ASL: des jeux de mots et de signes

C’est après une journée bien remplie que j’ai assisté à ce quatrième cours de langue des signes américaine. Fatiguée, mon cerveau a commencé à s’emmêler au milieu de la soirée et je me suis soudain exprimée en français à haute voix: une belle phrase en langue étrangère à l’assistance dans le silence ambiant. Sur le coup, je savais que quelque chose clochait, mais il m’a fallu un certain nombre de secondes avant de comprendre que je m’étais trompée de langue. Anglais. ASL. J’avais la switch du langage pas mal slack, comme on pourrait le dire en bon québécois anglicisé.

Des jeux de société pour apprendre à signer

Nous avons commencé le cours par une séance de jeux de société. L’enseignante nous a proposé quelques jeux spécialement conçus pour pratiquer la langue des signes, mais de nombreux jeux traditionnels peuvent servir. Uno permet par exemple de pratiquer les nombres et les couleurs. Guess Who demande de son côté d’employer le vocabulaire pour décrire une personne. Pige dans le lac (Go Fish) permet de pratiquer les questions, les nombres, etc. En résumé, tous les prétextes sont bons pour s’amuser et pratiquer en même temps.

Il y avait un bingo ASL auquel nous n’avons pas joué, mais il y avait aussi ce jeu, The Americain Sign Language Handshape Game Cards, que j’ai trouvé plutôt chouette, même si j’en ignore les règlements (nous avons joué sans, s’il y en a). Nous nous sommes simplement amusés en groupe à faire tous les signes que nous connaissions formés à partir de la handshape (posture manuelle) proposée par la carte que l’enseignante nous montrait. Ça nous a permis de ramener plusieurs signes à notre mémoire, mais aussi de faire des liens entre les signes utilisant la même handshape.

The americain sign language handshape game cards ASL game

The enchanting music of sign language, par Christine Sun Kim

Ce jeu et ce genre de liens ont rappelé à l’enseignante ce TED Talk dans lequel Christine Sun Kim, Sourde native s’intéressant à la musicalité des signes (vous avez bien lu!), montre comment les ressemblances visuelles entre certains signes peuvent être agencées pour former poésie, ou plutôt musique. C’est une vidéo que j’avais déjà découverte au printemps, mais comme j’étais en voiture, je l’avais plus écoutée que regardée, ce qui est pas mal ironique étant donné son sujet, je sais. Nous en avons regardé un extrait de deux ou trois minutes en classe, car l’enseignante voulait nous montrer le passage où Christine Sun Kim montre les différents sens qu’on peut tirer du signe REGARDER.

C’est fascinant. J’ai donc pris le temps de réécouter la conférence en entier aujourd’hui et je vous la conseille. Je vous avertis cependant, la conférencière signe très vite! Bien sûr, on peut se fier à la voix de son interprète pour comprendre (et aux sous-titres, car j’ai intégré une version sous-titrée).


Intéressant, n’est-ce pas? Que pensez-vous de sa conception du son et du silence?

ASL: Des questions et des dictionnaires

Le mardi 2 octobre 2018 a eu lieu mon troisième cours de ASL 101. Révision du vocabulaire déjà appris puis apprentissage de nouveaux signes: jour, semaine, mois, année, janvier, février, etc., noms de langues (français, anglais, espagnol, ASL), do, don’t, can, can’t, still, etc., high school, collège, université, enseigner, apprendre, enseignant, étudiant, etc.

On commence à avoir juste assez de vocabulaire pour faire des phrases simples. On pratique donc des minidialogues sous forme d’entrevue.

Questionner en ASL

Les questions en oui ou en non sont la première étape. De la même façon qu’en français ou en anglais la marque d’interrogation peut être suggérée par le seul recours à l’intonation (on la monte ou la descend), la langue des signes américaine recourt aux expressions faciales pour signifier la présence d’une question. En ASL, la grammaire est dans ta face. Pour les questions en oui ou en non, il suffit donc de terminer sa phrase par une face de questionnement, c’est-à-dire en ramenant les sourcils l’un vers l’autre.

Or, la langue des signes américaine a aussi son lot de mots questions, dont voici un aperçu en vidéo. Vous remarquerez qu’il existe parfois plus d’un signe pour un même mot question. Il suffit d’opter pour le plus fréquent ou pour celui avec lequel on se sent le plus à l’aise, lorsque deux sont fréquents. C’est ce qui arrive lorsqu’une langue n’a pas de support écrit: elle évolue vite et les variantes sont plus nombreuses.

En ASL, le mot question (tout comme ton air interrogatif) va à la fin de la phrase. Je n’ai pas encore mémorisé tous les signes pour les petits mots pratiques comme do, don’t, must, can, can’t, etc. (ça fait beaucoup), mais je suis en mesure de formuler quelques idées. Par exemple, je suis capable de dire que je suis enseignante en français, que je parle l’anglais et que j’ai étudié à l’université. Pas de quoi se débrouiller dans une fête de Sourds, mais c’est un début.

Signing Savvy: dictionnaire ASL Web

Je l’ai déjà dit, à moins d’avoir un vrai talent en dessin, il est impossible de prendre en note les signes appris en classe. À défaut d’un carnet de notes ou d’une mémoire monumentale, on devra se reposer sur la pratique. Mais il existe aussi des dictionnaires. Comme il faut s’y attendre, les dictionnaires de langues des signes exigent le recours à des images ou à des vidéos. Je connais déjà et possède un dictionnaire de LSQ à l’usage de la famille: LSQ-Français pour l’enfant et sa famille. C’est un dictionnaire papier dans lequel photos et images permettent de représenter un nombre limité de signes. Il m’aide dans la rédaction de certaines scènes de mon roman pour la maitrise.

LSQ-Français pour l'enfant et sa famille surdité langue des signes québécoise dictionnaire

Pour l’ASL, notre enseignante nous a suggéré le dictionnaire en ligne Signing Savvy.  On y trouve une grande banque de signes sous forme de clips vidéos. Il est donc beaucoup plus facile de comprendre comment former les signes. Il suffit d’entrer un mot dans la barre de recherche pour accéder ensuite à l’une liste alphabétique dans lequel on retrouve le mot cherché et ses variantes possibles, s’il y a lieu. Le site comprend aussi un peu d’information sur l’actualité sourde et « The sign of the day ». Chaque jour, un signe est mis de l’avant. On peut observer le signe unique ou encore une phrase qui le contient.

Signing Savvy ASL dictionary americain sign language

En téléchargeant l’application Signing Savvy sur son téléphone, on peut accéder gratuitement au signe du jour, mais pas au contenu du dictionnaire. Il faut pour cela un abonnement que le site n’exige pas.

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Ça pique votre curiosité? Faites-moi part de vos découvertes dans les commentaires.

Épellation en ASL: « nice to meet you »

Dans de nombreux pays, la dernière semaine de septembre est l’occasion de célébrer les Sourds et leurs langues des signes. Pendant longtemps, chaque pays choisissait de souligner cette communauté le jour qui lui convenait le mieux.  Cependant, il a été décrété par l’ONU qu’à compter de 2018, le 23 septembre serait la Journée internationale des langues des signes. Dimanche dernier a donc eu lieu cette toute première journée officielle. C’est ce que j’ai appris par l’entremise des médias sociaux, car le sujet n’a pas été abordé lors du cours de langue des signes américaine qui a suivi cette date.

J’ai suivi ce deuxième cours en n’ayant pas fait les devoirs, à mon grand désarroi. J’ai fait les lectures le premier soir, puis j’ai oublié de faire les exercices. Enfin, je m’en suis remise. Ça me fera juste plus de travail à faire en attendant le prochain cours. J’avais tout même étudié mon alphabet et mes nombres, alors ça allait. Car ce deuxième cours nous a demandé d’épeler beaucoup.

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Des jeux d’épellation

La première chose que nous avons faite a été de nous présenter à chacun en répétant un minidialogue en ASL. L’avantage des langues des signes, c’est qu’elles permettent de communiquer dans une foule sans faire de bruit ou devoir se déplacer. Nous pouvions donc rester chacun à une extrémité de la table et tous faire l’exercice en même temps sans nous nuire. Il nous fallait donc signer: « HI! MY* + NAME + épeler nom. YOUR + NAME + WHAT ». Notre interlocuteur devait ensuite nous répondre: « MY + NAME + épeler nom » et l’un de nous devait conclure par « NICE + MEET + YOU ». Très répétitif, mais nécessaire puisque l’épellation des mots et leur reconnaissance est plus exigeante qu’elle n’en a l’air.

*J’utilise les majuscules pour distinguer les signes des mots. C’est une façon de faire que j’ai rencontrée au cours de mes lectures sur la surdité et les langues des signes, et elle me semble efficace.

Vous remarquerez qu’il n’y a pas de déterminants ou de prépositions en langue des signes américaine (en québécoise non plus, d’ailleurs). Il n’y a pas de différence non plus entre YOU et YOUR ou entre I et MY.

Who is this?

Une sorte de jeu de Guess Who nous a plus tard permis de pratiquer encore l’épellation en plus de la description. Lors de ce jeu, nous devions épeler le nom d’une personne de la classe et demander à notre interlocuteur qui elle était. Notre interlocuteur se lançait alors dans une description physique de la personne. L’exercice a donc demandé d’intégrer beaucoup de nouveau vocabulaire (vêtements, couleurs, caractéristiques du visage et accessoires).

Nous avons par ailleurs appris les nombres de 11 à 15 et les animaux de compagnie.

Le jeu du téléphone ASL

Ce qui m’a le plus amusée a sans le moindre doute été le moment où on est sorti de classe pour jouer au jeu du téléphone en ASL. Le groupe a été divisé en deux rangs. Tout le monde regardait derrière sauf les deux premiers de chaque rang, qui faisaient face à l’enseignante. Cette dernière signait quelque chose à ces deux personnes en s’assurant que chacune avait bien compris. Ensuite, ces personnes tapaient sur l’épaule de la personne à leur suite pour qu’elle se retourne et reçoive le message en ASL. L’enseignante, qui avait un plaisir fou à nous voir transformer le message malgré nous, n’hésitait pas à pimenter le tout en ajoutant des signes nouveaux pour nous piéger. Le téléphone est un jeu simple, mais stimulant pour l’apprentissage d’une langue seconde, en particulier d’une langue de signes.

En bref, apprendre l’ASL est beaucoup plus difficile que je l’aurais cru. Le niveau de difficulté est augmenté par le fait qu’il est impossible de « noter » les signes puisqu’il n’existe aucun code écrit pour cette langue. C’est cependant extrêmement intéressant et je m’amuse beaucoup dans cet apprentissage.

Jessica Flores, humoriste sourde

L’enseignante nous a fait découvrir cette humoriste. Ses clips sont disponibles sur YouTube. Elle utilise l’humour pour mieux faire connaitre la réalité sourde aux entendants.

Alphabet en ASL: apprendre à signer

Ce mardi 18 septembre, je me suis rendue dans les locaux de la Société canadienne de l’ouïe (Canadian Hearing Society) à Belleville afin d’assister à mon tout premier cours de langue des signes américaine, ASL 101. J’étais étrangement nerveuse en allant m’installer dans mon anglais langue seconde encore imparfait pour débuter l’apprentissage de cette langue entièrement visuelle. Les instructions du cours, reçues par courriel à la suite de l’inscription, étaient bien claires: par respect pour les apprenants et pour l’enseignante, qui est Sourde*, il est demandé de ranger sa voix le temps du cours. Cette « no voice policy » permet de s’immerger dans la culture sourde et de progresser plus rapidement dans l’apprentissage de la langue.

*On parle des Sourds et des Sourdes qui s’identifient comme appartenant à la communauté linguistique sourde (peu importe la langue de signes employée) en utilisant un S majuscule. On reconnait ainsi leur appartenance à la culture sourde, tout comme la majuscule au nom Canadiens fait référence aux individus appartenant à la nation. La règle de la majuscule et de la minuscule pour différencier le nom de l’adjectif s’applique donc.

Nous étions neuf personnes motivées à attendre le début du cours. Certaines s’y sont inscrites, comme moi, pour des projets personnels liés aux arts (chanson et littérature), d’autres pour faciliter leurs relations avec un collègue sourd ou un membre de la famille, ou encore pour mieux servir la clientèle en enseignement ou en pharmacie. Tous nous avons en commun un intérêt marqué pour cette langue si différente de celles qu’on apprend d’ordinaire.

L’alphabet en ASL

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Pour ce premier cours d’initiation à la langue des signes américaine, l’enseignante a utilisé sa voix, car bien qu’elle se sente plus à l’aise en ASL, elle sait oraliser. On nous a remis nos cahiers avec DVD, qui nous permettront de nous exercer entre les cours, puis nous avons appris l’alphabet en ASL. Au-delà des 26 signes à mémoriser pour représenter les lettres (et leur inscription dans la mémoire musculaire de la main pour parvenir à les former rapidement), l’efficacité à épeler en signe en situation de communication repose aussi sur la capacité des locuteurs à reconnaitre les signes ET à obtenir une représentation mentale du mot qui est en train de s’épeler. Même à l’oral, lorsqu’une personne épèle vite, il peut être difficile de « lire » le mot. Il est donc recommandé de s’attarder à la première et à la dernière lettre du mot pour déduire à partir du contexte lorsqu’on perd le fil (les Sourds sont des marathoniens de l’épellation). Nous avons donc appris à nous présenter à partir des signes JE + NOM + épellation. Avouons-le, j’ai eu beaucoup de difficulté à comprendre le nom des gens sur leurs mains, car je n’avais pas encore mémorisé tous les signes de l’alphabet.

Pour les curieux, voici une vidéo que j’ai trouvée en ligne. La personne montre comment épeler l’alphabet en ASL. Elle ne parle pas, il faut donc activer les sous-titres pour avoir la traduction.

Nous avons ensuite appris les chiffres de 1 à 10, puis quelques mots tels que « forme », « pareil », « différent », « lettres », « chiffres », « ralentir »… Ce premier cours, plus bref que ceux qui suivront, s’est terminé par un jeu-questionnaire sur la culture sourde. Comme les réponses étaient à choix multiple, notre nouvelle connaissance de l’alphabet en ASL nous a permis de partager nos réponses.

ASL, en chanson

Pour conclure, l’enseignante nous a recommandé de chercher « Thinking Out Loud ASL » dans Google pour en découvrir l’interprétation en langue des signes, qu’elle trouve magnifique. Il y en a plusieurs. En voici une.

Vous verrez, si vous faites une recherche, qu’on retrouve différentes interprétations de la chanson en signes. Toutes ne sont pas en ASL. Parmi celles qui le sont, aucune n’est identique, car il y a des différences dans les façons de signer tout comme il existe différents accents dans une langue orale.

Enfin, j’ai eu beaucoup de plaisir à assister à ce cours. La semaine prochaine, des jeux de communication sont prévus pour stimuler les échanges signés et le recours à la voix sera interdit. Ça s’annonce plutôt intéressant…

MISE À JOUR (20 septembre 2018): Si vous souhaitez en apprendre plus sur l’histoire des Sourds et des langues des signes, je vous invite à découvrir l’ouvrage Des yeux pour entendre d’Oliver Sacks.