Nos étoiles contraires

En cette fin d’année scolaire, j’ai décidé de conclure mon cinéclub (eh oui, nouvelle orthographe) par le très populaire film Nos étoiles contraires issu du tout autant populaire livre éponyme de l’auteur John Green. Comme c’est une lecture rapide et légère, j’ai décidé de la traverser en entier. Oui, j’ai pleuré. Mais bon, ça n’a rien de bien surprenant venant de moi. Mais j’ai ri aussi, aux éclats, toute seule dans mon salon alors que mon amoureux était parti pour un périple nordique.

Nos étoiles contraires John Green

Hazel Grace Lancaster a le cancer et va mourir. Elle le sait depuis longtemps, et c’est d’ailleurs surprenant qu’elle soit encore en vie. Comme son médecin lui diagnostique une dépression, sa mère la force à se rendre à un groupe de soutien pour adolescents cancéreux. C’est là qu’elle rencontre d’Augustus Waters, bellâtre en rémission qui défie la vie une cigarette éteinte au coin de la bouche: il porte à ses lèvres ce qui peut le tuer tout en faisant le choix de ne pas lui donner ce pouvoir en ne l’allumant pas. Le film comme le livre donnent ainsi une belle occasion de travailler la métaphore, tout comme l’ironie, d’ailleurs, puisque les deux adolescents en font un usage assez réjouissant. C’est ce qui fait, à mon avis, tout l’intérêt de Nos étoiles contraires: on en appelle à l’intelligence et à la culture des ados, misant sur la qualité littéraire en plus de la trame narrative. Les personnages sont vrais et bien développés. On apprend des petites choses sur le cancer et ses clichés, les relations familiales et amoureuses, la façon de lire un livre… Il s’y trouve une belle mise en abyme d’un roman (purement inventé par l’auteur, John Green) qui permet à la fois de développer le thème de la maladie et celui de la littérature. On y déniche aussi quelques belles pensées.

“On a regardé la maison. Le truc bizarre avec les maisons, c’est qu’on a l’impression que rien ne se passe à l’intérieur, alors qu’elles renferment plus ou moins toute notre vie. Je me suis demandé si ce n’était pas à ça que servait l’architecture, en fait.” (p. 150)

Nos étoiles contraires au cinéma

L’adaptation de Nos étoiles contraires est réussie et les différences avec le livre, minimes. Elles servent le film, au besoin. C’est un visionnement qui a été très apprécié des quelques participants et qui a suscité d’intéressantes discussions. De mon côté, j’ai aimé, mais la traduction française m’a dérangée. Vers la fin, on se retenait tous pour ne pas pleurer en classe, assez drôle quand on y repense avec le recul.

GREEN, John. Nos étoiles contraires, Nathan, 2012

À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie

Dans À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie, Hervé Guibert raconte son sida. Le doute, le déni, l’acceptation, l’espoir, le mélange des émotions, la maladie des autres, la mort d’un ami.

Qu’ai-je pensé de ce livre…?

Hervé Guibert À l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie Sida

Je n’aurais pas choisi À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie d’emblée; il fait partie des lectures obligatoires pour le séminaire de maitrise que je suis actuellement. Qu’en ai-je pensé, donc? On dirait que je n’ose pas trop m’avancer étant donné le sujet profondément triste abordé (la mort à venir), mais dans les faits, Guibert m’a semblé plutôt antipathique. Et c’est là où je ne veux pas trop m’avancer: je n’ai pas aimé ses lamentations narcissiques. Non pas qu’il n’avait pas raison de se lamenter (c’est tout de même atroce ce qu’il vivait), mais sa façon “oh regardez-moi que je fais pitié” m’a dérangée ou plutôt m’a déplu. Bref, je ressens de l’empathie pour l’homme, mais je n’en aurais sans doute pas fait un ami. Toutefois, il est très difficile de juger: une telle œuvre permet-elle de se faire une réelle idée de la personne? Surement pas.

Ceci dit, il m’apparait beaucoup plus sympathique dans cette vidéo.

Pour en revenir à À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie, côté écriture, ça va, mais il n’y a rien de remarquable non plus. Phrases longues et absences de paragraphes contre chapitres courts. Pour montrer sans doute les idées qui se bousculent, la vie qui parait éclatée. Enfin, ça n’aura pas été un coup de cœur, malgré que le livre se lise très bien.

À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie en extraits

“Je l’ai compris comme ça, et je l’ai dit au docteur Chandi dès qu’il a suivi l’évolution du virus dans mon corps, le sida n’est pas vraiment une maladie, ça simplifie les choses de dire que c’en est une, c’est un état de faiblesse et d’abandon qui ouvre la cage de la bête qu’on avait en soi, à qui je suis contraint de donner pleins pouvoirs pour qu’elle me dévore, à qui je laisse faire sur mon corps vivant ce qu’elle s’apprêtait à faire sur mon cadavre pour le désintégrer. Les champignons de la pneumocystose qui sont pour les poumons et pour le souffle des boas constricteurs et ceux de la toxoplasmose qui ruinent le cerveau sont présents à l’intérieur de chaque homme, simplement l’équilibre de son système immunitaire les empêche d’avoir droit de cité, alors que le sida leur donne le feu vert, ouvre les vannes de la destruction.” (p. 17)

“Dès qu’il eut disparu je me sentis mieux, j’étais mon meilleur garde-malade, personne d’autre que moi n’était à la hauteur de ma souffrance. Mon ganglion dégonfla tout seul, comme Muzil pour Stéphane Jules était ma maladie, il la personnifiait, et j’étais sans doute la sienne. Je me reposais, seul et apaisé, la majeure partie du temps, en attendant qu’un ange me délivre.” (p. 181)

GUIBERT, Hervé. À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie, Folio Gallimard, Paris, 1990, 282 p.