Lire Le Devoir, un geste politique ?

Voyez-vous, je n’avais jamais vu la chose ainsi. Je me suis abonnée au journal Le Devoir pour la première fois alors que j’étudiais au cégep — les arts et lettres — un peu pour découvrir le monde, surtout pour me brancher, enfin, sur l’information.

Dépendamment des milieux que l’on côtoie, lire Le Devoir est un choix que l’on doit assumer. Lire Le Devoir catégorise, non pas d’abord politiquement, mais socialement. En effet, sur le ton du sous-entendu, il m’est arrivé d’entendre des “Madame lit Le Devoir…”, insinuant que Madame, donc, se pense supérieure. Certes, ce journal est surtout celui de l’intelligentsia québécoise. Son contenu, dépourvu du sensationnalisme qui suinte partout ailleurs, permet de réfléchir et de construire ses propres prises de position. Pour cette raison, oui, et seulement pour cette raison, sans doute demande-t-il un plus grand effort intellectuel. Un effort pourtant à la portée de la majorité d’entre nous, alors lâchez-moi l’étiquette!

Aujourd’hui, je lis Le Devoir d’abord et avant tout par plaisir. Parce que j’aime l’approche, l’écriture et les sujets qui y sont traités. Parce que je m’y informe, apprends et trouve des idées. Il me donne envie de faire de la recherche sur toute sorte de sujets alors que je déteste cela. Au final, je le laisse chercher pour moi. Quand je lis mon journal, il m’arrive de prendre des notes, pas toujours pertinentes: des citations qui m’ont intéressée ou amusée, un détail qui m’a lancée sur une réflexion en contexte ou hors contexte, le nom d’artistes à découvrir…

Mais je n’avais encore jamais pensé à mon abonnement comme à un geste politique. Tous les lundis jusqu’à la fin de l’année, le journal présente en ses pages un ou une de ses abonnés. Celle de ce matin, Caroline Boudeau d’Ottawa, avance qu’elle s’est abonnée pour soutenir le journal politiquement. Parce que plus celui-ci a d’abonnés, plus il a de poids pour défendre ses prises de position, dit-elle. J’ajouterais qu’en tant qu’individu, c’est aussi une façon de revendiquer le droit à être correctement informé. Un abonnement, un vote en ce sens. Après tout, quand on choisit un journal, on choisit aussi la façon dont on veut être considéré en tant que lecteur et citoyen.

Malgré tout, toutefois, j’ai choisi de restreindre mon abonnement au samedi seulement en raison de mon horaire trop chargé. Reste à voir si je résisterai à l’appel du kiosque…

La nausée

Il y a des livres qui sont comparables au junk food. Ça se lit vite, ça se lit facilement, ça se lit sans préparation. Après, tu te sens graisseux, moche, sale par en dedans. T’as le cerveau embourbé, lâche, t’en as presque mal au cœur, et tu te cherches une petite lecture clean pour te purger, te nettoyer les méninges.

Bien que t’aies lu pour l’histoire et pour l’histoire seulement, la nausée t’as vite pris pour avoir ingurgité tous ces mots inutiles que l’éditeur a laissé passer. T’as raturé mentalement de longs pans de texte qui ne servaient pas l’histoire et encore moins le style, quasi absent du livre. Juste à l’idée d’ouvrir le tome suivant, le cœur te lève, mais tu sais que tu vas finir par succomber — pour connaitre la fin, mais surtout parce qu’on a tous besoin de se vider le cerveau de temps en temps.

Tout comme on consomme le junk food par le biais des établissements de restauration rapide, on se procure la littérature plus que populaire à la bibliothèque plutôt que chez le libraire. Parce que, dans les deux cas, on n’assume jamais à cent pour cent. Alors tu te consoles en te disant que le prêt arrive bientôt à échéance, et que tu devras rendre le livre à la bibliothèque.