Un chant de Noël

Il y avait un petit moment que je voulais lire Un chant de Noël de Charles Dickens. L’idée m’en est venue la première fois quand j’ai songé que le livre a été adapté au cinéma, et que le film pourrait être intéressant pour le cinéclub. Puis, le temps des fêtes approchant, je trouvais que ce serait une belle façon de me mettre dans l’ambiance. Je suis sortie de la maison dans l’intention de me procurer le livre (que j’ai finalement dû commander) et suis tombée sur deux de ses films éponymes, en solde considérant la joyeuse saison: l’adaptation de 1984 et celle de 1938. J’ai opté pour la plus récente (parce que je me suis rappelé que les élèves ne souffrent pas du même excès d’enthousiasme que moi). Voilà pour l’introduction; j’ai finalement lu Un chant de Noël et visionné le film.

Un chant de Noël Charles Dickens

Ebenezer Scrooge est un vieil homme d’affaires antipathique. Depuis le décès de son associé, Jacob Marley, sept ans plus tôt, Scrooge mène sa vie en solitaire. Il économise sur tout, y compris sur la joie de vivre. Son employé n’a pas assez de charbon pour se chauffer, mais Scrooge considère qu’il n’a qu’à s’habiller mieux. Quand un homme passe à sa boutique pour lui demander de faire un don pour les démunis, Scrooge répond qu’il y a des prisons pour ces gens (à l’époque, les gens trouvés coupables de dettes étaient emmenés, avec leur famille, dans les prisons de l’État). La veille de Noël, son neveu l’invite à manger chez lui, mais il lui réplique catégoriquement que les festivités ne sont que des sornettes. En rentrant chez lui ce soir-là, il reçoit l’étrange visite du fantôme de Marley, feu son associé. Ce dernier se présente avec toutes les chaines qui le retiennent à la terre, et lui annonce la venue prochaine de trois autres esprits…

Un chant de Noël (A Christmas Carol) est un texte court (114 pages dans mon édition), léger et, vous l’aurez deviné, très moralisateur. On y rappelle l’importance de la famille et, surtout, l’importance de faire le bien autour de soi. On y dépeint, par de longues accumulations, la beauté de la fête de Noël: la joie, les victuailles, les cadeaux, les jeux, les gens… Ce qui à mes yeux fait la beauté du livre, c’est la petite touche d’humour de Dickens:

“Le vieux Marley était aussi mort qu’un clou de porte.
Attention! Je ne veux pas insinuer par là que je sache, d’après ma propre expérience, ce qu’il y a de particulièrement mort dans un clou de porte. J’aurais été tenté, quant à moi, de considérer un clou de cercueil comme le morceau de ferraille le plus mort qui soit sur le marché. Mais la sagesse de nos ancêtres réside en cette image et mes mains profanes n’iront pas l’y troubler, ou c’en est fait de ce pays. Permettez-moi donc de répéter, avec emphase, que Marley était aussi mort qu’un clou de porte.” (p. 7)

“Elle leur raconta aussi que peu de jours auparavant, elle avait vu un lord et une comtesse, et que le lord « était à peu près de la taille de Peter »; sur quoi Peter tira sur sa chemise et se haussa tellement le col que, si vous aviez été là, vous auriez perdu sa tête de vue.” (p. 72)

Cette édition d’Un chant de Noël comprend un dossier s’étendant de la page 115 à la page 178. On y trouve une lecture de l’œuvre illustrant la couverture, soit La nuit de Noël de Gustave Doré, peintre français du XIXe siècle.

La nuit de Noël Gustave Doré
La nuit de Noël, de Gustave Doré

 

J’ai bien aimé cette courte analyse du dessin, que son auteur, Pierre-Olivier Douphis, replace dans le contexte de l’époque tout en présentant l’origine des figures associées à Noël: Jésus-Christ, saint Nicolas, le père Noël… J’en ai retenu le passage suivant:

“D’ailleurs, en restant au niveau symbolique, les cheminées sont des passages entre le monde terrestre, le monde des êtres humains, et le monde céleste, le monde des êtres divins. Depuis la nuit des temps, les hommes croient que la fumée qui s’échappe des foyers et monte vers le ciel permet de partager avec les divinités les bonnes odeurs des aliments qui y cuisent. Ils ont aussi remarqué que le vent qui s’engouffrait dans le conduit venait raviver le feu dans l’âtre. Ils ont donc imaginé que de très bonnes choses pouvaient aussi arriver en sens inverse, du Ciel vers la Terre. C’est ainsi que, dans certaines régions, des légendes racontaient que les cigognes déposaient les bébés dans la maison par le conduit de la cheminée. Et, à Noël, les cadeaux offerts aux enfants arrivaient aussi par cette voie, que ce soit grâce à un ange, Jésus-Christ, saint Nicolas ou le père Noël.
Notons d’ailleurs que l’idée de la cheminée comme passage entre la Terre des êtres humains et le Ciel des êtres divins est d’une certaine manière révélée dans le dessin de Gustave Doré. Si l’artiste dispose les immeubles de manière chaotique, c’est pour exprimer le désordre de la vie urbaine moderne, en opposition à la pureté du Ciel d’où est originaire l’ange bienfaiteur des enfants. Ce contraste est renforcé par l’éclairage, que nous avons reconnu comme étant celui de la pleine lune. Il laisse le bas des immeubles dans l’ombre alors que la partie supérieure est de plus en plus éclairée. Ainsi, plus le spectateur lève les yeux, plus il va vers la lumière. Et, dans son cheminement, ce regard passe le long de la haute et massive cheminée placée entre les deux mondes.” (p. 124-125)

Un chant de Noël au cinéma

J’ai visionné l’adaptation de 1984, un téléfilm réalisé par Clive Donner et qui reprend fidèlement le conte de Dickens. Pour pourrez le visionnez en entier et en version originale ci-dessous, car on le retrouve intégralement sur le Web. Par contre, si je décide de présenter cette œuvre aux élèves, je choisirai sans doute une version plus récente (il existe de nombreuses adaptations de ce conte). Il me faudra toutefois effectuer quelques visionnements avant de faire un choix.

Un chant de Noël en extraits

“Cette allusion aux funérailles de Marley me ramène à mon point de départ. Il n’est pas douteux que Marley était mort. Il faut bien le comprendre, sinon l’histoire que je vais conter ne contiendrait pas le moindre mystère. Si nous n’étions pas absolument convaincus que le père de Hamlet est mort avant le commencement de la pièce, il n’y aurait rien de plus remarquable à le voir faire un petit tour le soir, en plein vent d’est, sur le remparts de son propre château, qu’il n’y en aurait à voir tout autre monsieur d’âge mûr se promener la nuit, au milieu des courants de… mettons, du cimetière de St-Paul, à seule fin d’impressionner l’esprit débile de son fils.” (p. 8)

“Par une juste, noble et légitime répartition des choses de ce monde, si la maladie et la tristesse sont contagieuses, il n’est rien qui se communique aussi irrésistiblement que le rire et la bonne humeur.” (p. 77)

DICKENS, Charles. Un chant de Noël, Folio Plus Classiques, Gallimard, Paris, 2011, 178 p.

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