «Appeler les chats, c’est très surfait. Autant appeler une tornade.
   — Oui, mais si c’était l’heure de dîner, par exemple? Tu n’aurais pas envie qu’on t’appelle?
   — Si, naturellement. Mais il suffirait de crier “À table!” Tu vois, on n’a vraiment pas besoin de noms.” (p. 64)

“Le lendemain matin, le soleil déjà haut réveilla Coraline en dardant ses rayons en plein sur son visage.
L’espace d’un instant, elle se sentit complètement désorientée. Elle ne savait plus où elle était; elle n’était même pas tout à fait sûre de savoir
qui est était. Il est étonnant de constater à quel point notre personnalité dépend du lit dans lequel nous nous réveillons le matin. Étonnant, aussi, comme cette personnalité peut être fragile.
Parfois, Coraline oubliait qui elle était quand elle rêvait qu’elle explorait l’Arctique, la forêt amazonienne ou le coeur de l’Afrique; alors il fallait lui taper sur l’épaule en l’appelant par son nom pour qu’elle franchisse d’un bond un million de kilomètres et revienne en sursaut dans la réalité. En un quart de seconde elle devait se remémorer qui elle était et comment elle s’appelait, et constater qu’elle était là et pas ailleurs.
À présent, elle avait le visage au soleil et elle était Coraline Jones. Oui, c’était bien ça. Et la chambre verte et rose, ainsi que le bruissement du grand papillon en crépon peint qui voletait au plafond, vinrent lui rappeler en quel lieu elle venait de se réveiller.” (p. 67)

GAIMAN, Neil. Coraline, Albin Michel, 2003, 160 p.