Les quatre filles du docteur March

Je me souviens que mon amie Vicky (salutations) ait lu ce livre de Louisa May Alcott alors que nous étions toutes jeunes. Je me rappelle qu’elle l’ait apprécié et, un peu plus tard, j’ai vu le film qui passait à la télévision. L’ai-je visionné en entier? Je n’en ai aucune idée, seule la scène sur la rivière gelée a frappé ma mémoire (ainsi fonctionne ma mémoire des films… et même des livres, souvent, grande raison d’être de ce blogue). Quoi qu’il en soit, quand j’ai effectué des recherches pour mon cinéclub littéraire, Les quatre filles du docteur March m’a semblé un bon titre à retenir.

Les quatre filles du docteur March Louisa May Alcott

L’histoire des Quatre filles du docteur March se déroule aux États-Unis pendant la guerre de Sécession. M. March a dû quitter son épouse et ses filles pour servir l’armée nordiste et toutes s’ennuient de lui et s’inquiètent. Malgré cela, la vie doit continuer et les quatre sœurs aux caractères si différents travaillent, se soutiennent… et s’amusent chaque fois qu’elles le peuvent.

Ce roman pour jeunes filles, publié en 1868, a connu un grand succès. Si je l’avais lu plus jeune, il m’aurait sans doute fait rêver moi aussi. Le lien qui unit ces quatre sœurs est enviable, leurs amitiés intéressantes et l’amour naissant emballant… Surtout, malgré les épreuves rencontrées par les sœurs, l’univers sur lequel repose le livre est fait de joie communicative.

Toutefois, j’ai fait la lecture des Quatre filles du docteur March à l’âge adulte et, malgré le plaisir que j’ai pris à le lire, les cheveux m’ont frisé sur la tête à quelques occasions. Je lis souvent des romans d’époque où la condition de la femme n’est pas celle d’aujourd’hui sans que j’en sois “dérangée”. Pourtant ce roman m’a inspiré un léger malaise. Certes, l’histoire se déroule dans les années 1860 et présente la vie telle qu’elle était à l’époque et ses personnages féminins sont assez libres et pleins de personnalité… Qu’est-ce qui m’a dérangée, alors? L’aspect moralisateur du roman: voici comment une jeune femme doit se tenir dans le déni de soi. Le déni de soi me révolte. Et c’est définitivement cette valeur qu’enseigne le livre. Oui, j’ai le sentiment que Les quatre filles du docteur March veut m’enseigner à être une charmante jeune femme… Voilà, c’est cet aspect pseudo-pédagogique qui m’agace.

“Il y a de nombreuses Beth dans le monde, timides, tranquilles, vivant pour les autres si naturellement que personne ne s’aperçoit des sacrifices qu’elles font jusqu’à ce qu’elles disparaissent, laissant le silence et l’ombre derrière elles.” (p. 69)

“«Tandis que je taillais des gilets de flanelle bleue, je pensais à votre père, si seul. Je me disais combien nous serions malheureuses si quelque chose lui arrivait. Ce n’était pas raisonnable de ma part mais je ne pouvais me défendre d’être inquiète. Soudain, un vieil homme est venu s’asseoir près de moi. Je lui ai parlé, car il semblait pauvre, las, angoissé. Je lui ai demandé s’il avait des fils à l’armée, puisqu’il m’apportait une commande.    «— Oui, madame, j’en avais quatre, deux ont été tués, un est prisonnier et je m’en vais voir le quatrième qui est très malade dans un hôpital de Washington, m’a-t-il répondu d’une voix douce.
«— Vous avez fait beaucoup pour votre pays, monsieur, lui ai-je dit, éprouvant alors plus de respect que de pitié.
«— Pas plus que je ne l’aurais dû, madame. J’irais moi-même si je pouvais être utile.»
«Il avait l’air si sincère que j’ai eu honte de moi. Seul mon mari est parti et j’ai mes quatre filles pour me réconforter. Je me suis sentie si riche, si heureuse, en pensant à tout ce que j’avais, que je lui ai fait un beau ballot de vêtements, lui ai remis un peu d’argent et l’ai remercié du fond du coeur de la leçon qu’il m’avait donnée.»” (p. 72-73)

“Il y a quarante ans que j’essaye de me dominer, ma chérie. Presque chaque jour de ma vie, j’éprouve de la colère, mais j’ai appris à ne pas le montrer.” (p. 110)

Enfin, il faut le dire, ces valeurs d’autrefois ne se sont pas encore complètement effacées aujourd’hui. Elles perdurent. On en fait des qualités, surtout féminines: le calme, la réserve, l’altruisme… des traits de caractère qui ont du positif, certes. Ce qui m’a agacée dans ma lecture des Quatre filles du docteur March, c’est que j’avais le sentiment qu’on tentait de ne résumer la femme qu’à cela. Enfin, on peut parfaitement passer par dessus cela pour profiter de ce roman joyeux, où la cacophonie d’une assemblée de jeunes filles imaginatives est bien rendue. C’est un livre qu’on aime pour son ambiance et ses personnages, un roman initiatique au féminin, celui de 1868…

Les quatre filles du docteur March au cinéma

Les quatre filles du docteur March a été adapté au cinéma à cinq reprises en plus d’avoir fait l’objet d’une série animée (selon Wikipedia). J’ai choisi la version de 1994 de Gillian Armstrong. Je ne l’ai pas encore réécoutée et, je l’ai dit, j’en garde un lointain souvenir. Toutefois, si je me fie à la bande annonce, je dirais que le contenu du film dépasse largement celui du livre: l’adaptation cinématographique semble englober la suite du roman, Le docteur March marie ses filles, que je n’ai pas lue.

Les quatre filles du docteur March en extraits

“[­…] la joie de tous dépend du concours de chacun.” (p. 125)

“Kate connaissait en effet différents jeux et ils allèrent sous le chêne-salon jouer au «rigmarole». Quelqu’un commençait une histoire, n’importe laquelle, s’arrêtait court à un moment palpitant, le suivant prenait la relève et ainsi de suite. Cela produisait des effets très comiques quand le jeu était bien mené.” (p. 136)

ALCOTT, Louisa May. Les quatre filles du docteur March, Le livre de poche

Charlie et la chocolaterie

Ayant découvert l’univers de Roald Dahl par le biais du cinéma, il y avait longtemps que je souhaitais faire la lecture d’un de ses livres jeunesse. Pour le cinéclub littéraire que je suis en train de mettre sur pied dans mon centre, je n’ai pu résister à la tentation de piger parmi ses œuvres. Même si le film résultant de son adaptation au cinéma n’est pas mon préféré, j’ai opté pour Charlie et la chocolaterie, pensant qu’il plairait beaucoup aux élèves. Quand les boites de livres ont commencé à arriver, je me sentais comme une enfant à la veille de Noël (et pour être honnête, ce sentiment est ravivé encore et encore chaque fois que je pose les yeux sur ces boites emplies de bouquins). Parmi les premiers livres reçus figurait celui de Dahl.

Charlie et la chocolaterie Roald Dahl

Charmée déjà par ses histoires, j’étais très curieuse de découvrir son style de narration. Loufoque est le premier mot qui me vient pour le décrire. Dahl exploite l’absurdité, l’exagération, la répétition et décrit les personnages et les évènements en ayant régulièrement recours à la comparaison. Puis, il n’hésite pas à découper les phrases ou les paragraphes pour les mettre en relief et ainsi renforcir son effet, comme dans les extraits suivants:

   “Bientôt il quitta le corridor principal pour un autre couloir, à peine plus étroit, à sa droite.
Puis il tourna à gauche.
Puis encore à gauche.
Puis à droite.
Puis à gauche.
Puis à droite.
Puis à droite.
Puis à gauche.
Cet endroit ressemblait à une gigantesque garenne, avec des tas de couloirs dans tous les sens.” (p. 91)

   “— Il a l’esprit dérangé! s’écria l’un des père, consterné, et les autres parents se mirent à hurler en coeur:
— Il est fou!
— Il est cinglé!
— Il est sonné!
— Il est cintré!
— Il est marteau!
— Il est piqué!
— Il est tapé!
— Il est timbré!
— Il est toc-toc!
— Il est maboul!
— Il est dingue!
— Il est cinoque!
— Pas du tout! dit grand-papa Joe.” (p. 119)

De plus, comme ces extraits le laissent déjà entrevoir, Dahl fait une forte utilisation de l’exclamation et de l’accumulation. En voici un autre exemple:

   “— Augustus! s’écria Mr Wonka en lui serrant la main de toutes ses forces. Comme tu as bonne mine, mon garçon! Très heureux! Charmé! Enchanté de t’avoir ici! Et tu amènes tes parents, comme c’est gentil! Entrez! Entrez donc! C’est cela! Passez la porte!
Mr Wonka partageait visiblement l’excitation de ses invités” (p. 87)

Un style empreint d’exubérance qui a tout pour plaire au jeune public, public que Dahl interpelle dès les première pages, l’accueillant pour ainsi dire dans son histoire:

“Voici Charlie.
Bonjour, Charlie! Bonjour, bonjour et re-bonjour.
Il est heureux de faire votre connaissance.” (p. 11)

Les illustrations de Quentin Blake viennent appuyer la présentation des différents personnages de Charlie et la chocolaterie, des quatre grands-parents cloués au lit à l’année jusqu’à Mr Wonka et ses invités. On vante dans le livre la renommée de l’illustrateur. Pourtant, je ne me sens pas si impressionnée par ses dessins que je trouve plutôt simplistes. Les personnages me semblent grossièrement dessinés, trop caricaturaux… Mais c’est clairement le style du dessinateur et ils illustrent fidèlement le récit.

Je ne vous ai pas encore raconté l’histoire? C’est que j’ai pensé d’emblée que tous avaient vu le film Charlie et la chocolaterie, ce qui n’est sans doute pas le cas. Charlie Bucket habite une minuscule maison avec six adultes: ses parents et ses quatre grands-parents. Ces derniers sont tellement vieux et fatigués qu’ils ne quittent jamais le lit. Un lit qu’ils partagent tous les quatre, la famille étant trop pauvre pour faire autrement. Charlie et ses parents dorment sur un matelas à même le sol dans la seule autre chambre de la maison. Dans cette famille, personne ne mange jamais à sa faim, le seul salaire du père de Charlie ne pouvant suffire. Chaque jour, le garçon passe devant la chocolaterie Wonka et respire les effluves de chocolat, faisant gargouiller son estomac vide. Une chocolaterie bien mystérieuse, dans laquelle personne n’entre ni jamais ne sort jusqu’au jour où le propriétaire lance un concours: les cinq enfants qui dénicheront un ticket d’or dans l’emballage d’une barre de chocolat Wonka auront la chance de visiter la fabrique…

Charlie et la chocolaterie au cinéma

Tim Burton a adapté Charlie et la chocolaterie au cinéma en 2005. C’est une adaptation très fidèle au roman. C’est ce qui m’a le plus frappée à la lecture de celui-ci. Ayant auparavant vu le film, l’histoire du roman ne m’a réservé aucune surprise. Seuls la fin et quelques légers détails varient. Par exemple, dans le livre, Willy Wonka porte une barbichette, pas dans le film. Légers détails… Même les chansons du film sont tirées du livre et, même si leurs paroles divergent (du moins dans les traductions françaises du livre et du film), leur contenu reste le même. Une excellente adaptation donc, même si Charlie et la chocolaterie ne m’a pas charmée autant que le Matilda de Danny DeVito (1996), inspiré lui aussi d’un roman de Dahl.

Charlie et la chocolaterie en extraits

“Grand-papa Joe était le plus vieux des quatre grands-parents. Il avait quatre-vingt-seize ans et demi, et il est très difficile d’être plus vieux que lui.” (p. 19)

   “— Merci, dit Mr Wonka. Et maintenant je vais vous dire comment fonctionne ce fascinant poste de télévision que voici. Mais, au fait, savez-vous comment fonctionne la télévision ordinaire? C’est très simple. D’un côté, là où l’image est prise, vous avez une grande caméra et vous commencez par prendre des photos. Ensuite, ces photos sont divisées en millions de petites particules, si petites qu’il est impossible de les voir, et ces petites particules sont projetées dans le ciel par l’électricité. Là, dans le ciel, elles tournent en rond en sifflant, jusqu’à ce qu’elles se heurtent à une antenne, sur le toit d’une maison. Alors elles descendent en une fraction de seconde le fil qui les conduit tout droit dans le dos du poste de télévision et, une fois sur place, elles sont secouées et remuées jusqu’à ce qu’elles se remettent en place (exactement comme dans un puzzle) et hop! l’image apparaît sur l’écran…
— Ce n’est pas exactement comme ça que ça fonctionne, dit Mike Teavee.
— Je suis un peu sourd de l’oreille gauche, dit Mr Wonka. Excuse-moi si je n’entends pas tout ce que tu dis.” (p. 173)

DAHL, Roald. Charlie et la chocolaterie, Folio Junior Gallimard, Paris, 224 p.

L’invention de Hugo Cabret

Ces derniers temps, j’étais à la recherche d’œuvres littéraires ayant été adaptées au cinéma. Je cherchais à la fois de bons livres et de bons films que je pourrais par la suite présenter à l’école à une clientèle adulte. Surtout, je cherchais à varier les genres de livres: romans, mais aussi bandes dessinées et romans graphiques. C’est mon amie Lana qui m’a fait découvrir L’invention de Hugo Cabret de Brian Selznick, un roman en mots et en images selon la définition de l’auteur. J’avais vu le film, mais j’ignorais qu’il était tiré d’un livre… Les étoiles étaient alignées puisque, dès le lendemain, je le dénichais en bouquinerie.

L'invention de Hugo Cabret Brian Selznick

J’en parle à tout le monde depuis que je l’ai ouvert: quel livre magnifique que L’invention de Hugo Cabret! Il me charme en tous points. D’abord, j’adore sa structure où images et texte alternent pour faire avancer le récit. Le livre s’ouvre sur une “brève introduction” où le lecteur est invité à s’imaginer qu’il est dans le noir, comme au cinéma, et à ouvrir son imaginaire au monde de Hugo Cabret… L’histoire commence ensuite sur une série d’images. Pas de mots. Que des dessins qui, l’un à la suite de l’autre, permettent au “lecteur” de découvrir les lieux où se situe l’histoire, le personnage d’Hugo, ce qu’il fait, qui il voit… Surviennent alors de courtes pages de textes, puis des images, puis un peu de texte et ainsi de suite.

Pour voir à quoi ressemblent le livre et ses images, vous pouvez visionner la vidéo ci-dessous. Toutefois, si vous ne voulez pas trop en voir, je vous conseille de vous arrêter après la première minute.

L’histoire est superbe. Hugo Cabret est orphelin. Après avoir perdu son père dans un incendie, il a dû arrêter l’école et s’installer avec son oncle alcoolique dans un appartement de la gare où ce dernier est responsable de l’entretien des horloges. Un jour, son oncle ne rentre pas. Hugo entreprend alors de restaurer un automate déniché par son père du temps où il travaillait au musée. Il est convaincu que l’automate lui livrera un dernier message de son père. Il vole pour se nourrir et vole des pièces au magasin de jouet afin de mener à bien son projet. Un jour, le propriétaire le surprend et lui ordonne de vider ses poches. Dans l’une d’elle se trouve un carnet. Le carnet de son père, dans lequel celui-ci avait dessiné des croquis de l’automate. Le propriétaire conserve le carnet. Il le brulera, dit-il à Hugo. Mais pourquoi cet homme aigri refuse-t-il de lui rendre son carnet? Est-il si méchant?

Enfin, ce livre est fortement inspiré de l’histoire du cinéma. Fortement inspiré, surtout, de celle du cinéaste français Georges Méliès et des automates, autrefois utilisés par les prestidigitateurs lors de spectacles de magie. Georges Méliès (1861-1938) est considéré comme l’un des premiers créateurs des effets spéciaux au cinéma. Il a tourné de nombreux films aux décors baroques, extravagants et enchanteurs. Brian Selznick, auteur de L’invention de Hugo Cabret, a fait de Méliès un personnage, lui prêtant une personnalité et brodant autour de lui une histoire magnifique qui nous fait découvrir une partie de son œuvre.

Pour les curieux, voici un film de Méliès dont il est question dans le livre. Vous souhaitez lire le livre? Attendez donc avant de le visionner…

 L’invention de Hugo Cabret au cinéma

Une adaptation cinématographique a été tirée du livre. Sans être mauvaise, personnellement, elle ne m’enchante pas complètement. Ni avant d’avoir lu le livre ni après. Maintenant que je connais le livre, je peux dire qu’une chose m’agace dans ce film (un beau film, malgré tout!): l’ajout de personnages. Dans le livre, l’inspecteur de la gare occupe très peu de place, sauf dans le dernier tiers du roman. Dans le film, il apparait comme un personnage central et plutôt caricatural. Oui, en fait, je crois que là se réside ma retenue envers ce film: son ton. Il ne me semble pas convenir tout à fait.

Voici la bande annonce du film Hugo Cabret, qui pourra certainement plaire à certains.

SELZNICK, Brian. L’invention de Hugo Cabret, Éditions Scholastic, Toronto, 2008, 533 p.

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Mamie gangster

Mamie Gangster est un livre pour enfants que j’ai découvert comme bien d’autres via un flux rss quelconque. Il a piqué ma curiosité, car on disait de son auteur, David Walliams, qu’il était le Roald Dahl de notre époque. Dahl, cet Anglais qui a amusé les enfants à travers de nombreux romans, dont Charlie et la chocolaterie et Matilda. Alors, pourquoi ne pas plonger dans l’univers de David Walliams avec Mamie Gangster?

Un vrai plaisir! Ha ha. Je me suis esclaffée à plusieurs reprises.

Mamie Gangster David Walliams

Pour résumer Mamie Gangster, Ben déteste aller chez sa grand-mère. Elle est barbante, sent le chou, émet un coin-coin pestilentiel avec son derrière et ne pense qu’à jouer au Scrabble et à se coucher tôt. Pourtant, ses parents le déposent chez elle pour la nuit tous les vendredis pour s’adonner à leur passion, les spectacles de danse de salon. Un jour cependant, Ben découvre que sa grand-mère a un secret. Serait-elle voleuse de bijoux professionnelle?

Mamie Gangster (294 pages écrites en format jumbo) est agrémenté d’illustrations qui bien sûr servent à illustrer, mais qui servent parfois aussi à appuyer les propos du narrateur. Par exemple, à la page 18, il est dit que Ben a une mamie tout à fait standard. Cette affirmation est suivie d’un croquis illustrant ce qu’est une mamie standard: une flèche pointe les cheveux blancs, une autre le dentier, etc.

Touchant et amusant, juste assez absurde et déjanté, Mamie Gangster a su divertir l’adulte que je suis. Je le recommande à vos cœurs d’enfants.

Mamie Gangster en extraits

“—Mais regarde-toi, continua-t-elle en s’approchant de lui. Tu sues comme un cochon!
Ben avait vu quelques cochons dans sa vie, mais aucun en sueur. D’ailleurs, les amateurs de cochons du monde entier vous le diront: les cochons n’ont quasiment pas de glandes sudoripares. Ils ne pourraient pas suer même s’ils le voulaient.
Eh bien dites donc, ce livre est très éducatif, en fait!
—Mais non, je ne transpire pas.
Être accusé de transpirer le faisait transpirer encore plus.
—Si, tu sues. Tu as couru dehors?
—Non, répliqua un Ben désormais très transpirant.
—Ben, ne me mens pas, je suis ta mère, dit-elle en se montrant elle-même du doigt, envoyant du même coup valdinguer un de ses faux ongles. (Ils se décollaient fréquemment. Une fois, Ben avait même trouvé un ongle d’orteil dans sa paëlla bolognaise réchauffée au micro-ondes.)
—Si tu n’étais pas en train de courir dehors, Ben, alors pourquoi sues-tu?
C’était le moment de réfléchir vite. Le générique de
Master Danse avec les stars allait se terminer.
Les mots sortirent tout seuls.
—Je dansais!
—Tu dansais?” (p. 90-91)

“—Non! cria Mamie tandis que son appareil auditif sifflait furieusement.
—Si! cria Ben à son tour.
—Non!
—Si!
—Nooon!
—Ssssssi!
—NOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOON!
—SSSSSSSSSSSSSSSSSSIIIIIIIIIIIIIIIIII!
Ils continuèrent ainsi pendant plusieurs minutes, mais, soucieux d’économiser du papier, et par conséquent d’épargner des arbres, et par conséquent de protéger les forêts, et par conséquent la nature, et par conséquent le monde entier, je juge plus sage et raisonnable d’abréger.” (p. 137-138)

WALLIAMS, David. Mamie Gangster, Albin Michel, 2013, 304 p.

Le mystérieux cercle Benedict

Cherchant la divertissement dans des lectures plus légères, je n’ai pu résister à faire l’achat de ce livre jeunesse lorsque je l’ai aperçu sur les rayons. La facture visuelle de Le mystérieux cercle Benedict de Trenton Lee Stewart est attirante et la quatrième de couverture bien intrigante:

“Tu es un enfant?
Tu possèdes des aptitudes exceptionnelles?
Tu souhaites vivre une expérience unique?

Quand cette annonce paraît dans les journaux, des dizaines d’enfants se présentent pour participer à une série de tests tous plus saugrenus les uns que les autres. Seuls quatre candidats sont sélectionnés. Ils font la connaissance de l’étrange recruteur, Mr Benedict, qui leur confie ses plans: ils doivent infiltrer une pension dirigée par un savant mégalomane soupçonné de contrôler les esprits de ses élèves. Mr Benedict leur donne un seul conseil: se serrer les coudes. Le Mystérieux Cercle Benedict est né!”

Le mystérieux cercle Benedict Trenton Lee Stewart

Le mystérieux cercle Benedict, ce sont 529 pages qui se lisent très rapidement. Toutefois, j’ai été déçue par ce best-seller dont deux autres tomes sont attendus dans la prochaine année. D’accord, je ne suis sans doute pas le public cible. N’empêche. Le livre contient de belles trouvailles, mais il manque de profondeur pour permettre au lecteur (du moins le lecteur adulte) d’y croire. Les personnages, peu développés, se sont vus attribuer chacun des caractéristiques qui ne reposent sur aucun vrai fondement, ce qui les rend peu crédibles. C’est comme des robots qui auraient été programmés pour faire telle ou telle chose. À l’opposé, les actions ne sont pas non plus assez développées pour entretenir le mystère. Bref, c’est dommage, car bien que le roman plaira sans aucun doute à un public de 8 à 14 ans (mon estimation), ces lacunes l’empêcheront de gagner un public plus élargi.

Enfin, je dois admettre que, malgré ma déception, je n’ai eu aucune difficulté à terminer le livre, qui se lit comme un charme bien qu’il ne charme pas complètement…

Le mystérieux cercle Benedict en extraits

“Bien entendu, vous pouvez apprécier de regarder une émission de temps à autre, ou d’écouter un programme à l’occasion, mais vous conviendrez qu’en général vous n’aimez pas ça. C’est parce que votre intelligence, qui refuse d’être dupée, cherche à éviter d’être exposée aux messages.” (p. 117)

“À l’intérieur, un Officier dégingandé se tenait devant une trentaine d’élèves attentifs auxquels il faisait répéter un texte:
«Le libre-échange doit toujours être parfaitement libre.»
«Le libre-échange doit parfois être contrôlé.»
«Le libre-échange doit être assez libre pour parfois contrôler sa propre liberté.»
«Le libre-échange doit être assez contrôlé pour parfois se libérer.»
«Le libre-échange…»
— Bon sang, qu’est-ce qu’ils racontent? demanda Sticky.
— Oh, c’est la «Routine du libre-échange», expliqua Jackson. Un exercice de base. Vous l’aurez apprise en un rien de temps.” (p. 191)

“ — À vous entendre, on dirait qu’il n’y a aucune règle ici, remarqua Sticky.
— C’est vrai, George, répondit Jillson. Pratiquement aucune. Vous pouvez vous habiller comme vous voulez, pourvu que vous ayez un pantalon, une chemise et des chaussures. Vous pouvez faire votre toilette aussi souvent que vous voulez, ou jamais, du moment que vous êtes propres pour aller en classe. Vous pouvez manger ce que vous voulez, et quand vous voulez, durant les heures d’ouverture du réfectoire. Le soir, vous pouvez éteindre aussi tard que vous voulez avant dix heures. Et vous pouvez vous promener où vous voulez dans l’enceinte de la Pension, tant que vous ne quittez pas les allées et les couloirs à la bande jaune.
— À vrai dire, intervint Reynie, tout cela ressemble beaucoup à un règlement.
Jackson le foudroya de ses yeux de glace.
— Comme c’est ton premier jour ici, Reynard, je ne m’attends pas à ce que tu comprennes, mais c’est une des lois de l’existence que tu apprendras à la Pension: bien des choses qui ressemblent à des règles n’en sont pas, et on a toujours l’impression qu’il y a plus de règles qu’il n’en existe en réalité.” (p. 193)

STEWART, Trenton LEE. Le mystérieux cercle Benedict, Bayard jeunesse, 2013, 530 p.

Hunger Games 2 et 3: L’embrasement et La révolte

Bien sûr, j’ai lu la suite de Hunger GamesL’embrasement et La révolte. J’ai déjeuné, dîner et soupé l’assiette plantée dans le milieu de mon livre pour le garder ouvert. C’est plutôt bon signe. La populaire série de Suzanne Collins a marché sur moi.

 Je dois dire que je ne savais vraiment pas à quoi m’attendre en ouvrant le 2e tome, mais j’ai aimé la direction qu’a prise l’histoire. Le second comme le troisième volume ont réussi à me surprendre, le récit est bien mené et on ne tourne pas en rond.

Hunger games 2 L'embrasement Hunger games 3 La révolte

 Comme je ne veux pas dévoiler l’intrigue, je ne développerai pas plus ce billet ni me mettrai d’extraits des livres. De toute façon, dans cette série, je l’ai dit précédemment, ce n’est pas le style mais bien l’histoire qui fait tout le travail.

 COLLINS, Suzanne. Hunger Games 2: L’embrasement, Pocket jeunesse

COLLINS, Suzanne. Hunger Games 3: La révolte, Pocket jeunesse

Hunger Games, tome 1

On m’avait parlé de la série Hunger Games de Suzanne Collins. J’avais vu les livres en librairie. Bof. Moi, dès qu’on s’excite à rééditer des livres pour que leur couverture ressemble aux images du film, on me perd un peu. Je trouve que le livre perd de son cachet, comme s’il n’était pas capable d’exister sans le film. Bref, ça m’énerve.

Mais je ne suis pas snob pour autant. J’ai donc tourné ma curiosité vers le film (après tout, c’est le film qu’on me vend en l’illustrant sur les livres…) et j’ai aimé. Je l’ai écouté une fois, puis deux. Est alors venu l’inévitable moment où j’ai voulu comparer l’histoire originale et son adaptation au cinéma. On m’a prêté le livre.

Hunger games Suzanne Collins

Pour ceux qui ne connaissent pas, l’histoire de Hunger Games se passe dans un futur alternatif, des années après que les treize districts de Panem (anciens États-Unis) se soient soulevés contre le Capitole. À ce moment, douze district ont été maîtrisés, le treizième a été détruit. Pour les punir de leur trahison mais surtout pour les dissuader de recommencer, le Capitole a organisé les Hunger Games, les jeux de la faim. Chaque année, les douze districts doivent fournir un garçon et une fille âgés entre douze et dix-huit ans. Ces vingt-quatre adolescents sont alors emmenés dans une immense arène naturelle où ils sont forcés de combattre à mort. Il n’y aura qu’un seul vainqueur. Toute la population est forcée d’écouter les Jeux.

Au cinéma, on offre une vision externe des choses. On voit Katniss se démener dans l’arène, on voit les réactions de la population qui suit les Jeux à la télévision, on voit comment les juges contrôlent tout ce qui se passe sur le terrain: le jour, la nuit, les incendies, les animaux… On ne sait pas ce que pensent les personnages au fond d’eux. On est observateur. Dans le livre toutefois, c’est tout le contraire. La narration étant à la première personne, on est plongé dans les pensées de l’héroïne, Katniss. On ne sait pas ce que font exactement les juges, on se questionne à ce sujet au même titre que Katniss. Et c’est là que réside tout l’intérêt: un film et un livre qui présentent une même histoire sous un angle différent.

C’est pour cette raison qu’on lit Hunger Games. Et aussi parce qu’il nous fournit plus d’explications que le film. Le nœud et le dénouement y sont plus développés. Les personnages y vivent des moments plus difficiles. Dans un livre, on a le temps.

Mais on ne lit pas Hunger Games pour son style: sujet, verbe, complément. Présent de l’indicatif. Parmi les rares figures de styles qui s’y cachent, la plupart sont de grossières comparaisons. Bref, c’est loin d’être riche. C’est donc l’histoire qui porte le livre. Ceci dit, j’ai bien hâte de lire la suite.

 Plagiat? Battle Royale

On m’a aujourd’hui parlé de Battle Royale, roman japonais de Kōshun Takami paru en 1999 dont on a tiré un film en 2001. Certains disent que Suzanne Collins, auteure de Hunger Games, aurait plagié ce roman. J’ai fouiné dans Internet pour en apprendre plus et force est d’admettre qu’il est difficile d’affirmer le contraire. Voici un bref résumé: “Dans un Japon futuriste, les adultes redoutent les adolescents japonais, enclins à la violence et à la désobéissance. D’où le vote de la loi Battle Royale. Le principe de ce « jeu » est très simple : une classe de troisième, tirée au sort, est envoyée chaque année lors du traditionnel voyage scolaire dans un lieu isolé (une île en l’occurrence), sur lequel les élèves doivent s’entretuer, et ce durant trois jours. Il ne doit rester qu’un survivant – faute de quoi les colliers dont sont munis les joueurs explosent -, qui pourra rentrer chez lui à l’issue du jeu.” (Wikipédia) Je ne mets pas les détails ici, mais une lecture rapide suffit pour voir à quel point c’est semblable… et Hunger Games n’est paru qu’en 2008. Enfin, ça n’enlève rien au livre, seulement au mérite de l’auteure.

Mise à jour: Je vous invite à lire le billet que j’ai ultérieurement écrit sur Battle Royale

COLLINS, Suzanne. Hunger Games, Pocket jeunesse