Pierre, Hélène & Michael – Cap Enragé

J’ai découvert Herménégilde Chiasson pour la première fois lorsque je suis allée aux Correspondances d’Eastman en 2015. Plus tard, j’ai eu la chance d’assister à un atelier d’écriture qu’il a animé à Québec, mais je n’avais rien lu de lui avant cette année. Le premier texte de sa plume que j’ai découvert est publié dans Sur les traces de Champlain, et m’a laissée un peu dubitative. Il y présente une entrevue fictive avec Samuel de Champlain en jouant sur les anachronismes. C’est intéressant, mais cela ne m’a pas autant charmée que les deux pièces de théâtre dont je viens de faire la lecture: Pierre, Hélène & Michael et Cap Enragé.

Pierre Hélène et Michael Cap Enragé Herménégilde Chiasson Prise de parole Théâtre jeunesse

Ces deux pièces de théâtre écrites pour la jeunesse ne font pas l’éloge de la facilité, autant par leurs thèmes que par leur niveau littéraire. Et c’est ce qui m’a tout de suite plu: sentir le rythme serré dans l’écriture et toute la pensée sous-jacente. Ce sont des pièces brèves, mais complexes sur le plan des émotions. Les personnages sont peu nombreux (trois dans chaque texte), mais bien développés. Le lecteur (ou le spectateur) a accès à leurs pensées profondes, dans toutes leur sensibilité ou leurs contradictions.

Pierre, Hélène & Michael, par exemple, tourne autour du personnage central d’Hélène. La jeune femme est aux études et fréquente Pierre depuis ce qui lui semble toujours. Sa vie parait toute tracée d’avance par ce dernier: ils vont terminer leurs études, se marier et avoir des enfants. Née dans les Maritimes, prisonnière des Maritimes. Voilà ce qui semble attendre Hélène dont la soif de découverte commence à ébranler tous ces beaux projets. Un jour, elle croise Michael, un anglophone de Toronto nouvellement arrivé en ville. En moins de cinq minutes, elle tombe sous le charme, et la pièce nous fera découvrir de quelle façon cet amour aura un impact sur sa quête identitaire. De son côté, Cap Enragé présente Patrice, un jeune issu d’une famille dysfonctionnelle, qui a appris qu’il ne peut se fier qu’à lui-même. Il se trouve au poste de police où il est interrogé par le caporal Victor Blanchard pour le meurtre supposé de son ami Martin. Avec Véronique, sa copine depuis deux ans, et Martin et Sophie, ils ont passé la soirée au Cap Enragé jusqu’à ce tous perdent Martin de vue et qu’il soit retrouvé mort au pied du précipice. Patrice clame son innocence, mais refuse de coopérer avec l’agent qui, à ses yeux, est déjà prêt à le condamner.

Les deux pièces ouvrent la porte au développement de sentiments profonds et recourent à divers moyens pour les mettre en lumière. Au-delà des dialogues entre les personnages, l’utilisation du téléphone permet d’introduire, de loin, de nouveaux personnages qui ouvrent une fenêtre sur l’intimité de Michael ou de Patrice, par exemple. Dans Pierre, Hélène & Michael, on accède aussi aux pensées de la jeune femme par le biais d’un journal intime enregistré sur iPhone. Ce procédé est utile au développement du personnage et ajoute par ailleurs du réalisme à un récit que l’on souhaite moderne et crédible aux yeux d’un public adolescent.

Les deux pièces abordent le thème de la quête identitaire à travers les relations interpersonnelles, autant amoureuses que familiales, et en cela elles touchent des thèmes universels qui plairont à différents publics. Les adolescents y trouveront, à mon avis, un intérêt particulier puisqu’ils sont, tout comme les personnages, à l’âge de la quête identitaire et des questions existentielles sur l’amour et sur l’avenir. C’est donc une excellente nouvelle que le livre ait été sélectionné par les éditions Prise de parole pour la création de fiches pédagogiques à l’intention des écoles. Ces fiches devraient paraitre au cours de l’année.

Entrevue avec Herménégilde Chiasson

Voici une entrevue que j’ai trouvée très intéressante. Elle permet de découvrir l’auteur et artiste sous différents aspects de son parcours.

Pierre, Hélène & Michael en extraits

« PIERRE
Tu dois être Anglais pour penser de même.

MICHAEL
Anglophone, les Anglais vivent en Angleterre.

PIERRE
Aimes-tu ça, être Anglais?

MICHAEL
Anglophone. Des fois.
Jouant son jeu.
Ça dépend avec qui on est. Quand il n’y a pas trop de Français alentour!!!

PIERRE
Francophone. Les Français vivent en France.

MICHAEL
Good point. Good point.

HÉLÈNE
Un à un. Après à peine une minute de jeu. » (p. 13)

 

CHIASSON, Herménégilde. Pierre, Hélène & Michael suivi de Cap Enragé, Prise de parole, Sudbury, 2012, 161 p.

À grandes gorgées de poussière

À grandes gorgées de poussière de Myriam Legault, paru en 2009, est le premier roman sur lequel je travaillerai dans le cadre d’un contrat en collaboration avec le Regroupement des éditeurs franco-canadiens et les éditions Prise de parole. Je rédige des fiches pédagogiques qui serviront à l’enseignement de la lecture dans les classes des écoles secondaires francophones canadiennes. Prise de parole est un éditeur qui est animé par un constant souci de susciter un travail intellectuel chez ses lecteurs, et après la découverte de Nipimanitu et celle de Lettres à mon ami américain (qui attend sagement que je plonge plus avant), j’ai pu constater que, bien que roman pour adolescents, À grandes gorgées de poussière ne fait pas exception à la rigueur qui anime la maison.

À grandes gorgées de poussière Myriam Legault Prise de parole

Martine est née au village. Elle y habite depuis toujours, n’a jamais connu la grande ville. Elle connait le pouls des lacs et des rivières comme elle connait l’ennui, qu’elle chasse en compagnie de son ami Antoine. Contrairement à elle, celui-ci aime le rythme lent de la campagne. Il ne ressent pas sa curiosité pour la métropole ni sa soif d’ailleurs. Un été, Nadine la citadine débarque au village avec sa mère. Les deux sont animées d’un grand esprit de liberté et ne ressemblent à personne. Nadine et Martine deviennent immédiatement amies, transformant en trio le duo Martine et Antoine.  La narratrice s’inquiète: et si le courant passait trop entre ce dernier et la nouvelle venue? Aurait-elle encore une place?

Ce qui frappe d’emblée dans À grandes gorgées de poussière, c’est le style. Myriam Legault a choisi de s’adresser à un public adolescent sans pour autant lui rendre la tâche « facile ».  L’auteure semble avoir fait confiance à l’intelligence des jeunes et à leur capacité à déchiffrer un texte. Elle ne présente pas un ouvrage réduit à la formule platonique sujet-verbe-complément qu’on rencontre parfois (ou trop souvent) lorsqu’on veut rendre un livre « accessible ». L’accessibilité ne devrait jamais être issue d’une perte de qualité. Un style nourri – et c’est mon opinion – peut créer des images qui facilitent la compréhension. Puis, la lecture s’apprend. Décoder les images s’apprend. Et c’est avec des romans comme À grandes gorgées de poussière qu’on peut faire ce genre d’apprentissage. Qu’il soit parsemé de figures de style ne saurait être un obstacle, mais un tremplin.

Les livres qui ne font pas l’économie du style ou de la complexité ont le potentiel de plaire pour des raisons qui dépassent la force de l’intrigue. À grandes gorgées de poussière a cette qualité qu’il présente différents niveaux d’intérêt. Il pourra en ce sens plaire à des publics variés, autant adultes que jeunes. Le thème est simple: une adolescente se cherche dans le regard de ses amis et dans le désir d’un ailleurs géographique. Toutefois, en 157 pages, le roman parvient à mettre en scène des personnages complexes et nuancés dont les émotions forment un propos cohérent. Le récit ne suit pas non plus des chemins tracés d’avance et montre que, pour se choisir, il faut faire certains deuils.

L’écriture est ce qui m’a le plus plu. L’auteure joue sur les mots à travers la parole donnée à la narratrice de cette histoire à la première personne. Elle allie les sonorités, les images et les significations d’une façon pleine et assumée qui va jusqu’à l’utilisation occasionnelle d’un métalangage, c’est-à-dire ici d’un discours sur la langue elle-même:

« Je devrais faire ci, je devrais faire ça, je devrais regarder Nadine moins souvent, je devrais quitter le village une fois pour toutes… Le verbe devoir est énervant. Il montre du doigt et condamne, mais il n’aboutit à rien. C’est le cul-de-sac de la langue. » (p. 23-24)

Ce genre de propos rend conscient le jeu sur la langue pour le lecteur inattentif ou inexpérimenté (du moins je présume qu’il peut mener à une forme d’éveil langagier). Il met la langue en relief et peut, je crois, mener les jeunes lecteurs à remarquer le travail qui est fait sur cette langue ailleurs dans le roman.

Avec À grandes gorgées de poussière, Myriam Legault signe une oeuvre à la fois simple et complexe. Une lecture légère qui saura plaire à plusieurs.

À grandes gorgées de poussière en extraits:

« Décidément, j’ai un penchant pour la digression. C’est que j’aime rêvasser. Si on me demandait de faire un autoportrait, je me peindrais avec un doigt sur la tempe, les yeux rivés sur quelque chose à l’extérieur du cadre, perdue dans un rêve. Qu’est-ce qui se trouve en dehors du cadre? Tout et rien. »
   Nadine a dardé sur moi son regard caramel, et j’ai vu la lune reflétée dans le noir de chaque œil. (p. 35)

« Nadine avance d’un pas hésitant et pousse un soupir en sautant sur le roc. Puis, elle me regarde en souriant. La terre ferme lui a redonné sa dignité. Elle est passée du soupir au sourire; elle était sous le pire, elle est maintenant sous le rire. Elle se plante les mains sur les hanches, parcourt les environs du regard […] » (p. 72)

LEGAULT, Myriam. À grandes gorgées de poussière, Prise de parole, Sudbury, 2009, 157 p.

Guerres

C’est la curiosité qui m’a poussée à lire Guerres de Charlotte Gingras. En tant que conjointe de militaire, je me demandais quel traitement l’auteure jeunesse avait fait du thème de la cellule familiale en période de déploiement.

Ce roman pour adolescents débute alors que Nathan, le père de famille, s’apprête à s’envoler pour l’Afghanistan. Son entourage se prépare difficilement à vivre cet éloignement de six mois, surtout que Nathan est patrouilleur dans l’infanterie et s’en va en zone de guerre. Sa femme, Karine, est en colère contre lui, alors que ses enfants apprennent à gérer les émotions que ce départ fait naitre chez eux et qu’ils ne sauraient pas toujours nommer. À 15 ans, Laurence se voit forcée de prendre les rênes de la famille. C’est elle qui s’occupe de Luka, 9 ans, et de Mathilde, un an, car dès le départ de son mari, leur mère devient l’ombre d’elle-même. Distante, celle-ci fournit le garde-manger sans offrir de support moral ou d’amour à ses enfants.

Guerres Charlotte Gingras littérature jeunesse la courte échelle

Le titre Guerres fait donc référence autant à la guerre qui se déroule au Moyen-Orient qu’à celle qui éclate sourdement au sein de cette famille. Le livre est court (152 pages) et la narration est partagée par Luka et Laurence, en alternance. Seule la grosseur des caractères permet de constater le changement de narrateur, ce qui demande un œil avisé: pas évident pour les jeunes qui éprouvent des difficultés en lecture. La voix de Laurence, plus personnelle et plus mature, est celle que l’auteure a le plus développée et qui permet le mieux de suivre le fil des évènements.

Bien que le livre se lise facilement et qu’il ne soit pas désagréable en soi, il m’a laissée avec des sentiments mitigés. D’abord, le point de vue choisi m’a semblé restreint. Il va de soi que, lorsqu’on raconte une histoire du point de vue d’un narrateur participant, on doit s’en tenir à sa vision du monde. Toutefois, la lecture de Guerres parait orientée dans une direction unique: montrer que l’armée détruit des familles. Quand Nathan part à la guerre, tout s’écroule. Sa conjointe cesse d’être une mère pour ses enfants. Ceux-ci sont en colère, abandonnés et doivent grandir plus tôt que prévu. De son côté, Karine décrie le tort que l’armée lui a fait en la forçant à déménager d’une base à l’autre. L’armée est contre ses valeurs. Par ailleurs, des amis de la famille vivront un deuil difficile en raison de cette même mission à laquelle participe Nathan.

Certes, il est possible qu’une famille vive les choses ainsi et, en ce sens, le livre de Charlotte Gingras peut être réaliste. Pourtant, il m’a emmenée bien loin de la réalité que je connais. J’habite une base militaire, je vis avec un militaire, je côtoie des militaires, je reste seule à la maison lorsque mon conjoint part en déploiement. Si j’ai la chance qu’il ne fasse pas un métier d’infanterie, et donc de ne pas trop m’inquiéter lorsqu’il part à l’extérieur, j’ai une bonne idée des émotions et des conflits que ces séparations font naitre. Ça demande des ajustements de couple à répétition, autant pendant le départ qu’au retour. L’armée, c’est un mode de vie qu’on choisit en même temps que son conjoint. C’est cliché, mais c’est ainsi. Et il y a plein de ressources pour les familles de militaires. Personne n’est laissé seul. Il y a des ateliers pour les enfants dont un parent est en déploiement, des sorties pour les conjoints… Pour l’instant, je n’ai pas d’enfants et je ne participe pas non plus à ces activités, mais elles sont là. Alors, lire entre les lignes que la famille entière est victime de l’armée… Ça m’a agacée. Si la famille s’écroule, c’est que Karine et Nathan auraient dû se séparer bien avant. C’est que le déploiement survient alors que la famille est fragile. Et on le comprend dans le livre, mais… je ne sais pas, il y traine quelque chose de moralisateur, ou de pas suffisamment nuancé.

C’est probablement ce qui m’a le plus agacée, le manque d’espace pour les nuances, mais j’ai aussi accroché sur une ou deux invraisemblances. Par exemple, parlant d’un jeune qui veut s’enrôler, Luka dit:

J’aimerais ça partir avec Jonathan, retrouver papa. Mais il ne part pas tout de suite en mission. Son entraînement va durer une année. Ensuite, il ne sera qu’un simple soldat qui obéit aux ordres de ses supérieurs. Plus tard, si tout va bien, il deviendra caporal. Il donnera des ordres à son tour. (Luka, p. 102)

Un caporal ne donne pas d’ordres. Seul un caporal-chef le peut. Il me semble que, tant qu’à plonger dans un sujet aussi vaste, l’auteure aurait pu mieux l’approfondir. On aurait apprécié qu’elle nous fasse mieux connaitre ce milieu si différent de celui des civils. Malheureusement, le récit est circonscrit dans la limite des sentiments des jeunes personnages, ce qui est intéressant en soi. Or, il aurait gagné à présenter un point de vue plus large. Ainsi, je n’aurais peut-être pas senti qu’on pensait pour moi.

J’ai malgré tout apprécié que la jeune Laurence porte un regard neuf sur sa mère en fin de livre. L’ouverture était bienvenue. Cependant, un cliché sur « la colère des femmes » m’a fait décrocher. Ne pourrait-on pas éviter les lieux communs trop faciles?

Moi qui avais peur de lui ressembler, qui l’avais bannie de notre clan, j’en suis venue à penser que pendant ton absence, sans le savoir, nous ressentions une colère semblable. Cette vieille colère rentrée des femmes envers leur mari, leur père, leur frère, leur fils guerrier, qui les abandonnent pour se jeter dans l’aventure de la guerre. (Laurence, p. 150)

En bref, Guerres n’est ni un mauvais roman ni une grande lecture. Il se lit bien, présente des personnages qui se veulent bien campés, et le fait avec sensibilité. Or, le point de vue, restreint, limite les apprentissages qu’on peut y faire. Il ne permet pas de connaitre la vie des familles de militaires. Il montre simplement comment les choses peuvent mal tourner pour certaines d’entre elles.

GINGRAS, Charlotte. Guerres, Éditions La courte échelle, Montréal, 2011, 152 p.

Nos étoiles contraires

En cette fin d’année scolaire, j’ai décidé de conclure mon cinéclub (eh oui, nouvelle orthographe) par le très populaire film Nos étoiles contraires issu du tout autant populaire livre éponyme de l’auteur John Green. Comme c’est une lecture rapide et légère, j’ai décidé de la traverser en entier. Oui, j’ai pleuré. Mais bon, ça n’a rien de bien surprenant venant de moi. Mais j’ai ri aussi, aux éclats, toute seule dans mon salon alors que mon amoureux était parti pour un périple nordique.

Nos étoiles contraires John Green

Hazel Grace Lancaster a le cancer et va mourir. Elle le sait depuis longtemps, et c’est d’ailleurs surprenant qu’elle soit encore en vie. Comme son médecin lui diagnostique une dépression, sa mère la force à se rendre à un groupe de soutien pour adolescents cancéreux. C’est là qu’elle rencontre d’Augustus Waters, bellâtre en rémission qui défie la vie une cigarette éteinte au coin de la bouche: il porte à ses lèvres ce qui peut le tuer tout en faisant le choix de ne pas lui donner ce pouvoir en ne l’allumant pas. Le film comme le livre donnent ainsi une belle occasion de travailler la métaphore, tout comme l’ironie, d’ailleurs, puisque les deux adolescents en font un usage assez réjouissant. C’est ce qui fait, à mon avis, tout l’intérêt de Nos étoiles contraires: on en appelle à l’intelligence et à la culture des ados, misant sur la qualité littéraire en plus de la trame narrative. Les personnages sont vrais et bien développés. On apprend des petites choses sur le cancer et ses clichés, les relations familiales et amoureuses, la façon de lire un livre… Il s’y trouve une belle mise en abyme d’un roman (purement inventé par l’auteur, John Green) qui permet à la fois de développer le thème de la maladie et celui de la littérature. On y déniche aussi quelques belles pensées.

“On a regardé la maison. Le truc bizarre avec les maisons, c’est qu’on a l’impression que rien ne se passe à l’intérieur, alors qu’elles renferment plus ou moins toute notre vie. Je me suis demandé si ce n’était pas à ça que servait l’architecture, en fait.” (p. 150)

Nos étoiles contraires au cinéma

L’adaptation de Nos étoiles contraires est réussie et les différences avec le livre, minimes. Elles servent le film, au besoin. C’est un visionnement qui a été très apprécié des quelques participants et qui a suscité d’intéressantes discussions. De mon côté, j’ai aimé, mais la traduction française m’a dérangée. Vers la fin, on se retenait tous pour ne pas pleurer en classe, assez drôle quand on y repense avec le recul.

GREEN, John. Nos étoiles contraires, Nathan, 2012

La trilogie des gemmes

La trilogie des gemmes, dont le premier tome est Rouge Rubis, est une série jeunesse écrite par l’auteure allemande Kerstin Gier. Elle a pour narratrice le personnage de Gwendolyn Shepherd qui vit dans l’ombre de sa cousine Charlotte depuis sa prime enfance, Charlotte étant son ainée d’un jour seulement. Si Gwendolyn est une jeune fille normale, il n’en est rien de Charlotte, qui a hérité du gène du voyage dans le temps, un secret bien gardé par la famille. À seize ans, elle est sur le point de subir son premier voyage. Tout le monde la surveille, car les premiers voyages surviennent de façon subite et incontrôlée. Sauf que, contre toute attente, c’est Gwendolyn qui, un beau jour, se retrouve soudainement à une autre époque.

Rouge Rubis Kerstin Gier

C’est le genre de livre que j’aime bien comparer au junk food parce que, bien que ce ne soit pas de la grande qualité littéraire, on ne peut s’empêcher de le consommer jusqu’à la fin. L’histoire est très originale, et c’est ce qui m’a accrochée, mais le livre a eu, pour moi, quelques irritants. Que son public cible soit les adolescentes n’est pas un problème en soi. Toutefois, on sent tout au long qu’on s’adresse à des ados dans un langage d’ados (traduit en France, donc doublement agaçant pour la québécoise que je suis [je n’ai rien contre les Français, seulement leur vocabulaire adolescent renforce à mes oreilles le décalage]). Beaucoup de clichés adolescents, aussi, et de digressions sur des sujets banals. Il y a plein de thèmes importants à l’adolescence, mais on a préféré s’en tenir aux lieux communs. Enfin, il me semble que c’était souvent superflu. Il m’a fallu traverser les deux premiers tomes en entier avant que je comprenne que ce qui, plus que tout élément, m’empêchait de voir en les personnages autre chose que des clichés, c’est qu’ils ont été esquissés à grands traits (de caractères): peu de psychologie. C’est dommage, l’histoire aurait pu gagner beaucoup en profondeur.

N’empêche, j’ai lu toute la série en moins d’une semaine. C’est donc dire qu’elle fonctionne malgré tout.

Et puis, ce n’est pas pire que de regarder la télé… ; )

Rouge Rubis au Cinéma

Les livres ont été adaptés au cinéma, mais je n’ai pas vu les films. Je joins ici la bande-annonce du premier, Rouge Rubis.

Divergence, la trilogie

Un peu déçue par la trilogie L’épreuve, qui ne m’a pas donné la relaxation que j’espérais, je suis passée au prochain titre prévu pour le cinéclub, Divergence. Un autre pas dans la littérature et le cinéma d’anticipation. J’y ai mieux trouvé mon compte. Peut-être simplement parce que l’univers est un peu plus féminin. Qui sait comment opère la littérature populaire sur mon cerveau bon public? J’ai lu les deux premiers volumes de la trilogie, et j’aurais poursuivi avec le troisième si je l’avais eu en main. Je n’en ressens pas l’urgence, mais peut-être le lirai-je un jour où j’aurai envie de quelque chose de léger…

Divergence Veronica Roth

L’univers de Divergence est divisé en castes. Beatrice Prior est issue de parents Altruistes. Bientôt, elle passera le test et devra choisir la faction qui deviendra sa famille pour le reste de sa vie. Restera-t-elle chez les Altruistes? Sera-t-elle plutôt une Érudite, une Sincère, une Audacieuse ou une Fraternelle? Quelle est sa vraie personnalité? Divergente.

Comment fera-t-elle son chemin dans cette société où le pire cauchemar qu’on puisse avoir est de devenir sans-faction?

ROTH, Veronica. Divergence, ADA, 2014

ROTH, Veronica. Insurgés, ADA, 2015

Divergence au Cinéma

J’ai découvert le film Divergente (eh oui, on passe du nom à l’adjectif pour le film) en même temps que les élèves et j’ai trouvé l’adaptation réussie. Elle suit bien les grandes lignes du livre et est efficace. Les élèves ont d’ailleurs beaucoup apprécié, s’exclamant en chœur à quelques occasions.

L’épreuve, la trilogie (Le labyrinthe, La terre brûlée et Le remède mortel)

En septembre, j’avais envie de plonger dans une série populaire. J’ai donc entrepris de lire la trilogie L’épreuve de James Dashner, que j’avais commandée pour le cinéclub du centre, sachant que le film avait connu un bon succès. J’ai lu rapidement le premier tome, Le labyrinthe, puis j’ai abandonné le deuxième volume à mi-chemin, n’ayant pas envie de baigner dans cet univers post-apocalyptique. Ceci dit, ce n’est pas mauvais.

L'épreuve Trilogie James Dashner Le labyrinthe livre

Thomas arrive au Bloc seul dans une boite métallique. Amnésique, il ne se rappelle que son nom. Sur place, une bande de garçons, tous aussi jeunes que lui, l’accueillent et lui font découvrir, un à un, les dangers de sa nouvelle vie. Personne ne sait pourquoi on les a envoyés là, la mémoire effacée. Le Bloc est entouré d’un immense labyrinthe aux murs de pierre qui se referment à la nuit tombée. Il est envahi par des griffeurs, une créature mi-bête mi-robot, féroce, qui tue ou rend malade. À la recherche d’une sortie, un groupe de blocards nommés coureurs sillonnent le labyrinthe jour après jour depuis deux ans… en vain.

Le labyrinthe au Cinéma

Le film Le labyrinthe est très efficace, et les élèves l’ont beaucoup apprécié. De mon côté, je l’ai trouvé correct. Il comporte de nombreuses différences avec le livre, ce qui fait que la lecture de celui-ci reste certainement intéressante après le visionnement du film. Un élève vient de tenter l’expérience et a bien apprécié la comparaison.

Extrait

   “Puis Minho lui avait raconté l’un des rares souvenirs qui lui restaient de sa vie d’avant, à propos d’une femme enfermée dans un labyrinthe. Elle s’en était échappée en posant sa main droite sur un mur et en marchant sans jamais la retirer. Ainsi elle s’était obligée à tourner à droite à chaque intersection. En suivant les lois de la physique et de la géométrie, elle avait pu trouver la sortie. C’était logique.
Mais pas ici. Ici, tous les chemins ramenaient au Bloc. Un détail avait forcément dû leur échapper.” (p. 215)

DASHNER, James, Le labyrinthe, Pocket Jeunesse, 2012, 416 p.

Un phare dans le ciel

Un phare dans le ciel de Moka met en scène Baptiste, qui a dix-huit ans et habite le Sud-Ouest de la France. Il travaille pour la Charcuterie Principale, mais d’étudie pas. Il n’a pas fait son bac. Surtout, il est sourd. Une maladie, quand il était jeune enfant, on ne précise pas à quel âge, lui a fait perdre l’usage de ses oreilles. Il a bien un appareil, mais il ne sert à rien: il n’entend que quelques cliquetis. Pour communiquer, il lit sur les lèvres et utilise sa voix, même s’il ne parle pas comme tout le monde. C’est donc un oraliste. Sa mère, sans doute depuis qu’il est devenu sourd, est très distante, elle n’essaie plus d’entrer en relation. On suggère qu’elle se sent peut-être coupable.

Du jour au lendemain, en raison d’un concours de circonstances, on lui attribue la tâche de livreur à mobylette. Au cours d’une livraison, il fait la rencontre de Gabriel Nathan, 98 ans, astronome passionné et un peu misanthrope. L’homme lui apprend plein de choses et l’invite à revenir le voir pour observer la lune. Ensemble, ils conçoivent le projet de fabriquer un radiotélescope pour capter le son d’un pulsar et ainsi entendre les étoiles: car les étoiles émettent une sorte de clic clic que Baptiste pourra entendre avec son appareil. Il souhaite de tout son coeur écouter les étoiles lui parler. L’idée est très belle.

Moka Un phare dans le ciel

Le roman permet d’apprendre quelques petites choses sur l’astronomie et sur la surdité, mais renferme, à mon avis, quelques invraisemblances. D’abord, je sais, pour avoir lu Oliver Sacks, que les sourds qui choisissent l’oralisme doivent sacrifier de longues années à l’apprentissage de la lecture labiale et à l’orthophonie. Or, dans ce roman de Moka, on ne précise pas comment Baptiste a appris à si bien se débrouiller, car il est doué, il comprend presque tout, sans presque jamais se tromper, même les mots nouveaux et complexes, en autant qu’on articule. Sachant que la lecture labiale est difficile en raison de nombreux “homophones” (des homophènes), c’est plutôt surprenant. Prenons par exemple ces passages, dans lesquels M. Nathan utilise des mots non usuels, mais que Baptiste (qui dit savoir pourtant peu de choses) saisit instantanément:

“Ceci est une lunette, jeune homme! Un instrument réfracteur à lentilles achromatiques! Quarante centimètres d’ouverture et un tube de six mètres!” (p. 37)

“Dans une semaine… ajouta-t-il, je changerai l’orientation de la lunette. Et on observera les pléiades, Aldébaran, l’orange, et Régulus, la bleue!” (p. 51)

Pas très crédible, à mon avis. L’auteure y a sans doute songé, car quelques pages plus loin survient le seul problème de compréhension qu’il y aura dans toutes les discussions entre le jeune sourd et l’astronome (et ils sont toujours ensemble):

“Baptiste avait beaucoup de mal à saisir tous ces mots inconnus qu’il devait lire sur les lèvres.
—Ce gros truc en bronze, c’est le spectroscope.
—Baptiste quitta à regret l’héliomètre pour contempler « le gros truc en bronze », fait de plateaux circulaires d’où sortaient des manettes et des leviers dans tous les sens.
—Le quoi? demanda Baptiste.
M. Nathan répéta le nom et tout à coup se souvint du handicap du jeune homme. Il prit un morceau de papier et écrivit:
planétarium, héliomètre, spectroscope.” (p. 52-53)

Bien qu’il demande à quelques reprises aux gens de bien articuler pour qu’il puisse comprendre, c’est, avec un court passage à la page 145 dans lequel il confond sourcier avec sorcier, les seuls moments où sa surdité nuit à sa compréhension. Vraiment le king de la lecture labiale…

Puis, ne sachant pas à quel âge il est devenu sourd, on ne peut pas savoir jusqu’à quel point il avait appris à parler avant (s’il l’avait appris) et, considérant le fait qu’il n’est pas très stimulé à la maison, il lui faudra donc avoir fréquenté une vraiment bonne école pour sourds oralistes pour avoir appris à si bien se débrouiller pour communiquer. Rien n’est mentionné à ce sujet, et ça m’a dérangée: invraisemblance ou importante ellipse?

*

Le style d’écriture d’Un phare dans le ciel est très simple et le ton permet d’entrée de jeu de se situer dans le registre de la littérature jeunesse, tout comme la façon dont sont traités les thèmes, c’est-à-dire de manière plutôt didactique (j’ai senti qu’on voulait m’apprendre des choses). C’est bien dans un sens, le thème de l’astronomie ainsi que celui de la surdité (même si certains éléments me laissent perplexe) sont très intéressants. Par contre, j’ai souvent trouvé qu’ils étaient traités avec peu de subtilité ou dans l’unique but de ploguer (c’est dans Antidote, bienvenue au Québec) une information sans qu’elle serve vraiment l’histoire. C’est dommage, car pourtant intéressant; il aurait été bien que ce soit mieux intégré. Par exemple, à la page 131, on mentionne qu’une personnage étant devenue sourde en cours de vie peut continuer d’entendre des sons (fantômes) tout comme une personne amputée d’un membre peut continuer à le sentir. C’est une information que j’avais déjà lue dans le livre de Sacks, mais elle n’amène ici ni émotion ni réelle intrigue.

Je disais donc que le style d’écriture très simple d’Un phare dans le ciel nous situe rapidement dans un contexte de littérature jeunesse. Pourtant, le personnage principal a dix-huit ans. J’en suis donc venue à me demander si ce style simple, trop “bébé” pour l’âge du personnage, ne pouvait pas servir à montrer le côté simple de Baptiste, qui se croit ignorant et peu intelligent, dont la pensée pourrait n’être pas développée à son plein potentiel, car laissé à lui-même à la maison (pourtant on dit qu’il pense beaucoup, et il comprend beaucoup)… En même temps, comme on a affaire à un narrateur omniscient, cette théorie n’est pas réellement plausible.

*

Un phare dans le ciel présente différentes façons dont un sourd pourrait “entendre”. D’abord, avec les étoiles mourantes dont le son peut être capté avec un radiotélescope; ensuite, avec la musique de l’orgue, dont certaines notes graves ne peuvent pas être perçues par l’oreille humaine, mais seulement par le corps (p. 115-118, 153); puis, avec le diapason qui, si on le tient entre les dents, vibre partout à l’intérieur de la boite crânienne (p. 117, 151). Vraiment intéressant.

Toutefois, à la page 152, on dit que Baptiste, pendant qu’il travaille physiquement, “écout[e] son cœur battre à l’intérieur de lui, plus lent, plus régulier qu’auparavant”. Le verbe “écouter” m’a semblé irréaliste et j’ai vérifié auprès de ma belle-sœur, sourde, (salutations) si elle peut entendre battre son coeur sans son appareil, par exemple comme lorsqu’il cogne à nos oreilles après un effort physique. Elle m’a répondu que non, mais qu’elle peut le sentir si elle met ses mains. Je crois donc que le verbe, ici est mal choisi.

Aussi, page 66, Baptiste murmure deux mots pour lui-même. Je me suis demandé si une personne sourde, qui n’entend jamais les voix et utilise la sienne uniquement pour communiquer, aurait vraiment ce réflexe de murmurer. Je n’ai pas la réponse.

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Parce qu’il faut bien conclure… Un phare dans le ciel est un roman qui traite de thèmes franchement intéressants, mais qui ne fournit pas toute l’information nécessaire pour le rendre entièrement crédible. Le jeune public auquel le livre s’adresse (et je dirais même assez jeune, malgré les 18 ans du personnage) n’y verra que du feu. Si, personnellement, j’aurais aimé plus de subtilité, un jeune lecteur saura apprécier le style simple et apprendra plein de petites et grandes choses.

Pendant un court moment, ce roman de Moka m’a rappelé L’histoire sans fin, car, en plus de porter des noms similaires (Baptiste, Bastien), leurs personnages respectifs voient tous deux leur aventure commencer par une visite chez un libraire un peu acariâtre.

Un phare dans le ciel en extraits

—Oui, tout est histoire de longueur d’onde dans l’univers. Les ondes électromagnétiques. Certaines sont visibles, d’autres audibles, comme les ondes radio.
Baptiste réfléchit intensément. M. Nathan l’observait en souriant.
   —Qu’y a-t-il? finit-il par demander.
   —Vous voulez dire… qu’on peut voir ce que l’on entend?
M. Nathan resta perplexe une seconde. Puis, il comprit brusquement.
—Dans un certain sens, répondit M. Nathan. Puisque tout est longueur d’onde… les couleurs que tu vois… c’est comme si tu les entendais… Oui.” (p. 54, au sujet du spectroscope)

MOKA (1993), Un phare dans le ciel, Paris, L’école des loisirs, 224 p.

L’extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet

Quand j’ai vu L’extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet de Reif Larsen en librairie, je me suis dit: wow! Il avait tout pour attirer la vacancière 2013 que j’étais alors: un format attirant, une couverture intrigante, une quatrième de couverture inspirante et une mise en pages toute particulière. C’est pourtant la vacancière 2014 qui l’a lu. Magique? Pas autant que je ne l’aurais cru.

L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet Reif Larsen

T.S. Spivet est un jeune prodige de douze ans habitant le Montana. Issu d’une famille de prime abord hétéroclite: son père est un fermier-cow-boy dont la culture se limite aux westerns; sa mère, une scientifique perdue dans des recherches aux allures vaines; sa sœur, une adolescente passionnée par les Miss personnalité de ce monde; son frère, mort bêtement. De son côté, T.S. est passionné de cartographie: il dessine des cartes de tout ce qu’il observe, de l’épluchage du maïs à la reproduction des insectes. Il reçoit un jour un appel lui apprenant qu’on lui décerne un prix prestigieux pour son travail scientifique. Sans aviser personne, il prépare ses bagages et orchestre son voyage, seul, vers Washington DC. Ainsi débutent ses aventures.

L’extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet a tout pour plaire: l’idée est géniale, le concept aussi. Il y a, partout dans les marges, des petits dessins et des pensées (même en format poche, légèrement moins petit que les standards pour cette raison).

 

L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet p. 11 Reif Larsen

Seulement, bien que les critiques semblent enthousiastes, je n’ai pas été si charmée. L’écriture est agréable, mais il y a à mon avis beaucoup trop de digressions. Certes, elles servent à montrer comment fonctionne la tête de ce petit prodige, mais je leur reproche un côté didactique peut-être mal dissimulé. De plus, le récit de L’extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet ne m’a pas semblé suffisamment vraisemblable, il manque un petit je ne sais quoi pour que j’y crois vraiment (je suis pourtant une lectrice bon enfant). Surtout, ce qui manque à l’histoire, c’est un coeur plus solide, plus dense: le début est intéressant, la fin aussi, mais le milieu s’éternise quelque peu.

L’extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet au cinéma

Jean-Pierre Jeunet en a fait un film en 2014. Je ne l’ai pas vu, mais les critiques que j’ai survolées sont positives. La bande-annonce laisse d’ailleurs croire à quelque chose de bien, et on y constate déjà que l’adaptation contient quelques judicieux ajouts.

L’extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet en extraits

   “Nous bringuebalions dans le pick-up; mon père avait la main posée sur le haut du volant, son mauvais petit doigt légèrement relevé. Je regardais les chauves-souris qui fusaient en grinçant dans le ciel de plus en plus sombre. Si légères. Elles vivaient dans un monde d’échos et d’écarts, en conversation constante avec les surfaces et les solides.
   Je n’aurais pu supporter de vivre ainsi: elles ne connaissaient pas d’ici, seulement l’écho d’un ailleurs.” (p. 77)

“J’ai tenté d’empoigner mon appareil assez vite pour photographier la pancarte, mais, comme c’est si souvent le cas, l’image avait disparu avant que je puisse la saisir. Je craignais que mon album ne contienne que des photos prises un instant trop tard. Combien de clichés, dans le monde, sont en fait des clichés de l’instant d’après, et non de l’instant qui poussa le photographe à appuyer sur le déclencheur? Combien de clichés ne capturent que le vestige, la réaction, le rire, les vagues? Si nombreux soient-ils, ces clichés étaient pourtant tout ce qui me restait, et, parce que je ne pouvais revoir Layton qu’en photo et pas en chair et en os, ces échos d’actions, fixés sur le papier, se substituaient peu à peu dans mon esprit au souvenir des actions elles-mêmes, dont l’image m’avait échappé.” (p. 143-144)

“Les adultes étaient des entasseurs pathologiques de vieilles émotions inutiles.” (p. 333)

LARSEN, Reif. L’extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet, Le livre de poche, 2010, 408 p.

Quatre filles et un jean

Bof.

Quand on a cessé d’être une adolescente, Quatre filles et un jean d’Ann Brashares ne présente aucun intérêt. À moins d’avoir une envie folle de se farcir tous les clichés de l’adolescence en 200 pages (ou 1000 si vous avez l’intégrale de la série), il n’y a vraiment aucune raison d’ouvrir le livre. Personnellement, même si j’avais en main les quatre tomes, je m’en suis tenue à un seul. C’était assez.

Quatre filles et un jean Ann Brashares

Voilà. Quatre amies inséparables sont séparées longtemps pour la première fois l’été de leurs quinze ans. Avant de se quitter pour les vacances, elle découvre un jean qui, miraculeusement, leur sied à ravir à chacune alors qu’aucune n’est proportionnée de la même façon. C’est comme si le fameux jean avait quelque chose de magique. Pour garder un lien entre elles, elles le porteront à tour de rôle pendant les vacances. Ainsi le jean magique voyagera-t-il à travers les États-Unis, la Grèce et le Mexique, apportant force et courage à chacune pour vivre les aventures et les épreuves des vacances.

Pas de doute, Quatre filles et un jean se lit vite et bien. Mais ce n’est pas un must!

Quatre filles et un jean au cinéma

Un film a été tourné à partir du premier tome de Quatre filles et un jean (un autre film a été adapté à partir du tome 4). Il raconte cette exacte même histoire. Toutefois, des éléments ont été réécrits, surtout concernant la partie qui se déroule en Grèce. Rien pour adoucir les clichés, toutefois: ici, enlever les clichés serait dénaturer l’histoire. Enfin, c’est un petit film d’ado bien relax.

BRASHARES, Ann. Quatre filles et un jean, Gallimard jeunesse, Paris, 2009